Sur les traces de la cis­tude, seule tor­tue in­di­gène du Mas­sif cen­tral

À tra­vers notre sé­rie sur la faune et la flore, nous vous em­me­nons à la ren­contre de la cis­tude, du cas­tor et du sau­mon sau­vage.

La Montagne (Clermont-Volcans) - - La Une - Anne Bourges anne.bo­ruges@cen­tre­france.com

Pas fa­cile pour une tor­tue au­toch­tone de se gar­der une place au so­leil quand des Amé­ri­caines co­lo­nisent son es­pace vi­tal !

Confron­tée à la pro­gres­sion de la tor­tue de Flo­ride (re­lâ­chée dans les éco­sys­tèmes eu­ro­péens où elle s’est re­mar­qua­ble­ment bien adap­tée), la cis­tude – seule tor­tue in­di­gène du Mas­sif cen­tral – ré­siste mal.

Elle tient tout de même quelques places fortes : dans les étangs de So­logne bour­bon­naise, sur les bras morts en Val d’Al­lier et en Val de Loire, ou dans les méandres sau­vages de grandes ri­vières de plaine. Ces ter­ri­toires d’Au­vergne sont au­tant de bas­tions pour une es­pèce en forte ré­gres­sion dans l’Hexa­gone. La cis­tude se­rait même me­na­cée sur la moi­tié de son aire de ré­par­ti­tion his­to­rique en France.

Il faut dire qu’elle est un peu dif­fi­cile. Il lui faut un mi­lieu aqua­tique qui lui ga­ran­tit à la fois un garde­man­ger et un lieu pro­pice à ses ébats amou­reux. Mais aus­si des berges em­brous­saillées de bois morts pour se per­cher et sé­cher. Et en­fin, des ta­lus meubles pour se ca­cher et pondre puis en­ter­rer ses oeufs. Or ce sont jus­te­ment des es­paces qui se ré­duisent avec le re­cul qua­si gé­né­ral des zones hu­mides en France. Elle su­bit aus­si un frac­tion­ne­ment du ter­ri­toire qui la met en dan­ger lors de ses dé­pla­ce­ments entre mi­lieux aqua­tiques et ter­rains d’hi­ver­nage ou de ponte.

Au­jourd’hui, la cis­tude fait l’ob­jet d’un plan na­tio­nal d’ac­tion, por­té en Au­vergne­Rhône­ Alpes par deux Conser­va­toires des es­paces na­tu­rels (CEN).

Mais la ré­gres­sion de l’es­pèce n’est pas nou­velle. Au Moyen Âge, la consom­ma­tion de sa chair – ré­pu­tée viande maigre – au­rait fait des ra­vages en pé­riode Ca­rême… À moins que les gens d’Église n’aient au contraire sou­te­nu les ef­fec­tifs de l’es­pèce en creu­sant les étangs qu’elle oc­cupe tou­jours.

Des heures du­rant elle fait la belle

En So­logne bour­bon­naise, il n’est pas dif­fi­cile de la re­pé­rer. Cher­chez un point où les rayons du so­leil viennent frap­per une vieille branche au­des­sus de l’eau : la cis­tude n’a pas son pa­reil pour re­pé­rer ces per­choirs. Des heures du­rant, elle fait la belle, le cou ten­du, af­fi­chant aux re­gards ce poin­tillisme (jaune sur peau sombre) qui la dis­tingue de sa cou­sine de Flo­ride aux mêmes cou­leurs mais en zé­brures.

Ca­pable de sur­vivre en hi­ver­nage dans des abris tam­pon­nés où sa tem­pé­ra­ture cor­po­relle peut pas­ser sous la barre des 5 °C. La cis­tude a be­soin de cha­leur ex­té­rieure pour ou­vrir l’oeil. Ani­mal à sang­froid, elle a la ther­mo­ré­gu­la­tion des rep­tiles. Im­pos­sible, sans la cha­leur du so­leil, de me­ner la moindre ac­ti­vi­té, de se re­pro­duire, de chas­ser, et même, tout sim­ple­ment, de di­gé­rer ef­fi­ca­ce­ment.

L’évo­lu­tion lui a lais­sé une ca­ra­pace, mais aus­si des griffes im­pres­sion­nantes pour s’ac­cro­cher et creu­ser, une pal­mure pour pa­trouiller sous l’eau, un bec re­dou­table pour faire pi­tance de pe­tits in­ver­té­brés, in­sectes, et même dé­pouilles de gros pois­sons. D’ailleurs elle joue sou­vent le rôle d’éboueur dans son éco­sys­tème. Et elle peut le jouer long­temps, puisque cer­tains spé­ci­mens au­raient vé­cu une cen­taine d’an­nées.

FAR­NIENTE. De l’eau, un peu de cha­leur… Le plan bon­heur de la cis­tude dans les étangs et les bras morts de l’Al­lier et de la So­logne bour­bon­naise. Pho­to : Jean-Marc Schaer.

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