Une voix pour ou­vriers à ne pas ou­blier

Des luttes des GM & S au com­bat pour un nou­veau job : le re­gard de Vincent La­brousse

La Montagne (Corrèze) - - Région Actualité - Sé­ve­rine Per­rier

Il a pas­sé vingt-cinq ans dans l’usine et a été de toutes les luttes. Au­jourd’hui, Vincent La­brousse conti­nue le com­bat aux cô­tés des ex-GM & S comme des LSI et ba­taille pour trou­ver un nou­veau bou­lot.

Il a pas­sé « vingt­cinq ans dans la bou­tique ». Une car­rière stop­pée net le 16 dé­cembre 2017 par un simple cour­rier : après avoir fait par­tie des 277 GM & S en lutte, Vincent La­brousse se re­trou­vait dans le rang des 157 li­cen­ciés. Mais tou­jours dans la lutte. Contre le PSE, pour une pro­po­si­tion de loi, contre les construc­teurs, pour trou­ver un nou­veau job.

De toutes les luttes sous toutes les en­seignes. Vincent La­brousse est en­tré à l’usine comme au­to­ma­ti­cien en 1992, « à l’époque Eu­ra­mec » puis SER, Ariès, Wa­gon, Al­tia… Il a été de toutes les luttes. « J’ai adhé­ré à la CGT très peu de temps après être en­tré à l’usine et je me suis vrai­ment im­pli­qué comme dé­lé­gué du per­son­nel à par­tir de 1997, à la suite du pre­mier plan so­cial quand ils ont dé­ci­dé de dé­cen­tra­li­ser tout le ser­vice dans le­quel je tra­vaillais. Ça a été la pre­mière vague im­por­tante de sup­pres­sions de postes. Et quand tu vois tous tes col­lègues, en larmes, au­tour de la table, t’as juste en­vie de faire en sorte que ça n’ar­rive plus. » Mais…

La lutte fi­nale ? De toutes les luttes, celle en­ta­mée sous GM & S reste bien sûr la im­por­tante. Pas tant par sa du­rée que par « son in­ten­si­té et l’im­pli­ca­tion de tous les sa­la­riés. Avant, il y avait ce sen­ti­ment de ras­le­bol, on en avait marre de se faire prendre pour des cons et c’est ce sen­ti­ment d’in­jus­tice qui a conduit à cette im­pli­ca­tion sous GM & S ». Un com­bat éga­le­ment no­table par sa mé­dia­ti­sa­tion (lire ci­des­sus) qui a conduit à la re­prise de l’usine en sep­tembre 2017 mais qui ne s’est pas ar­rê­té là.

Un gros coup de bam­bou… qui n’as­somme pas. « Je m’y at­ten­dais mais j’avais quand même un peu d’es­poir. Quand j’ai re­çu la lettre de li­cen­cie­ment le 16 dé­cembre 2017, ça était un gros coup de bam­bou et il a fal­lu pas­ser les fêtes avec ça. » Et avec une ques­tion : quoi faire après ? « Je n’y avais pas ré­flé­chi avant. C’est com­pli­qué : tant que ce n’était pas ma­té­ria­li­sé, il y avait sans doute un re­fus de ma part d’y pen­ser. J’ai pas­sé vingt­cinq ans dans la bou­tique : t’as du mal à l’ac­cep­ter. On a quand même bien prou­vé que le PSE (Plan de sau­ve­garde de l’em­ploi) était il­lé­gal. Mais bon, per­sonne n’est in­dis­pen­sable… »

Un autre par­cours du com­bat­tant. « Quand j’ai eu mon pre­mier en­tre­tien à la cel­lule de re­clas­se­ment, j’ai de­man­dé à faire un bi­lan de com­pé­tences et une for­ma­tion en an­glais. Même si je ne sa­vais pas ce que je vou­lais faire der­rière : moi, je fai­sais un mé­tier qui me plai­sait beau­coup mais est­ce que j’avais en­vie de re­tour­ner dans une en­tre­prise de ce type­là ? Dans l’in­dus­trie, être syn­di­ca­liste, c’est pas bien vu. C’est aus­si pour ça que j’ai vou­lu faire un bi­lan de com­pé­tences pour ex­plo­rer d’autres pistes. »

Ce bi­lan de com­pé­ten­ ces, Vincent l’a fait fi­na­le­ment… en juin. « Ça aus­si, c’est un vrai par­cours du com­bat­tant. Il faut faire plu­sieurs de­vis, faire des lettres de mo­ti­va­tion à chaque fois pour faire une de­mande de for­ma­tion et comme je n’avais pas de pro­jet bien pré­cis, on m’a dit en avril que ce n’était pas pos­sible… J’ai de­man­dé que ce re­fus soit no­ti­fié par écrit. Et là, bi­zar­re­ment, j’ai pu avoir l’ac­cord en mai ! À cô­té de ça, t’es dans la re­cherche d’em­ploi. »

Ne ja­mais rien lâ­cher. « J’ai en­fin réus­si à dé­mar­rer ma for­ma­tion d’an­glais fin août : à chaque fois, il a fal­lu faire des tests, en­voyer toutes les offres à Pôle Em­ploi parce que c’est eux qui choi­sissent l’or­ga­nisme où tu vas le faire. En gros, j’ai per­du deux mois, il a fal­lu que je fasse dix de­vis dif­fé­rents et heu­reu­se­ment, j’ai eu la chance que l’or­ga­nisme de for­ma­tion ne me lâche pas. Là, j’ai fi­ni : je ne suis pas bi­lingue mais si j’avais pu la com­men­cer plus tôt, j’au­rais un autre ni­veau. »

À la re­cherche d’un em­ploi per­du. « J’ai pos­tu­lé sur des offres de char­gé de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, de chef de pro­jet… Tu passes beau­coup de temps sur ton or­di­na­teur, sur des tas de sites, à re­rem­plir à chaque fois des trucs, à re­faire des lettres de mo­ti­va­tion. Je cherche à la fois dans mon mé­tier et j’ai d’autres pistes que j’es­saie d’éclair­cir. Le pro­blème, c’est que quand tu dois t’en­ga­ger dans une re­con­ver­sion com­plète, c’est des for­ma­tions de huit à douze mois : tes deux ans de chô­mage, ils peuvent pas­ser très, très vite. Par exemple, il y a une for­ma­tion d’édu­ca­teur tech­nique qui com­mence en mars. Si je la fais, c’est dix mois : au bout, je n’ai plus de res­sources et pas for­cé­ment un bou­lot après. Alors, j’y vais, j’y vais pas ? Tout ça, c’est du temps et Ce que Vincent La­brousse re­tient de cette his­toire. Du bon…

- « Il y a quand même eu la re­prise de l’usine et même si ceux qui sont res­tés sont dans des si­tua­tions dif­fi­ciles, ils ne le sont pas dans le si­lence com­plet. »

- « Une for­mi­dable ex­pé­rience hu­maine : c’est éprou­vant, c’est com­pli­qué mais c’est la va­leur hu­maine qui nous a ani­més. On a ap­pris à se connaître et une des sin­gu­la­ri­tés de notre lutte, c’est qu’elle a im­pli­qué tous les sa­la­riés : de l’ou­vrier au cadre, les bar­rières sont tom­bées. C’est pas pour rien qu’on s’ap­pelle les cou­sins ! Et cet es­prit-là a re­jailli sur tout le monde au­tour : les jour­na­listes, les po­li­tiques qui nous ont sou­te­nus… Tous font par­tie de la fa­mille GM & S. »

… et du moins bon

- « On se rend bien compte de l’im­puis­sance de l’État sur le ter­rain de l’in­dus­trie ou, en tout cas, de sa non-vo­lon­té d’agir. Pour moi, c’est une er­reur po­li­tique im­por­tante. »

- « C’est dur pour l’en­tou­rage. Moi, j’ai une pe­tite fille de 9 ans, il fal­lait lui ex­pli­quer. Tu es sou­vent ab­sent. C’est ma femme qui a en­cais­sé tout ça, qui a ser­vi d’amor­tis­seur. Mais sur le mo­ment, tu ne te poses pas la ques­tion. Toutes ces choses, tu t’en rends compte après. »

de l’éner­gie. Là, je viens de ré­pondre à une offre sur Mon­tau­ban. Oui, bien sûr que si je n’ai pas le choix, je suis prêt à par­tir. »

« Dans l’in­dus­trie, être syn­di­ca­liste, c’est pas bien vu »

« Si on ne se bat pas, les sa­la­riés, ils vont avoir quoi ? »

Et tou­jours les GM & S. An­nu­la­tion du plan so­cial, plainte contre les construc­teurs, pro­po­si­tion de loi, plainte aux Prud’hommes… : Vincent a été de toutes les luttes cette an­née en­core. « Si on ne se bat pas, les sa­la­riés, ils vont avoir quoi ? À chaque réunion qu’on a, en pré­fec­ture ou ailleurs, on amène des pro­po­si­tions. Avec toutes ces luttes, on a gar­dé du lien. Tu vois tes potes, tu fais le point. Ça per­met de se sen­tir moins seul. » ■

PHOTO BRU­NO BARLIER

TOU­JOURS LÀ. li­cen­cie­ment. Dé­lé­gué du per­son­nel, élu CGT, Vincent La­brousse a été de toutes les luttes. Et conti­nue même après son

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