Une gé­né­ra­tion en crise

Da­niel Ga­le­ra dresse le por­trait sans conces­sion de la gé­né­ra­tion Y bré­si­lienne dans Mi­nuit vingt, un ro­man ryth­mé et im­pli­quant.

La Montagne (Corrèze) - - Livres - Pas­cale Fau­riaux pas­cale.fau­[email protected]­tre­france.com

Ils étaient quatre, ils étaient jeunes et le monde leur ap­par­te­nait. C’était à la toute fin des an­nées 90, à l’orée du mil­lé­naire. Une quin­zaine d’an­nées plus tard, après s’être per­dus de vue, trois d’entre eux se re­trouvent pour as­sis­ter aux ob­sèques du qua­trième, as­sas­si­né en pleine rue pour un vol de por­table. Ils sont moins jeunes mais peinent à être adultes, en­gon­cés dans les dés­illu­sions et ti­raillés par les an­goisses.

L’air du temps

Plus qu’un sombre état des lieux du Bré­sil (et du monde) d’au­jourd’hui, le der­nier ro­man de Da­niel Ga­le­ra ques­tionne et sème le trouble.

À l’aise avec un in­ter­net en­core peu dé­ve­lop­pé, les quatre étu­diants avaient lan­cé avec suc­cès un ma­ga­zine nu­mé­rique dans l’air du temps avant que cha­cun ne suive une voie dif­fé­rente : l’écri­ture, la pu­bli­ci­té, ou la bio­lo­gie pour Au­ro­ra, la seule fille du groupe.

Entre­temps, le nu­mé­rique est de­ve­nu in­con­tour­nable et om­ni­pré­sent. Au point que les per­sonnes dis­pa­rues dans le monde réel sont en­core bien pré­sentes sur le web.

Entre­temps, l’état de la pla­nète s’est dé­gra­dé à une vi­tesse crois­sante et la cha­leur étouffe Por­to Alegre, où au­cun ro­bi­net ne par­vient à dé­li­vrer de l’eau froide.

In­ter­ro­ga­tions

Par bribes, comme des pièces de puzzle, Da­vid Ga­le­ra livre des élé­ments au lec­teur, qui re­cons­ti­tue peu à peu l’his­toire des per­son­nages. Les liens qui les unissent se pré­cisent au fil de cha­pitres où cha­cun d’eux en­dosse tour à tour le rôle du nar­ra­teur.

C’est aus­si au lec­teur d’ef­fec­tuer la mise au point pour ob­te­nir pe­tit à pe­tit une vi­sion plus nette d’une si­tua­tion au­pa­ra­vant floue. Vi­sion qui pour­ra donc va­rier d’un lec­teur à l’autre, cha­cun étant plus tou­ché, plus concer­né par l’un ou l’autre des nom­breux as­pects de ce ro­man vif. ■

➡ Mi­nuit vingt. De Da­niel Ga­le­ra, tra­duit du por­tu­gais (Bré­sil) par Ré­gis de Sa Mo­rei­ra, Al­bin Mi­chel, 272 pages, 20 €.

POR­TO ALEGRE. La ville écra­sée par la cha­leur est le cadre des re­trou­vailles des per­son­nages prin­ci­paux.

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