Un écrin sin­gu­lier pour les ar­tistes

Dans une an­cienne cha­pelle du XIIIe siècle, ré­no­vée avec pas­sion par un couple de Ne­ver­sois, des oeuvres conçues par des ar­tistes ma­jeurs, spé­cia­le­ment pour ce lieu, co­ha­bitent en par­faite har­mo­nie.

La Montagne (Corrèze) - - EN VUE - Phi­lippe Dépalle phi­lippe.de­[email protected]­tre­france.com

«Les gens viennent vi­si­ter une cha­pelle an­cienne. Quand ils re­partent, ils ne parlent que d’art contem­po­rain ». Éter­nel en­thou­siaste, Mi­chel Phi­lip­part vous re­çoit tou­jours avec gen­tillesse. Ce lieu qu’ils ont mis en lu­mière à Ne­vers, lui et son épouse Jac­que­line, est une his­toire sin­gu­lière de bout en bout. Ils sa­vaient que leur mai­son était ados­sée à un édi­fice religieux da­tant du MoyenÂge. Mais la Ré­vo­lu­tion fran­çaise avait consi­dé­ra­ble­ment chan­gé le vi­sage de l’en­semble.

Tout a com­men­cé à la fin des an­nées quatre­vingt­dix. Ils achètent une par­tie du bâ­ti­ment ados­sé à leur mai­son. Ce­la fe­rait un beau ga­rage. Ils en­tament des tra­vaux. Puis achètent un peu plus tard l’autre par­tie. L’église du XIII siècle re­naît le

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1er mars 2000. Date in­ou­bliable.

En s’at­ta­quant au dé­ga­ge­ment d’un mur in­té­rieur, sous plu­sieurs couches de pein­ture, ap­pa­raît une bouche. Puis une barbe. Le len­de­main, un deuxième vi­sage re­trouve la lu­mière du jour. Il est urgent d’at­tendre. Pour ne rien dé­truire. Avec pa­tience, de­puis ce jour, Jac­que­line et Mi­chel Phi­lip­part vont tout en­tre­prendre pour re­don­ner son lustre à cette cha­pelle de­ve­nue mai­son d’ha­bi­ta­tion et lieu d’His­toire. Et sur­tout un in­croyable écrin pour des oeuvres réa­li­sées spé­cia­le­ment pour la cha­pelle par des ar­tistes contem­po­rains. Ar­tistes et mé­cènes, les Phi­lip­part sont des amou­reux de l’art si convain­cants que les créa­teurs donnent leurs oeuvres.

Le pre­mier ar­tiste est Fran­çois Mo­rel­let, le pion­nier de l’art géo­mé­trique. Il réa­lise cinq pro­jets. Le plus spec­ta­cu­laire est le vi­trail conçu pour la baie ogi­vale de la cha­pelle – après ceux conçus pour le mu­sée du Louvre en 2009. Cette col­la­bo­ra­tion de­vient l’oeuvre em­blé­ma­tique du lieu. Et sur­tout elle at­tise la cu­rio­si­té d’autres ar­tistes.

Dans la pre­mière par­tie de la pièce sous le toit, un néon semble tom­ber d’une ou­ver­ture au pla­fond. Un mot, Chute, qui est l’oeuvre du Ne­ver­sois Claude Lé­vêque. Un ar­tiste qui ex­pose et tra­vaille dans le monde en­tier.

« Il est fier de fi­gu­rer dans ce mé­lange d’oeuvres et d’ar­tistes si dif­fé­rents, ra­conte Mi­chel Phi­lip­part. D’ailleurs, il dit que si les ar­tistes étaient tous pré­sents phy­si­que­ment dans la cha­pelle, ils se bat­traient… ». Alors qu’ici tout est har­mo­nie.

La liste des ar­tistes s’agran­dit d’an­née en an­née. Claude Pa­rent, Ivan Mes­sac, Co­lette De­blé, Gé­rard Guyo­mard, Er­ro, Ri­chard Di Ro­sa, Fran­çois Bois­rond, Er­net T, Ber­nard Ran­cil­lac, etc. La liste est longue com­plé­tée avec des ar­tistes lo­caux comme Laurent Bont, Ro­sa­rio La Mal­fa, les pho­to­graphes Gi­sèle Di­di et Thier­ry Vas­seur, et les faïen­ciers Ca­role Georges et Jean­Fran­çois Du­mont. Un de leur plat voi­sine avec deux icônes réa­li­sées par l’Ukrai­nienne et ex­Fe­men Oxa­na Scha­ch­ko (ou Ok­sa­na Chat­ch­ko) re­trou­vée morte en juillet 2018.

Elle a réa­li­sé un dip­tyque em­blé­ma­tique de la cha­pelle Saint­Syl­vain. Et même si Jac­que­line et Mi­chel Phi­lip­part ne parlent ja­mais ar­gent, ils confient que c’est la seule fois où ils ont ré­mu­né­ré un ar­tiste pour son travail. « Ré­fu­giée po­li­tique, elle ne rou­lait pas sur l’or ». Ici, dans cet écrin hors du temps, la gé­né­ro­si­té n’est pas un vain mot. ■

Des oeuvres don­nées par les ar­tistes

PHO­TOS PHI­LIPPE DÉPALLE

NE­VERS. Les icônes d’Oxa­na Scha­ch­ko, le vi­trail de Fran­çois Mo­rel­let, pre­mière oeuvre réa­li­sée pour la Cha­pelle Saint-Syl­vain, et le néon de Claude Lé­vêque.

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