Serge Klars­feld ra­nime le sou­ve­nir des juifs ré­fu­giés à Crocq en 1939

Le couple de “chas­seurs de na­zis” in­vi­té pour ho­no­rer les Croc­quants qui ont sau­vé des Juifs

La Montagne (Creuse) - - La Une -

Crocq cultive le sou­ve­nir de la mai­son des en­fants juifs et des Justes qui ont per­mis de les ca­cher et de les sau­ver pen­dant la guerre.

Serge et Béate Klars­feld étaient à Crocq jeu­di pour la cé­ré­mo­nie en mé­moire des justes qui ont pro­té­gé des fillettes juives entre 1939 et 1942.

Crocq, la mé­moire et l’His­toire, c’est une belle aven­ture. Il y a d’abord eu la re­pro­duc­tion du Guer­ni­ca de Pi­cas­so, qua­si­ment gran­deur na­ture, ac­cro­chée non loin de la mai­son qui a hé­ber­gé le pre­mier mi­nistre de la Ré­pu­blique es­pa­gnol, Lar­go Ca­bal­le­ro, ré­fu­gié à Crocq après la guerre ci­vile. Dé­sor­mais, un nou­veau pan­neau vient rap­pe­ler un autre ré­cit que l’His­toire a fait pas­ser par la ci­té croc­quante. Plan­té près de la mai­son des Granges, où ré­side dé­sor­mais l’école pri­maire, et qui a ser­vi de re­fuge à une cen­taine de fillettes juives de 1939 à 1942 dans cette “mai­son d’en­fants”.

Et pour le dé­voi­ler, un grand té­moin, un couple, les époux Serge et Béate Klars­feld qui ont consa­cré leur vie à pour­suivre les cri­mi­nels de guerre na­zis.

Pe­tite his­toire, grande His­toire, qui a aus­si noué un lien entre Serge Klars­feld et la Creuse. Lui aus­si, comme les fillettes de Crocq, a été un en­fant ca­ché. C’était à Grand­Bourg, il y a 78 ans. Il a évo­qué Louis Aron, di­rec­teur de la mai­son d’en­fants de Crocq, dont il a édi­té le jour­nal, té­moi­gnage ex­cep­tion­nel de la vie quo­ti­dienne des ré­fu­giés juifs en Creuse. Il a sa­lué « les actes de bra­voures des pe­tites gens, qui dis­crè­te­ment, ont fait des actes or­di­naires pour eux mais hé­roïques pour les autres ». Des pe­tites gens re­con­nus comme “Justes” de nos jours. Ceix qui ont te­nu cette mai­son d’en­fant, une des quatre du dé­par­te­ment, du dé­but de la se­conde Guerre Mon­diale à son éva­cua­tion vers le châ­teau de Chau­mont à Main­sat. Ces mai­sons, elles avaient été trans­fé­rées de la ré­gion pa­ri­sienne, en l’oc­cur­rence de Neuilly, vers les zones ru­rales, loin de la guerre. Jus­qu’à ce que les Al­le­mands passent la ligne de dé­mar­ca­tion.

Le maire de Crocq, Jacques Long­cham­bon, n’a de cesse de mettre en évi­dence le de­voir de mé­moire et ces ac­teurs de l’époque qui ont sau­vé l’hon­neur. À Crocq, une place porte le nom de Ma­rie­Thé­rèse Gou­my, di­rec­trice de l’école pen­dant la guerre qui a oeu­vré pour la pro­tec­tion des en­fants. On trouve aus­si la rue Louis­Aron, qui a pris tous les risques pour les sau­ver. Sans ou­blier Ma­rie La­grol­lière, ou­vrière de Cha­pal, qui a sau­vé un en­fant de la rafle. Pa­roles justes pour des actes justes. À la cé­ré­mo­nie du dé­voi­le­ment (*) de ce pan­neau ex­pli­ ca­tif, le re­pré­sen­tant du co­mi­té fran­çais du mé­mo­rial Vad Ya­shem, a sa­lué le tra­vail de mé­moire lo­cal qui ré­pond à la ré­sur­gence des actes an­ti­sé­mites et ra­cistes de ces temps troubles.

Les fillettes ré­fu­giées à Crocq ont toutes sur­vé­cu

Cette belle cé­ré­mo­nie, char­gée d’émo­tion et d’es­poir, a été sui­vie par les éco­liers et les col­lé­giens des éta­blis­se­ments sco­laires du bourg. Tous les en­fants ont écou­té avec une at­ten­tion rare l’en­semble des dis­cours, signes de l’in­té­rêt du su­jet qu’ils ont abor­dé au­pa­ra­vant en classe pour pré­pa­rer ce mo­ment im­por­tant de leur vie d’éco­lier.

Il s’est ache­vé par une chan­son de Jean­Jacques Gold­man dont les pa­roles (2) ont ré­son­né comme un hymne à l’en­fance qui a été pro­té­gée et sau­vée entre 1939 et 1942, puisque toutes les fillettes ré­fu­giées à Crocq ont évi­té l’ar­res­ta­tion et la dé­por­ta­tion, toutes ont sur­vé­cu presque mi­ra­cu­leu­se­ment.

Grâce à l’hu­ma­ni­té, à la ré­sis­tance, aux actes or­di­naires de bon sens des pe­tites gens de Crocq et de la Creuse. ■

(*) En pré­sence de Va­lé­rie Si­mo­net, pré­si­dente vi­si­ble­ment émue du Conseil dé­par­te­men­tal, Jean­Jacques Lo­zach, sé­na­teur et Maxence Den Hei­jer, sous­pré­fet d’Au­bus­son.

(2) « Elle s’ap­pe­lait Sa­rah elle n’avait pas huit ans/Sa vie c’était dou­ceur rêves et nuages blancs/Mais d’autres gens en avaient dé­ci­dé au­tre­ment/Elle avait tes yeux clairs et elle avait ton âge/C’était une pe­tite fille sans his­toires et très sage/Mais elle n’est pas née comme toi ici et main­te­nant ».

Serge Klars­feld a aus­si été un en­fant ca­ché en Creuse

MÉ­MOIRE. À l’ar­rière de la stèle des OEuvres de Se­cours aux En­fants (OSE), le pan­neau d’ex­pli­ca­tions de l’ac­cueil des en­fants juifs en 1939 a été dé­voi­lé avec les époux Klars­feld.

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