Dix­huit ans chez Mi­che­lin puis di­rec­tion Re­nault

Comme Thier­ry Bol­lo­ré qui as­sure l’in­té­rim à la tête du groupe, Car­los Ghosn est pas­sé par l’Au­vergne

La Montagne (Montluçon) - - France & Monde Actualités - Laurent Ber­nard

De­puis l’ar­res­ta­tion de Car­los Ghosn, l’in­té­rim à la di­rec­tion de Re­nault est as­su­ré par Thier­ry Bol­lo­ré, qui était son nu­mé­ro 2.

Les deux hommes ont le point com­mun d’être pas­sés par le groupe Mi­che­lin, dont le siège est à Cler­mont­Fer­rand (Puyde­Dôme). Ils se sont même croi­sés briè­ve­ment au cours des an­nées 1990 : Thier­ry Bol­lo­ré était res­pon­sable des ac­ti­vi­tés poids lourds et avion alors que Car­los Ghosn était pa­tron de la di­vi­sion Amé­rique du Nord. Autre coïn­ci­dence : l’ac­tuel pré­sident de Mi­che­lin, Jean­Do­mi­nique Se­nard, est pres­sen­ti pour re­prendre les rênes du construc­teur au­to­mo­bile dans les pro­chains mois.

Re­pé­ré par Louis Sch­weit­zer

Car­los Ghosn est res­té dix­huit ans chez Mi­che­lin, les pre­mières de sa car­rière, de 1978 à 1996. Au mo­ment de la pri­va­ti­sa­tion de Re­nault, il de­vient nu­mé­ro 2 de Louis Sch­weit­zer, qui voit en lui son suc­ces­seur. Dans son au­to­bio­gra­phie in­ti­tu­lée Ci­toyen du monde et qu’il a écrite avec Phi­lippe Riès, an­cien cor­res­pon­dant de l’Agence France Presse à To­kyo, l’an­cien di­ri­geant de Nis­san dit avoir quit­té Mi­che­lin parce qu’il sa­vait bien « que le som­met res­te­rait in­ac­ces­sible ». « Pe­tit à pe­tit, mon épouse a com­men­cé à me po­ser des ques­tions. Vas­tu être nu­ mé­ro 2 toute ta vie ? » Alors que Car­los Ghosn avait été char­gé de for­mer Édouard Mi­che­lin aux mé­thodes de ma­na­ge­ment amé­ri­caines, à Green­ville, en Ca­ro­line du Sud, Fran­çois Mi­che­lin avait pré­fé­ré trans­mettre la pré­si­dence à son fils plu­tôt qu’à lui.

Cu­ré de vil­lage plu­tôt qu’évêque à Rome

Car­los Ghosn a été re­cru­té chez Mi­che­lin en 1978, à sa sor­tie de l’école des Mines de Pa­ris, l’en­tre­prise re­cher­chant un Bré­si­lien pour tra­vailler à Rio. For­mé à la mé­thode Mi­che­lin (dont il dit son ad­mi­ra­tion dans son au­to­bio­gra­phie), il pense res­ter un an à Cler­mont­Fer­rand avant de re­joindre son Bré­sil na­tal. Mais il res­te­ra fi­na­le­ment sept ans en Eu­rope, es­sen­tiel­le­ment en France. Jus­qu’en 1981, date à la­quelle il est nom­mé di­rec­teur du site de Bla­vo­zy (Haute­Loire), il ef­fec­tue di­verses mis­sions à Tours, Cho­let ou Karls­ruhe (Al­le­magne). En 1983, il re­joint le centre de re­cherches de Cler­montFer­rand avant d’em­bras­ser une car­rière in­ter­na­tio­nale : d’abord di­rec­teur des opé­ra­tions en Amé­rique du Sud, de 1985 à 1989, puis pré­sident et res­pon­sable Amé­rique du Nord, de 1989 à 1996.

« Puis­qu’on pré­fère être cu­ré dans un vil­lage qu’évêque à Rome » c’est du­rant cette pé­riode qu’il ac­quiert l’am­bi­tion de de­ve­nir n° 1. Mais sur­tout, il forge son style et sa mé­thode au cours de deux re­struc­tu­ra­tions d’en­ver­gure, pas­sant à chaque fois par des fer­me­tures d’usines et des sup­pres­sions d’em­plois : le re­tour à la ren­ta­bi­li­té de la di­vi­sion Amé­rique du Sud puis l’ab­sorp­tion d’Uni­royal, ayant per­mis à Mi­che­lin de de­ve­nir un des plus grands ma­nu­fac­tu­riers au monde. ■

PHO­TO L’ÉVEIL

BLA­VO­ZY. De 1981 à 1983, alors qu’il n’a pas trente ans, dans le pneu gé­nie ci­vil. il di­rige l’usine de Haute-Loire, spé­cia­li­sée

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