« Ce disque est dé­dié à ma ma­man »

Quand Mi­reille Ma­thieu chante des airs clas­siques, elle y met toute la force de sa voix, planche aus­si sur chaque com­po­si­teur, s’en­toure d’un or­chestre sym­pho­nique… et met une su­perbe robe de prin­cesse.

La Montagne (Corrèze) - - Musiques - Oli­vier Bo­hin oli­vier.bo­[email protected]­tre­france.com

Son cre­do, c’est dé­sor­mais Brahms, Of­fen­bach, Mo­zart ou Ver­di. Ce choix qu’elle qua­li­fie d’au­da­cieux lui réus­sit plu­tôt bien. Son nou­veau disque, Mes clas­siques (So­ny Mu­sic, Abi­lène Disc) est en tête du top al­bums clas­siques. Mi­reille Ma­thieu as­sume to­ta­le­ment cette in­cur­sion dans un re­gistre qui colle au­tant à sa tes­si­ture qu’à ses émo­tions. La star in­ter­na­tio­nale dé­voile les se­crets de fa­bri­ca­tion d’un al­bum dé­dié à sa mère dont la bles­sure de la dis­pa­ri­tion n’est pas re­fer­mée.

■ Après 53 ans de car­rière, en­ta­mez-vous une nou­velle car­rière de chan­teuse ly­rique ? Je ne crois pas, même si ma voix me per­met de chan­ter haut. Toute pe­tite, j’ai été ber­cée par la voix de té­nor de mon pa­pa. J’en­ten­dais tou­jours Car­men, la Tos­ca, etc. Mon pa­pa met­tait ma ma­man sur le por­te­ba­gages de la bi­cy­clette et ils al­laient en­semble voir des opé­ras à Avi­gnon, aux places les moins chères. Nous étions une fa­mille de 14 en­fants. L’un de mes titres, La Ro­mance de Maître Pa­the­lin, d’après l’oeuvre de Fran­çois Ba­zin, était chan­té par mon père. Je chante aus­si Las­cia ch’io pian­ga de Haen­del que ma­man ai­mait beau­coup.

■ Pour­quoi le disque est-il dé­dié à votre ma­man ? Quand elle est par­tie, en mars 2016, je pré­pa­rais ce CD. Pré­pa­rer ce disque a été une thé­ra­pie bien­fai­sante car j’étais dans un tel état après la dis­pa­ri­tion de ma­man. Avec mon chef d’or­chestre et ar­ran­geur, Thier­ry Bie­nay­mé, on a choi­si les titres par­mi ceux de Mo­zart, Brahms, Ga­briel Fau­ré, Of­fen­bach, Franz Schu­bert, etc. Cha­cun a une cou­leur dif­fé­rente. Je chante ces titres en plu­sieurs langues, toutes les mé­lo­dies sont res­pec­tées.

Le pre­mier re­gard d’amour,

Votre pre­mier single,

mu­sique de Tchaï­kovs­ki et pa­role de Claude Le­mel, a une his­toire par­ti­cu­lière. C’est l’his­toire du pre­ mier re­gard d’amour que re­çoit un en­fant dans sa vie. La ver­sion russe est aus­si très belle, très proche du texte fran­çais. Nos pa­rents nous ont don­né beau­coup d’amour. Aî­née de 14 en­fants, je crois don­ner beau­coup d’amour à mes frères et soeurs.

■ Chante-t-on de la même fa­çon des airs ly­riques que de la va­rié­té ? Mes clas­siques re­pré­sentent deux ans de tra­vail. J’ai ap­pris l’his­toire de chaque com­po­si­teur, dont la plu­part sont des pays de l’Est. Pour la voix, j’ai ob­ser­vé une dis­ci­pline en­core plus exi­geante : je fai­sais da­van­tage de vo­ca­lises chaque jour. J’ai eu la chance de tra­vailler avec Ja­nine Reiss, la coache vo­cale de grands chan­teurs d’opé­ra (Rug­gie­ro Rai­mon­di, La Cal­las, Te­re­za Ber­gan­za, etc.). J’ai aus­si fait la même chose avec des pro­fes­seurs russes, al­le­mands, ita­liens. Après les ma­quettes, nous sommes par­tis avec mon chef d’or­chestre pour en­re­gis­trer avec l’en­semble sym­pho­nique de Pragues, di­ri­gé par Jé­rôme Kuhn. Ces mu­si­ciens slaves sont épous­tou­flants ! Dès 3 ans, ils ont un vio­lon dans les mains. L’en­re­gis­tre­ment dé­fi­ni­tif, avec le mixage, a eu lieu à Ab­bey Road, le stu­dio des Beatles.

■ La Bar­ca­role ou Mille co­lombes ? Ma voix et ma

Cer­tains m’ont dit que j’étais gon­flée.

per­son­na­li­té me per­mettent de faire les deux, le clas­sique et la va­rié­té. J’y mets le même amour. J’en­tame une tour­née dans les pays de l’Est et en Rus­sie. La France, ce se­ra dans 1 ou 2 ans.

■ Que ré­pon­dez-vous aux pu­ristes qui pour­raient vous re­pro­cher de re­prendre Brahms, Cho­pin et consorts ? Cer­tains m’ont dit que j’étais gon­flée mais ont re­con­nu le tra­vail réa­li­sé. Moi, je chante se­lon mes émo­tions. Et puis, j’y mets mon vé­cu. Mes clas­siques, c’est pour ma­man. Elle me guide, cer­tai­ne­ment. Elle me pro­tège, elle nous pro­tège. ■

➡ Mes clas­siques de Mi­reille Ma­thieu. (Smart, So­ny Mu­sic). Prix : 15,99 €.

PHO­TO : ABI­LÈNE DISC

AMOUR. « Je pense que mon disque per­met­tra à des gens de dé­cou­vrir la beau­té de la mu­sique clas­sique. Je me re­mets tou­jours en ques­tion. Plus j’avance dans le mé­tier, plus je suis exi­geante ».

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