Le pou­voir d’achat en tête de liste

Les ca­hiers de do­léances donnent le pouls des pré­oc­cu­pa­tions de la France ru­rale

La Montagne (Creuse) - - France & Monde Actualités -

« Leur pré­oc­cu­pa­tion, c’est pou­voir d’achat, pou­voir d’achat, pou­voir d’achat » : pen­dant un mois, les ha­bi­tants des pe­tites com­munes ont ex­pri­mé leur co­lère et leurs re­ven­di­ca­tions sur des « ca­hiers de do­léances » ou­verts dans les mai­ries.

Au moins 5.000 com­munes ont re­cueilli des mil­liers de contri­bu­tions de ci­toyens sur des ca­hiers de do­léances. Le pou­voir d’achat, « l’in­jus­tice fis­cale » et la di­mi­nu­tion de l’offre de ser­vices pu­blics en mi­lieu ru­ral ar­rivent en tête des pré­oc­cu­pa­tions.

Le ré­sul­tat doit à pré­sent ali­men­ter le « grand dé­bat » vou­lu par le gou­ver­ne­ment, dé­si­reux de trou­ver une is­sue à la crise des « gi­lets jaunes ». Une dé­marche construc­tive se­lon l’As­so­cia­tion des maires ru­raux de France (AMRF), à l’ori­gine de l’opé­ra­tion, même si la par­ti­ci­pa­tion a été très in­égale.

« Nous, les maires des pe­tites com­munes, ça fait long­temps qu’on a ti­ré la son­nette d’alarme. On voit bien que de­puis trois­quatre ans les gens n’y ar­rivent plus », af­firme Jean­Paul Ry­cke­lynck, maire de Ha­ve­luy, une com­mune du Nord de 3.100 ha­bi­tants.

Dans le Lot­et­Ga­ronne, 70 à 80 com­munes sur les 316 que compte ce dé­par­te­ment ru­ral ont re­cueilli « 10 à 15 do­léances », soit un to­tal d’un mil­lier de contri­bu­tions, se­lon le maire de Saint­Laurent (526 ha­bi­tants) Guy Clua, vice­pré­sident de l’AMRF. Là en­core, la « jus­tice so­ciale » et la « jus­tice fis­cale » ar­rivent en tête des re­ven­di­ca­tions.

« Trop, c’est trop »

À Mar­ly (Nord), ville com­mu­niste de quelque 12.000 ha­bi­tants, ce sont en­vi­ron 180 mes­sages qui ont été écrits dans le ca­hier de do­léances.

« Ar­ri­vée au 10 du mois, je n’ai plus de quoi nour­rir, ha­biller les en­fants et en­core moins de faire Noël », lit le maire Fa­bien Thié­mé : « C’est poi­gnant ! Mes ad­mi­nis­trés disent “trop, c’est trop”. Ils sont as­phyxiés par les charges, par l’aug­men­ta­tion de tout ce qui touche au quo­ti­dien, l’eau, le gaz, l’élec­tri­ci­té, le car­bu­rant, ils n’en peuvent plus et ils veulent être en­ten­dus. »

Les do­léances fusent par­fois dans toutes les di­rec­tions : di­mi­nuer les taxes, rem­pla­cer le Sé­nat, taxer les re­ve­nus du ca­pi­ tal, lut­ter contre les lob­bies, ré­ta­blir des ser­vices de proxi­mi­té, aug­men­ter le nombre de fonc­tion­naires dans les hô­pi­taux et les Eh­pad, fer­mer l’Ena... Avec la frac­ture nu­mé­rique en ligne de mire : « sup­pri­mer toutes les dé­marches ad­mi­nis­tra­tives par in­ter­net ».

« Cette ex­pres­sion, il faut qu’elle soit sui­vie d’ef­fets, parce que si ça re­part comme avant, alors là, ça va faire mal », pré­vient Jean­Ch­ris­tophe Ei­chen­laub, maire du Mont­cel, en Sa­

voie (1.043 ha­bi­tants).

À Les­terps, en Cha­rente, la com­mune de 550 ha­bi­tants n’a re­cueilli au­cune contri­bu­tion écrite. « Pour beau­coup de per­sonnes, pas­ser de l’oral à l’écrit ce n’est pas évident. On pré­fère échan­ger ora­le­ment, dans la rue, dans les com­merces ou au ca­fé », ex­plique Da­niel Sou­pi­zet. « Ce qui re­vient le plus sou­vent, c’est le sen­ti­ment de ne pas être en­ten­du d’en haut, et bien sûr le pou­voir d’achat, l’in­éga­li­té de­vant l’im­pôt et le trop­plein de taxes », ré­sume le maire. ■

PHO­TO JÉ­RÉ­MIE FULLERINGER

PAR­TI­CI­PA­TION. do­léances. Au moins 5.000 com­munes ont re­cueilli des mil­liers de contri­bu­tions de ci­toyens sur des ca­hiers de

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