Vers une « ré­vo­lu­tion » de la pro­tec­tion so­ciale ?

Da­van­tage de « pré­ven­tion » et d’« ac­com­pa­gne­ment ».

La Montagne (Clermont-Volcans) - - La Une - Kévin Le Gou­guec ig@cen­tre­france.com

Que pen­sez-vous de la pres­ta­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron de­vant la Mu­tua­li­té fran­çaise ?

Dans son dis­cours, Em­ma­nuel Ma­cron tranche sur la forme mais pas sur le fond. Il cherche à mar­quer sa sen­si­bi­li­té so­ciale mais a tou­jours la vo­lon­té de ré­duire les dé­penses so­ciales. Il agit de ma­nière op­por­tune en cri­ti­quant les dé­rives du sys­tème de pro­tec­tion so­ciale fran­çais qui se­rait in­ef­fi­cace.

Le sys­tème de pro­tec­tion so­ciale fran­çais ne man­quet-il ce­pen­dant pas d’ef­fi­ca­ci­té?

Ef­fec­ti­ve­ment, nous avons beau­coup dé­pen­sé en ma­tière so­ciale mais deux constats doivent être éta­blis. Le pre­mier est que le sys­tème fran­çais a joué un rôle d’amor­tis­seur so­cial en nous évi­tant une dure ré­ces­sion comme en Al­le­magne. Le se­cond est

SO­CIAL.

Pour le cher­cheur Fré­dé­ric Pier­ru, le sys­tème fran­çais de pro­tec­tion so­ciale est plu­tôt ef­fi­cace.

que ce même sys­tème a em­pê­ché un fort creu­se­ment des in­éga­li­tés. Donc oui, le sys­tème de pro­tec­tion so­ciale fran­çais est plu­tôt ef­fi­cace.

■ Ce sys­tème connaît des dif­fi­cul­tés ? pour­tant

Le sys­tème ac­tuel n’est pas par­fait, en ef­fet. Il connaît deux grands pro­blèmes. Le pre­mier est le non­re­cours aux soins qui grève for­te­ment les dé­penses de la Sé­cu­ri­té So­ciale. Le se­cond est que l’on ne vit

plus as­sez bien du tra­vail à cause de la baisse des sa­laires et de la dé­gra­da­tion des condi­tions de tra­vail.

■ Le reste à charge zé­ro ne per­met­trait-il pas de ré­gler ce pro­blème d’ac­cès aux soins ?

Le vrai pro­blème n’est pas là. Il y a deux ma­nières de faire le reste à charge zé­ro : soit par un fi­nan­ce­ment in­té­gral de la Sé­cu­ri­té so­ciale, soit en re­cou­rant aux com­plé­men­taires san­té. En fai­sant ce se­cond choix, le coût de la ré­forme risque d‘être da­van­tage sup­por­té par les in­di­vi­dus que par les mu­tuelles elles­mêmes.

■ Em­ma­nuel Ma­cron sou­haite res­tau­rer la confiance dans le sys­tème en ré­for­mant les re­traites, qu’en pen­sez-vous ?

D’abord, cette confiance a elle­même été sa­pée par les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs en op­po­sant les gé­né­ra­tions. En­suite, cette confiance a aus­si été ébran­lée par les dif­fé­rentes ré­formes qui ont opa­ci­fié le sys­tème. De plus, la ré­forme vers un sys­tème à points que veut Em­ma­nuel Ma­cron va dé­ter­mi­ner une somme glo­bale qui se­ra ré­par­tie après pour le cal­cul des pen­sions et ne suit plus l’évo­lu­tion du PIB.

■ D’après vous, comment se des­sine le fu­tur de la pro­tec­tion so­ciale suite au dis­cours d’Em­ma­nuel Ma­cron ?

Avec les dif­fé­rentes ré­formes qu’il porte, les mu­tuelles vont jouer un rôle ac­cru. On se di­rige vers un sys­tème à l’amé­ri­caine, in­éga­li­taire et in­ef­fi­cient. Pré­sen­ter ce­la comme le fu­tur me semble er­ro­né. Il s’agit plu­tôt d’un re­tour en ar­rière.

PHO­TO AFP

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