Que reste-t-il de nos « gueules noires » ?

L’ex­ploi­ta­tion de la der­nière mine du bas­sin de Bras­sac­les­Mines s’est ar­rê­tée le 31 juillet 1978 Le 31 juillet 1978, les mi­neurs de Bras­sac-les-Mines sont re­mon­tés une der­nière fois à la sur­face. Quatre siècles et de­mi d’his­toire sont res­tés au fond des

La Montagne (Clermont-Volcans) - - Puy-de-dôme Actualité - Ni­co­las Jac­quet

«Quand je suis ici, tout seul, sans un bruit, avec ce che­va­le­ment im­mo­bile alors qu’il y avait une grande salle des ma­chines, ça me fe­rait pleu­rer. »

Mi­chel Ma­rion, 78 ans et an­cienne « gueule noire », est bé­né­vole au Mu­sée de la mine de Bras­sac­les­Mines. Entre le che­va­le­ment et la salle des pen­dus d’Au­zat­la­Com­belle, quel­que­suns des der­niers ves­tiges d’une époque ré­vo­lue, il se sou­vient : « C’est ici que j’ai com­men­cé. Mon père tra­vaillait à ce puits. J’ai connu tant d’hommes qui sont des­cen­dus là­de­dans, dont mon père, moi, et sa­voir com­ment c’est fait au fond, ça me prend les tripes. C’est toute une ville, toute une vie qu’il y a au fond. »

5.943 em­ployés et 22 na­tio­na­li­tés en 1948

Le bas­sin de Bras­sac­les­Mines (*) n’a ja­mais été aus­si im­por­tant que ceux du nord ou de l’est de la France. Il a comp­té 5.943 em­ployés de 22 na­tio­na­li­tés dif­fé­rentes (tous mé­tiers confon­dus), à son apo­gée, en 1948. À cette époque, celle de la na­tio­na­li­sa­tion et de la créa­tion des Char­bon­nages de France dé­ci­dée en 1946, les ga­le­ries four­millent. L’en­semble des puits de la ré­gion est re­grou­pé dans une même en­ti­té : Houillères du bas­sin d’Au­vergne (HBA).

Au­jourd’hui, 40 ans après le re­tour à la sur­face de la der­nière ber­line (wa­gon­net de char­bon), la terre, à l’image des Hommes, n’en porte plus les ci­ca­trices, en sur­face. Des 141 puits ex­ploi­tés pen­dant quatre siècles et de­mi, il ne reste que quelques ves­tiges. Par­mi eux, deux che­va­le­ments se font face, sur les col­lines de Bayard, com­mune de Bras­sac­les­Mines, et d’Au­zat­ la­Com­belle. À Bayard, la struc­ture d’acier, peinte en rouge et haute de 30 mètres, sur­plombe une dalle de bé­ton. Un « bou­chon » re­cou­vrant un puits pro­fond de 691 mètres.

Une de ses deux mo­lettes (roues) tourne tou­jours, sans dis­con­ti­nuer. Elle n’est plus re­liée à un câble, elle n’a plus de cages à re­mon­ter. Un mo­teur élec­trique a été ins­tal­lé pour lut­ter contre son im­mo­bi­lisme. Ce sym­bole d’une époque ré­vo­lue fait res­sor­tir une cer­taine nos­tal­gie, cou­plée à un de­voir de mé­moire.

Pour ne pas ou­blier et com­prendre ce que ces hommes et ces femmes ont vé­cu, ce qui les rat­tache a cette terre qui les a tant fait souf­frir, qui a em­por­té tant de vies, nous vous pro­po­sons de plon­ger avec nous dans ce monde si par­ti­cu­lier. Au fil de ren­contres et de dé­cou­vertes, nous al­lons en­trer dans les ga­le­ries. Bien­ve­nue et lais­sez­vous gui­der ! ■

(*) Bras­sac­les­Mines a don­né son nom au bas­sin car elle en est la plus grande ville. Pour­tant, un seul puits sur les 141 se trouve sur la com­mune, à Bayard.

« C’est toute une ville, toute une vie qu’il y a au fond »

PHO­TOS NI­CO­LAS JAC­QUET

SOU­VE­NIRS. Mi­chel Ma­rion (ci-des­sus) est bé­né­vole au Mu­sée de la mine de Bras­sac-les-Mines. In­ta­ris­sable, il est le prin­ci­pal guide de notre plon­gée dans les ga­le­ries.

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