« Les élus n’ont pas me­su­ré l’ur­gence »

Comment créer une nou­velle al­liance homme­na­ture, au­jourd’hui, dans l’am­phi­théâtre de Po­ly­dome

La Montagne (Clermont-Volcans) - - Puy-de-dôme Actualité - Franck Char­vais franck.char­vais@cen­tre­france.com

Connu pour son es­prit libre, son franc-par­ler et ses ac­tions, par­fois chocs, en fa­veur des ani­maux, Al­lain Bou­grain-Du­bourg, le pré­sident de la Ligue na­tio­nale pour la pro­tec­tion des oi­seaux, par­ti­ci­pe­ra au­jourd’hui à Cler­mont-Fer­rand au col­loque «Pour une nou­velle al­liance homme-na­ture ».

Entre les phi­lo­sophes Ca­the­rine Lar­rère et Ch­ris­tian Go­din, l’an­cien dé­pu­té eu­ro­péen éco­lo­giste Jean­Paul Bes­set, le neu­ro­bio­lo­giste Georges Cha­pou­thier ou en­core le na­tu­ra­liste Ch­ris­tian Bou­char­dy… il y au­ra du beau monde dans l’am­phi­théâtre de Po­ly­dome, à Cler­mont pour le col­loque in­ti­tu­lé « Pour une nou­velle al­liance homme­na­ture ». En­tre­tien avec le pré­sident de la Ligue pour la pro­tec­tion des oi­seaux, Al­lain Bou­grain­Du­bourg.

La Terre a vu ses po­pu­la­tions de ver­té­brés sau­vages dé­ci­mées de 60 % en 40 ans sa­lon le rap­port du Fonds pour la na­ture. Quel re­gard por­tez-vous sur cet ef­fon­dre­ment ca­tas­tro­phique ?

« Ce n’est mal­heu­reu­se­ment pas un scoop ! Il y a un an, 15.000 bio­lo­gistes du monde en­tier nous aler­taient sur le dé­clin dra­ma­tique du vi­vant. Bien avant, lors des COPS consa­crées à la bio­di­ver­si­té à Na­goya (Ja­pon), les pays s’étaient en­ga­gés à stop­per le dé­clin. Plus de huit ans après, la pro­messe n’est pas te­nue… Au­tant la prise de conscience est avé­rée pour la ques­tion cli­ma­tique, au­tant l’ago­nie des es­pèces nous laisse in­dif­fé­rents. »

Ce col­loque in­ti­tu­lé « Pour une nou­velle al­liance homme-na­ture », est plus que ja­mais d’ac­tua­li­té.

« Oui, car toutes les forces vives, toutes les in­tel­li­gences, toutes les bonnes vo­lon­tés doivent se conju­guer pour en­di­guer l’hé­mor­ra­gie. Je crois que la so­cié­té a com­pris cet im­pé­ra­tif, alors que nos élus res­tent à la traîne. »

La ques­tion du vi­vant n’est en ef­fet tou­jours pas ins­crite à l’agen­da des dé­ci­deurs po­li­tiques. À qui la faute ?

« Les élus n’ont pas me­su­ré l’ur­gence. S’ils ont com­pris la né­ces­si­té d’agir contre les gaz à ef­fet de serre, c’est peut­être parce que le pro­blème est fi­na­le­ment as­sez li­sible. D’un cô­té, on voit bien que les évé­ne­ments s’ac­cé­lèrent et s’in­ten­si­fient (inon­da­tions, sé­che­resse, tem­pêtes, etc.). De l’autre, on a des le­viers d’ac­tions avec les éco­no­mies d’éner­gie, l’iso­la­tion, le co­voi­tu­rage, etc. Pour la bio­di­ver­si­té, il en est tout au­tre­ment. On ne voit pas dis­pa­raître les es­pèces et on ne sait pas comment chan­ger les choses, tant les so­lu­tions im­posent une nou­velle vi­sion so­cié­tale avec l’ef­fa­ce­ment d’une agri­cul­ture in­ten­sive, l’ar­rêt de l’ar­ti­fi­cia­li­sa­tion et de l’as­sè­che­ment des zones hu­mides, etc. »

Et pour­tant les alertes n’en fi­nissent plus de se suc­cé­der. Le Mu­séum na­tio­nal d’his­toire na­tu­relle et le CNRS ont pu­blié deux études qui disent qu’un tiers des oi­seaux au­rait dis­pa­ru ces quinze der­nières an­nées. Comment avez-vous ré­agi dans les faits en tant que pré­sident de la Ligue pour la Pro­tec­tion des oi­seaux (LOP) ?

« La LPO est en pre­mière ligne dans ce bi­lan, puis­qu’elle par­ti­cipe à four­nir les don­nées ana­ly­sées en­suite par les scien­ti­fiques. Nous agis­sons à deux ni­veaux. D’abord en contri­buant à de nom­breux co­mi­tés d’orien­ta­tion qui peuvent faire in­flé­chir dans le bon sens, en­suite avec nos adhé­rents. Les re­fuges LPO, par exemple, at­teignent près de 30.000 par­ti­ci­pants (ci­toyens, en­tre­prises, col­lec­ti­vi­tés…) pour une sur­face d’en­vi­ron 40.000 hec­tares. Ce sont au­tant d’es­paces de paix et de ré­si­lience qui servent la cause. »

Êtes-vous plu­tôt ré­si­gné ou plein d’es­poir concer­nant la si­tua­tion des ani­maux ?

« Concer­nant la bien­trai­tance ani­male, il y a là en­core un dé­ca­lage to­tal entre la sen­si­bi­li­té de la so­cié­té et l’ac­tion des élus. Un ré­cent son­dage Ifop fai­sait va­loir que 7 Fran­çais sur 10 consi­dé­raient que les élus n’en fai­saient pas as­sez. Et de fait, lors de la der­nière loi agri­cul­ture et ali­men­ta­tion, tous les amen­de­ments en fa­veur du bien­être ani­mal ont été re­to­qués ! Les par­le­men­taires n’ont même pas de­man­dé de dé­lais pour le chan­ge­ment, ils les ont re­je­tés avec mé­pris. »

Comment avez-vous ré­agi à la dé­mis­sion de Ni­co­las Hu­lot ?

« Avec peine et re­gret mais sans sur­prise… »

Es­ti­mez-vous que les lob­bies qui gra­vitent dans les cercles du pou­voir ont une nou­velle fois été les plus forts ?

« In­con­tes­ta­ble­ment mais on voit bien le fré­mis­se­ment po­si­tif de la so­cié­té ci­vile qui n’ad­met plus les pe­tits ar­ran­ge­ments entre amis. »

Un coup de gueule ?

« Comme di­sait Pierre Dac : “Il faut ces­ser de chan­ger le pan­se­ment, dé­sor­mais il faut pen­ser le chan­ge­ment !” »

Des gestes simples à faire au quo­ti­dien pour la pla­nète?

« Adhé­rer à une as­so­cia­tion de pro­tec­tion de la na­ture. Je re­com­mande la LPO bien sûr (rires). C’est un geste so­li­daire qui donne puis­sance au mes­sage à por­ter au­près des dé­ci­deurs. »

PHO­TO VINCENT THO­MAS

AL­LAIN BOU­GRAIN-DU­BOURG. « Au­tant la prise de conscience est avé­rée pour la ques­tion cli­ma­tique, au­tant l’ago­nie des es­pèces nous laisse in­dif­fé­rents. »

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