« Of­frir à Po­mel une se­conde vie »

Aux avant­postes de la ca­tas­trophe qui a ra­va­gé le bâ­ti­ment, le maire d’Is­soire té­moigne

La Montagne (Haute-Loire) - - Issoire Vivre Sa Ville - Oli­vier Cho­rusz­ko

L’in­cen­die de Po­mel, sa­me­di, res­te­ra par­mi les drames les plus mar­quants du man­dat de Ber­trand Bar­raud. Pas­sé l’ef­froi, le maire veut se tour­ner vers l’ave­nir.

tre ap­pe­lé en pleine nuit pour un ac­ci­dent mor­tel ou un si­nistre, c’est le lot com­mun de nom­breux maires. Mais quand ce coup de fil vous an­nonce l’in­cen­die du plus em­blé­ma­tique bâ­ti­ment de la ville, vé­ri­table Tour Eif­fel dans le coeur de vos conci­toyens, les évé­ne­ments prennent une tour­nure par­ti­cu­lière…. Ber­trand Bar­raud, maire d’Is­soire, re­trace le fil de la ca­tas­trophe qui s’est abat­tu sur Po­mel, sa­me­di.

■ Com­ment avez-vous vé­cu cette ter­rible nuit de ven­dre­di à sa­me­di?

Ju­liette Des­cou­teix­Ge­nillier, l’élue d’as­treinte, m’a pré­ve­nu à 2 h 45. Je suis ar­ri­vé quelques mi­nutes après et là, c’était vrai­ment le choc. Dès la pre­mière mi­nute, j’ai com­pris que le bâ­ti­ment ne se­rait pas sau­vé. Le feu avait pris à tous les étages. Je me di­sais, pour­vu que ce­la ne s’étende pas à tout le quar­tier. Après, on est tous pa­reil, quand on est dans l’ur­gence, c’est l’ac­tion qui prime. En tant qu’élu, c’est être la pe­tite chaîne du maillon des se­cours qui se mettent en place. Ce­la veut dire ac­com­pa­gner les pom­piers dans toutes leurs tâches, leur four­nir les ren­sei­gne­ments sur les pièces, les en­trées…

Quand ils m’ont de­man­dé ce qu’il y avait d’im­por­tant à sau­ver, je leur ai dit : très peu de choses sauf les salles Jean­Hé­lion. Les pom­piers ont ain­si sor­ti les oeuvres pour que nous les sto­ckions. Il fal­lait aus­si vi­der le centre d’art ro­man.

■ Vous par­lez d’un risque de pro­pa­ga­tion au quar­tier. Avez-vous eu peur ?

Oui. Sur­tout à 3 heures, quand un jet de cendres est par­ti vers le haut, re­tom­bant vers l’ab­ba­tiale. Les sa­peurs­ pom­piers ont fait ce qu’il fal­lait pour que celle­ci ne s’em­brase pas, d’au­tant qu’elle était re­cou­verte d’une bâche qui pou­vait prendre feu.

■ Vous leur ti­rez votre cha­peau ?

Oui, c’était une opé­ra­tion hors normes. Ils ont fait les bons choix aux bons mo­ments. On a sen­ti leur pro­fes­sion­na­lisme. Sa­chant que Po­mel n’est pas un bâ­ti­ment comme les autres. C’est le pa­tri­moine des Is­soi­riens. Ils avaient la vo­lon­té d’agir, d’être ef­fi­caces.

■ Qu’avez-vous res­sen­ti, quand le jour s’est le­vé, face à Po­mel en cendres ?

C’est le temps de l’ef­froi. On se rend compte de l’am­pleur du si­nistre. Ce­la va au­de­là de la peine. Je ne pou­vais pas res­ter cinq mi­nutes au même en­droit. Ce­la a du­ré une par­tie de la ma­ti­née et là, je pense que j’ai eu un bon ré­flexe. Ins­tinc­ti­ve­ment je suis al­lé au mar­ché. Par­ler, échan­ger avec plein de gens… On en avait tous be­soin. Et ce­la a du­ré toute la jour­née.

■ Que vous ont dit les Is­soi­riens ?

C’était des té­moi­gnages de so­li­da­ri­té. J’ai aus­si re­çu beau­coup de mes­sages de sou­tien d’élus, no­tam­ment du pré­sident de la Ré­gion, du Dé­par­te­ment et de l’Ag­glo Pays d’Is­soire. À par­tir de di­manche, nous sommes re­tom­bés dans l’ac­tion, la ré­flexion, en se de­man­dant com­ment bien faire les choses pour que le phé­nix re­naisse de ses cendres…

« La peur que le feu se pro­page au quar­tier »

■ Face à ce dé­fi, quel est votre état d’es­prit ?

C’est un mo­ment que je vis avec toute mon équipe. Nous avons un leit­mo­tiv, à par­tir de cette an­née 2019 : mettre tout en oeuvre pour que Po­mel re­trouve une se­conde vie. Je ne peux pas l’as­su­rer au­jourd’hui mais j’ai bon es­poir. Tous les spé­cia­listes nous ont dit la même chose : ce­la au­rait été du bé­ton ar­mé, c’était fou­tu. Par contre des pierres, nor­ma­le­ment… Main­te­nant, il ne faut plus res­ter nos­tal­gique mais al­ler de l’avant.

« J’ai été mar­qué par la so­li­da­ri­té des Is­soi­riens »

■ Le chal­lenge, au­jourd’hui, c’est donc de pou­voir conser­ver les murs ?

Oui parce que de toute fa­çon, le plan­cher de­vait dis­pa­raître. L’autre élé­ment, ce sont les salles Jean­Hé­lion. Est­ce qu’on pour­ra les re­faire à l’iden­tique ? Je ne sais pas au­jourd’hui.

■ Crai­gnez-vous des ef­fets de ce si­nistre sur le tou­risme ?

Non. C’est mal­heu­reux à dire mais on se si­tue dans le temps qui était le nôtre concer­nant le pro­jet Po­mel. On avait com­men­cé les tra­vaux, on avait dé­jà les choses en tête, on était dans une idée de 2019­2020. Avec ce qui vient d’ar­ri­ver, on est sur la même op­tique.

Les seules choses qui pour­raient nous ra­len­tir, ce sont les en­quêtes, les as­su­rances. Mais là aus­si, j’ai bon es­poir que les choses se fassent vite. L’ob­jec­tif éga­le­ment est que le bâ­ti­ment re­trouve un as­pect en­ga­geant pour que ce­la n’ait pas d’im­pact.

■ Au fi­nal, que re­te­nez-vous de cet évé­ne­ment ?

De l’hu­mi­li­té tout d’abord. Quand les élé­ments se dé­chaînent, on se rend compte que l’es­pèce hu­maine n’est pas grand­chose. Et puis, j’ai été mar­qué par la so­li­da­ri­té des ha­bi­tants et même des gens qui ha­bitent très loin. Et ça, ce­la fait chaud au coeur. ■

RE­TOUR. Le maire d’Is­soire de­vant Po­mel, quatre jours après la ca­tas­trophe. Quatre jours mar­qués par et dé­sor­mais l’en­vie de faire re­naître Po­mel de ses cendres. l’ef­froi, la so­li­da­ri­té,

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