Ghosn se dé­fend bec et ongles

Le PDG fran­co­li­ba­nais a ré­pon­du hier aux ac­cu­sa­tions de mal­ver­sa­tions de la jus­tice ja­po­naise

La Montagne (Haute-Loire) - - France & Monde Actualités -

L’em­pe­reur dé­chu de l’au­to­mo­bile Car­los Ghosn, dé­te­nu de­puis mi-no­vembre à To­kyo pour des mal­ver­sa­tions fi­nan­cières pré­su­mées, a ré­pon­du hier point par point aux ac­cu­sa­tions du par­quet lors de sa pre­mière com­pa­ru­tion pu­blique.

«Votre Hon­neur, je suis in­nocent des ac­cu­sa­tions pro­fé­rées à mon en­contre. J’ai tou­jours agi avec in­té­gri­té et je n’ai ja­mais été ac­cu­sé d’avoir mal agi au cours de ma car­rière pro­fes­sion­nelle de plu­sieurs dé­cen­nies », a lan­cé Car­los Ghosn de­vant le tri­bu­nal.

Ré­ca­pi­tu­la­tif de ce qui lui est re­pro­ché, des soup­çons de dis­si­mu­la­tion de re­ve­nus aux charges d’abus de confiance.

Dis­si­mu­la­tion de re­ve­nus. Car­los Ghosn a été mis en exa­men le 10 dé­cembre pour avoir mi­ni­mi­sé, dans les rap­ports de Nis­san re­mis aux au­to­ri­tés bour­sières, une par­tie de ses re­ve­nus : en­vi­ron 5 mil­liards de yens (40 mil­lions d’eu­ros) sur cinq an­nées, de 2010 à 2015.

Il est aus­si soup­çon­né d’avoir fait de même sur la pé­riode de 2015 à 2018, pour un mon­tant de 4 mil­liards de yens, mais il n’est à ce stade pas pour­sui­vi pour ce mo­tif.

Se­lon une source proche du dos­sier, il a pro­cé­dé de la sorte en rai­son de l’en­trée en vi­gueur d’une loi im­po­sant aux ad­mi­nis­tra­ teurs les mieux payés de di­vul­guer leurs ré­mu­né­ra­tions.

« Tout d’un coup, Car­los Ghosn s’est re­trou­vé obli­gé de pu­blier ses re­ve­nus an­nuels (qui s’éle­vaient à l’époque à 2 mil­liards de yens), et à par­tir de ce mo­ment­là il a com­men­cé à les di­vi­ser en deux par­ties : un mon­tant dé­cla­ré, un autre non dé­cla­ré cen­sé en théo­rie lui être ver­sé au mo­ment où il se re­ti­re­rait du groupe », as­sure cette source.

Le but de la ma­noeuvre au­rait été d’évi­ter les cri­tiques des ac­tion­naires et des em­ployés, dans un pays où les PDG per­çoivent des émo­lu­ments plus mo­destes qu’ailleurs.

De­vant le juge, hier, le di­ri­geant de 64 ans a as­su­ré n’avoir « ja­mais si­gné de contrat avec Nis­san pour re­ce­voir un mon­tant fixe non di­vul­gué ».

Abus de confiance. Car­los Ghosn est en outre ac­cu­sé d’avoir ten­té de faire cou­vrir par Nis­san « des pertes sur des in­ves­tis­se­ments per­son­nels » au mo­ment de la crise fi­nan­cière d’oc­tobre 2008, qui a fait chu­ter le dol­lar face au yen et plon­ger les ac­tions de Nis­san. La somme in­cri­mi­née s’élève à 1,85 mil­liard de yens.

Pour ré­soudre ce pro­blème fi­nan­cier, il au­rait ob­te­nu qu’un milliar­daire saou­dien, Kha­led Juf­fa­li, se porte ga­rant et au­rait ef­fec­tué ul­té­rieu­re­ment des vi­re­ments d’un mon­tant équi­valent sur le compte de ce der­nier de­puis un compte d’une fi­liale de Nis­san.

Se­lon une source proche du dos­sier, il a pui­sé ces fonds dans « la ré­serve du PDG », pré­vue pour pa­rer à des im­pré­vus (ca­tas­trophes na­tu­relles par exemple).

Car­los Ghosn a li­vré une tout autre ver­sion.

Il avait si­gné en 2006 et 2007 deux contrats pour lui as­su­rer une cer­taine sta­bi­li­té de ses re­ve­nus face à la vo­la­ti­li­té des changes. Or, quand la crise a écla­té en 2008, « la banque m’a de­man­dé de four­nir une ga­ran­tie, ce qui m’était im­pos­sible » à moins de dé­mis­sion­ner de Nis­san afin de re­ce­voir ma pen­sion de re­traite.

Le PDG a donc dé­ci­dé de de­man­der à Nis­san de se por­ter ga­rant, le temps de trou­ver une autre so­lu­tion. « Les contrats ont en­suite été de nou­veau trans­fé­rés à mon nom sans que Nis­san n’ait à sup­por­ter au­cune perte. »

Quant à l’ar­gent trans­fé­ré à Kha­led Juf­fa­li, « un par­te­naire de long terme de Nis­san », il n’a au­cun rap­port avec cette af­faire, a­t­il as­su­ré. « Sa com­pa­gnie a été ré­mu­né­rée de ma­nière ap­pro­priée en échange d’im­por­tants ser­vices ren­dus à Nis­san », a in­sis­té Car­los Ghosn. Il s’agis­sait d’ai­der le groupe à « ré­or­ga­ni­ser le ré­seau de dis­tri­bu­tion dans la ré­gion du Golfe ». Kha­led Juf­fa­li a pu­blié un com­mu­ni­qué dé­fen­dant « les mo­tifs lé­gi­times » de ces paie­ments, re­la­tifs à la ré­so­lu­tion d’un dif­fé­rend avec une so­cié­té lo­cale et à l’éta­blis­se­ment d’une usine dans le royaume.

Il y a bien eu des pro­jets pour dé­ter­mi­ner les re­ve­nus que Car­los Ghosn per­ce­vrait après sa re­traite, « mais à ma connais­sance, ils ont été exa­mi­nés par des avo­cats in­ternes et ex­ternes » au groupe, « té­moi­gnant du fait que je n’avais au­cune in­ten­tion de vio­ler la loi », a ajou­té le ma­gnat de l’au­to­mo­bile. ■

Détention. Car­los Ghosn, ar­rê­té au Ja­pon le 19 no­vembre, pour­rait res­ter en détention jus­qu’à son pro­cès dans plu­sieurs mois, a confié hier son avo­cat, pro­met­tant néan­moins de « ré­pé­ter les de­mandes de mise en li­ber­té sous cau­tion ».

PHO­TO AFP

CAR­LOS GHOSN. « Votre Hon­neur, je suis in­nocent. »

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