« Faire table rase du pas­sé »

La Montagne (Corrèze) - - Chroniques - Ga­vin’s Cle­mente Ruiz

Par­fois, n’avez­vous pas en­vie de tout re­com­men­cer ? de tout re­prendre à zé­ro ? C’est un rêve qui ob­sède, et qui hante la lit­té­ra­ture. La fuite de Mon­sieur Monde chez Si­me­non, ou en­core le hé­ros de Dou­glas Ken­ne­dy, L’homme qui vou­lait vivre sa vie. Au­tant de ro­mans qui font table rase du pas­sé. Mais est­ce si simple ? Est­ce seule­ment pos­sible ?

Table rase. Amu­sante ex­pres­sion. Elle nous vient du la­tin. Ta­bu­la ra­sa. Et plus spé­ci­fi­que­ment de la vie quo­ti­dienne au temps des Ro­mains, qui uti­li­saient un sty­let pour écrire sur des plaque de cire. Les an­cêtres de nos ta­blettes nu­mé­riques ! Un peu comme ces ar­doises ma­giques uti­li­sées par les en­fants pour dé­cou­vrir l’écri­ture, des­si­ner, ap­pré­hen­der les formes, et qui, une fois leur ex­ploit accompli, ef­face d’un coup sec grâce à une mol­lette et re­com­mence tout à zé­ro. Comme nos an­cêtres ro­mains !

Sur sa ta­blette de cire, l’as­pi­rant écri­vain ara­sait la cire grâce à sa spa­tule, ef­fa­çait donc toutes ses écri­tures, et pou­vait à nou­veau uti­li­ser la­dite ta­blette. In­gé­nieux n’est­ce pas ? Ce geste d’ef­fa­ce­ment d’une ac­tion est res­té dans les mé­moires. Il est donc pos­sible de no­ter sur une ta­blette nos sou­ve­nirs, notre vie et d’un coup sec, tous les ou­blier.

Sur des plaques de cire

Ce se­rait même le sché­ma men­tal de nos « im­pres­sions », qui se gravent et s’ef­facent à loi­sir dans nos têtes. Pour­quoi pas. L’ex­pres­sion « faire table rase » a pris un autre sens avec le temps. Il s’agis­sait de ren­ver­ser to­ta­le­ment les prin­cipes éta­blis, les ins­ti­tu­tions, et de tout re­com­men­cer. L’his­toire n’est­elle pas un éter­nel re­com­men­ce­ment ?

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.