« C’était notre pe­tit coin de pa­ra­dis... »

En l’es­pace de quelques mi­nutes, dans la nuit du 2 au 3 juin, aux « Poyets », un lieu-dit de Saint-Jeandes-Ollières, une par­tie des rêves de Phi­lé­mon et Ma­rie Il­pide a été dé­vo­rée par les flammes… Un in­cen­die a gra­ve­ment en­dom­ma­gé un vieux mou­lin que ré­no

La Montagne (Clermont-Volcans) - - Puy-de-dôme / Actualité - Ch­ris­tian Le­fèvre

«Il de­vait être à peu près mi­nuit, le sa­me­di 2 juin. On s’est aper­çu qu’il y avait le feu dans la dé­pen­dance du vieux mou­lin du XVIIe siècle que l’on ré­nove avec ma femme Ma­rie, ra­conte le jeune pro­prié­taire des lieux, Phi­lé­mon Il­pide. Le temps de des­cendre et il y avait dé­jà des flammes de deux ou trois mètres de haut qui sor­taient. On ne pou­vait rien faire… ».

En l’es­pace de quelques mi­nutes, ce pe­tit bâ­ti­ment n’est plus qu’un im­mense bra­sier. Et les flammes com­mencent à se pro­pa­ger à la toi­ture de la grande mai­son at­te­nante, une di­zaine de mètres plus haut, trou­vant dans l’isolation des combles en chanvre na­tu­rel un ma­té­riau de pre­mier choix. La longue in­ter­ven­tion des sa­peurs­pom­piers per­met­tra d’évi­ter que l’im­po­sante bâ­tisse de trois étages ne s’em­brase to­ta­le­ment. Mais la char­pente est, mal­gré tout, sé­vè­re­ment en­dom­ma­gée.

Dix jours plus tard, une im­mense bâche bleue re­couvre son toit, tan­dis que la dé­pen­dance, qui abri­tait il y a très long­temps la grande roue en bois du mou­lin, n’est plus

De cette dé­pen­dance du vieux mou­lin du XVIIe siècle que Phi­lé­mon et Ma­rie Il­pide ont en­tre­pris de ré­no­ver, il y a deux ans, près de Saint-Jean-des-Ollières, il ne reste qu’un amas de dé­combres. « Il y avait là tous mes ou­tils, mais aus­si nos af­faires, que nous sto­ckions ici pro­vi­soi­re­ment », sou­pire le jeune homme. Le feu au­rait été pro­vo­qué par un court-cir­cuit…

qu’une ruine au toit ef­fon­dré, en­va­hie de poutres noir­cies et de dé­combres car­bo­ni­sés. Rien n’a bou­gé de­puis le 3 juin.

« En faire des hé­ber­ge­ments in­so­lites »

« Quand on a dé­cou­vert, un peu par ha­sard, ce vieux mou­lin aban­don­né, aux “Poyets”, à deux pas de Saint­Jean­des­Ollières, il y a deux ans, on s’est dit que ce se­rait notre pe­tit coin de pa­ra­dis, notre idéal, se sou­viennent Phi­lé­mon et Ma­rie, âgés de 30 et 28 ans. Notre idée, c’était, à terme, d’y créer des hé­ber­ge­ments in­so­lites, mais avant tout de ré­no­ver une mai­son, où les pra­tiques éco­lo­giques au­raient

toute leur place. On s’était don­né jus­qu’à 2021 pour me­ner notre pro­jet à bien… ».

Ces deux der­nières an­nées, tout en ha­bi­tant so­bre­ment dans une ca­ra­vane po­sée à quelques pas de la mai­son et en conti­nuant à tra­vailler (il est éla­gueur­grim­peur, tan­dis qu’elle tra­vaille comme ma­ro­qui­nière chez Pierre Cotte, à Le­zoux, NDLR), le jeune couple a pa­tiem­ment com­men­cé à re­don­ner vie au vieux bâ­ti­ment, lais­sé à l’aban­don il y a plu­sieurs dé­cen­nies. Pierre par pierre, poutre par poutre, en ap­pre­nant sur le tas. Avec des mo­ments de las­si­tude, par­fois,

mais aus­si de joie. « Trois jours avant l’in­cen­die, nous avions en­fin em­mé­na­gé dans la mai­son avec notre fils Au­gus­tin, né il y a deux mois. C’était en­core un peu som­maire, mais nous étions en­fin chez nous ! ». Au­jourd’hui, les quelques meubles qu’ils avaient com­men­cé à ins­tal­ler dans leur pe­tit es­pace de vie sont sto­ckés à l’ex­té­rieur, sim­ple­ment pro­té­gés par des tôles on­du­lées. Et le jeune couple os­cille en­core entre es­poir et désar­roi. « Mes ou­tils, mon ma­té­riel : tout a été dé­truit, constate Phi­lé­mon avec dé­pit. Il ne me reste plus qu’une per­ceuse ! ». « Nous avions aus­si beau­coup d’af­faires dans cette dé­pen­dance, pour­suit Ma­rie. Il y avait ma robe de ma­riée, par exemple. Les équi­pe­ments d’al­pi­nisme de Phi­lé­mon, aus­si. Tout ce­la a dis­pa­ru. En fait, le plus dur, c’est de voir par­tir en fu­mée tous nos ef­forts, tout le temps pas­sé, tous les sou­ve­nirs. C’était pour­tant gra­ti­fiant, ce que l’on avait réa­li­sé jusque­là… ».

La so­li­da­ri­té s’or­ga­nise dé­jà

Tan­dis qu’« Apache », l’un de leurs deux chiens, s’amuse à jouer avec un mor­ceau de bois, les deux jeunes pro­prié­taires, le re­gard tour­né vers « Le Mio­det », le pe­tit ruis­seau qui coule pai­si­ble­ment en contre­bas du mou­lin, se re­fusent pour­tant à cé­der au dé­cou­ra­ge­ment. « Il y a quelques jours, Tho­mas Tor­cheux, un co­pain qui di­rige une en­tre­prise de me­nui­se­rie­char­pente à La Bour­boule, est ve­nu bé­né­vo­le­ment, avec deux de ses sa­la­riés. En qua­rante­huit heures, on a re­fait toute la char­pente de la mai­son ! C’était in­croyable… ». Ce pre­mier élan spon­ta­né de so­li­da­ri­té leur a re­don­né un peu du cou­rage qui les avait aban­don­nés, au len­de­main du sinistre. « On se dit qu’on va pou­voir re­par­tir. Et on se laisse main­te­nant jus­qu’en 2022 pour ve­nir à bout du chan­tier ». Tout en re­con­nais­sant, un peu ti­mi­de­ment, avoir be­soin d’aide – humaine et ma­té­rielle – pour pour­suivre et ache­ver leur rêve…

➔ Contact. Phi­lé­mon Il­pide, au 06.75.69.02.44. Par ailleurs, une ca­gnotte so­li­daire a été ou­verte sur www.leet­chi.com/c/ so­li­da­rite-pour-le-mou­lin-dau­gus­tin

PHO­TO RICHARD BRU­NEL

IN­CEN­DIE.

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