La Sa­gra­da dé­fie le temps

Après 136 ans d’at­tente, l’oeuvre de Gau­di ob­tient son per­mis de construire

La Montagne (Corrèze) - - Septième Jour - Do­mi­nique Ga­ran­det do­mi­nique.ga­ran­det@cen­tre­france.com

Après 136 ans d’at­tente, la Sa­gra­da Fa­mi­lia, le chef-d’oeuvre in­ache­vé d’An­to­ni Gau­di, va en­fin ob­te­nir son per­mis de construire. Un ac­cord his­to­rique pour un des sites tou­ris­tiques les plus vi­si­tés d’Es­pagne.

Mieux vaut tard que ja­mais. Après trois an­nées de né­go­cia­tions, un ac­cord vient d’être conclu entre la mu­ni­ci­pa­li­té de Bar­ce­lone et les res­pon­sables de la ba­si­lique la plus cé­lèbre d’Es­pagne. La Sa­gra­da Fa­mi­lia au­ra en­fin son per­mis de construire. En re­vanche, elle de­vra ver­ser 36 mil­lions d’eu­ros pen­dant 10 ans à la ville afin de mo­der­ni­ser les amé­na­ge­ments et amé­lio­rer les trans­ports en com­mun au­tour de l’édi­fice.

Ce­la semble ex­tra­va­gant mais le chef­d’oeuvre de Gau­di – qui ac­cueille chaque an­née près de 4,5 mil­lions de vi­si­teurs et gé­nère plus de 110 mil­lions de re­cettes – était, jus­qu’à au­jourd’hui, hors la loi. L’ob­ten­tion de ce per­mis in­ter­vient au bon mo­ment car les construc­teurs pré­voient d’ache­ver les tra­vaux en 2026, à l’oc­ca­sion du cen­te­naire de l’ar­chi­tecte ca­ta­lan.

Gau­di, pre­mier mar­tyr tou­ris­tique de l’ère chré­tienne, est en­ter­ré dans la crypte de son temple et sa­cra­li­sé tel un pha­raon bâ­tis­seur. Ren­ver­sé par un tram­way le 7 juin 1926, il ne ver­ra ja­mais son oeuvre ache­vée. « Je vieilli­rai, mais d’autres sui­vront mes pas », avait­il pro­phé­ti­sé.

Sanc­ti­fié par tout un peuple, ce­lui qui vou­lait « mettre les pierres à ge­noux afin qu’elles im­plorent leur Créa­teur » a pas­sé les der­niers mois de sa vie re­ clus comme un moine cis­ter­cien dans son ate­lier de la Sa­gra­da.

Im­pos­sible de res­ter in­dif­fé­rent de­vant sa ba­si­lique, « un des édi­fices les plus hor­ribles au monde » pour Or­well qui trou­vait que les anar­chistes avaient fait preuve de mau­vais goût « en ne la fou­tant pas en l’air ». En 1936, ils ont quand même pillé le chan­tier et brû­lé toutes les ma­quettes et ar­chives.

Fo­rêt mi­né­rale

Si cer­tains la vo­missent, d’autres la vé­nèrent. Da­li ad­mire « la beau­té ter­ri­fiante et co­mes­tible » de ce temple ex­pia­toire digne de tous les su­per­la­tifs. Ses co­lonnes ver­ti­gi­neuses se ra­mi­fient comme une vé­ri­table fo­rêt mi­né­rale. Les dix­huit tours s’élèvent comme au­tant de traits d’union entre le ciel et la terre. Elles évoquent les douze apôtres, les quatre évan­gé­listes, la Vierge Ma­rie et son im­mense flèche de 170 mètres de haut in­car­ne­ra le Ch­rist.

Une fois ache­vée, la Sa­gra­da de­vien­dra le plus haut édi­fice re­li­gieux ch­ré­tien d’Eu­rope, la tour cen­trale dé­pas­sant celle de l’Église d’Ulm, à ce jour la plus haute du monde. Les voûtes de la croi­sée culmi­ne­ront à 60 mètres et celles de l’ab­side à 70 mètres.

Gau­di vou­lait édi­fier un « temple de la lu­mière har­mo­nieuse », il vou­lait que « l’in­té­rieur de l’église soit comme une im­mense fo­rêt, que la dé­co­ra­tion des voûtes soit faite de feuilles, que les pi­liers de la grande nef soient des pal­miers, arbres de la gloire, du sa­cri­fice et du mar­tyre, que ceux des nefs la­té­rales soient des lau­riers arbres de la gloire et de l’in­tel­li­gence ».

Au­jourd’hui, son voeu est en­fin exau­cé, la lu­mière na­tu­relle inonde les nefs et joue dans un équi­libre par­fait avec les vi­traux de Joan Vi­la Grau. L’ob­ten­tion du per­mis de construire de­vrait ac­cé­lé­rer les tra­vaux et per­mettre de ter­mi­ner la construc­tion en 2026. Un voeu pieux ?

Ce­lui qui vou­lait « mettre les pierres à ge­noux »

PHO­TO AFP

SAL­VA­DOR DA­LI. « Une beau­té ter­ri­fiante et co­mes­tible ».

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