« Je suis plus zen au­jourd’hui ! »

Li­bé­rée de son rôle de coach dans The Voice, Za­zie re­de­vient chan­teuse avec un dixième al­bum, Es­sen­ciel. « Les gens ont le droit de me ju­ger, de ne pas m’ai­mer ».

La Montagne (Corrèze) - - Lemag’ - Oli­vier Bo­hin oli­vier.bo­hin@cen­tre­france.com

Nue. Za­zie est dé­bar­ras­sée de ses vê­te­ments sur la po­chette de son nou­vel al­bum (Es­sen­ciel), te­nant dans ses bras le ta­bleau d’un homme au­tant dé­nu­dé qu’elle. La chan­teuse y voit là une en­vie « d’al­ler à l’es­sen­tiel ». Un mot qu’elle écrit avec une vraie faute d’or­tho­graphe. « C’est un jeu de mots, je ne peux pas m’en em­pê­cher… Et puis, en­le­ver ses vê­te­ments, c’est le sym­bole de se désen­com­brer de choses que la so­cié­té nous im­pose, des sté­réo­types qui créent an­goisse et mo­ro­si­té.

■ Vous, ex-coach de The Voice, re­dou­tez-vous d’être ju­gée à votre tour avec ce nou­vel al­bum ? Je l’ac­cepte. Les gens ont le droit de me ju­ger, d’ai­mer comme de ne pas ai­mer. Je suis heu­reuse que l’al­bum trouve son pu­blic car je ne chante pas que pour moi. Quand j’en­re­gistre un al­bum, je pense aux gens, non pas avec l’ob­ses­sion de faire un tube. Mais j’es­saye de tra­duire au mieux ce que je res­sens au plus pro­fond de moi­même. J’es­saye de vi­ser le coeur du pu­blic.

■ La Za­zie 2018 est-elle moins zen que la Za­zie du tube Zen de 1995 ? Je suis da­van­tage zen. Quand on chante « Zen, soyons zen », c’est qu’on ne l’est peut­être pas vrai­ment, on es­saye d’y as­pi­rer. On s’im­pose un im­pé­ra­tif. Je suis plus se­reine à 54 ans qu’à 28 ans, l’époque où j’ai sor­ti Zen. On voit mieux comment on fonc­tionne, ain­si que la so­cié­té qui nous en­toure. Cette dis­tance par­ti­cipe à ma ze­ni­tude.

■ Avec Wa­ter­loo, vous nous plon­gez au coeur de l’at­taque ter­ro­riste du Ba­ta­clan. La lutte contre le ter­ro­risme est-elle per­due…. comme Na­po­léon à Wa­ter­loo ? Je n’ai pas fait cette chan­son en pen­sant di­rec­te­ment aux at­ten­tats, si­non je l’au­rais ap­pe­lé Ba­ta­clan. Ma ré­flexion est plus vaste et porte sur la bar­ba­rie hu­maine. Il est in­té­res­sant de connaître l’ori­gine des choses, com­prendre sans ex­cu­ser évi­dem­ment. Il y a des tas de ques­tions à se po­ser. Ce se­rait in­té­res­sant de sa­voir comment sont nés les Frères mu­sul­mans, comment fonc­tionne la géo­po­li­tique. La jeu­nesse manque­t­elle de hé­ros ? Dans cette an­goisse, ce non­sens, il faut des ré­ponses, no­tam­ment pour les jeunes qui ont be­soin d’ac­tion.

■ Dans « Es­sen­ciel », vous ré­vé­lez vos pré­oc­cu­pa­tions éco­lo­giques. Est-ce un voeu pieux de « quit­ter l’au­to­route sans plomb dans les ailes » ? Les po­li­tiques doivent lé­gi­fé­rer, comme in­ter­dire le gly­pho­sate, et les in­dus­triels agir. Mais les consom­ma­teurs ont un rôle à jouer, car c’est eux qui font pros­pé­rer les in­dus­triels à tra­vers leurs choix d’achats. Si on n’achète plus de bou­teilles en plas­tique, ils n’en ven­dront plus et trou­ve­ront autre chose pour un nou­veau pro­fit. On peut faire des choses très simples, sans at­tendre qu’un po­li­tique ou un fa­bri­cant le fasse. L’éco­lo­gie, ce n’est pas l’af­faire de bo­bos. C’est du bon sens, pas un par­ti po­li­tique.

Le titre Ma sto­ry fus­tige les ré­seaux so­ciaux. Fa­ce­book ne rime pas trop avec Za­zie ?

Je m’in­ter­roge avec iro­nie sur le su­jet, ayant une ado avec un por­table. J’ai fait par­tie des pre­miers ar­tistes à avoir un site in­ter­net. La li­ber­té de ton m’in­té­res­sait. J’aime bien don­ner des in­fos. En re­vanche, le flot d’opi­nions sur tout et n’im­porte quoi peut de­ve­nir toxique. Les gens ont des avis sur tout, c’est très im­pul­sif, très com­pul­sif. Ce sont des re­la­tions vir­tuelles. Sans être pa­ra­no, il est bon de cou­per par­fois cette bes­tiole.

Et que faites-vous le di­manche ?

Je m’en­vole… Je fais de la chute libre in­door. Je pars du sol et je m’en­vole. J’éprouve une den­si­té. J’aime bien sen­tir le souffle. C’est la vie, c’est une source d’ins­pi­ra­tion. Amen.

“L’éco­lo­gie, c’est du bon sens

“Le di­manche, je m’en­vole…

PHO­TO LAURENT SEROUSSI

PHI­LO­SO­PHIE. « Comme di­sait Nietzsche : “plus nous nous éle­vons, plus nous pa­rais­sons pe­tits à ceux qui ne savent pas vo­ler” ».

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