LE FEUILLETON

43 épi­sode

La Montagne (Moulins) - - Au Quotidien -

Il per­met aux in­trans­por­tables d’être opé­rés sur place et aux autres d’être conduits vers des hô­pi­taux d’éva­cua­tion de se­conde ligne. Bien en­ten­du, l’ordre étant de ré­ex­pé­dier vers leur corps d’ar­mée ceux qui marchent en­core ! Maude donne un coup de coude à Léo­pol­dine et mur­mure :

On sait dé­jà tout ça !

Le gé­né­ral en­tend la re­marque et laisse sa co­lère se dé­ver­ser sur pe­tit groupe :

Non, vous ne sa­vez rien ! L’Al­le­magne a lan­cé une grande of­fen­sive ici, à Ver­dun. Faire la guerre et stop­per l’en­ne­mi par un af­flux constant d’hommes est une chose ; se­cou­rir et soi­gner, une tout autre. Il a fal­lu mon­ter des tentes, créer des cen­taines de lits sup­plé­men­taires dans nos hô­pi­taux de l’ar­rière et leur ad­joindre des ba­ra­que­ments. Nous avons fait ve­nir du ma­té­riel mé­di­cal et chi­rur­gi­cal, des mé­de­cins, des in­fir­miers, des phar­ma­ciens et j’en passe ! Sans comp­ter que le ser­vice de san­té a dû s’adap­ter à un nou­veau dé­cou­page de notre ar­mée et ré­vi­ser son ser­vice de l’avant et ses chaînes d’éva­cua­tion. Vous sen­tez la terre trem­bler ? Vous en­ten­dez ce bruit in­fer­nal ? C’est du vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans ré­pit. Les bles­sés nous ar­rivent par cen­taines. Il faut trier, éva­cuer dans l’ur­gence per­ma­nente. Il faut aus­si se dé­bar­ras­ser des morts. Ici, il n’y a au­cune place pour les femmes. Ici, c’est une his­toire d’hommes ! Le mé­de­cin gé­né­ral fait une pause, ba­laie l’as­sem­blée de son re­gard per­çant et lance d’un ton gla­cial :

Voi­là pour­quoi, mes­dames, con­trai­re­ment à ce que pensent cer­tains de mes ho­mo­logues, vous n’avez pas votre place dans de tels lieux. Vous al­lez im­mé­dia­te­ment re­joindre l’H.O.E. de Va­de­lain­court. Le Pr de La Motte va vous ex­pli­quer les condi­tions de votre trans­fert. J’es­pé­rais pou­voir vous ren­voyer vers des hô­pi­taux de l’ar­rière et ne cède à sa de­mande ex­presse que parce que nous com­men­çons à man­quer de per­son­nel mas­cu­lin et que vous avez dé­jà une ex­pé­rience du ter­rain.

À la fin de sa dia­tribe, le Pr de La Motte prend la pa­role. Il ex­plique qu’il a ordre de res­ter à Queuede-Ma­la avec son au­to­chir, sans le per­son­nel fé­mi­nin. Les in­fir­mières doivent être mises à dis­po­si­tion des équipes soi­gnantes de Va­de­lain­court. Il pré­cise qu’elles res­te­ront sous sa res­pon­sa­bi­li­té et qu’il les re­join­dra dès que pos­sible. Sans doute par pa­ter­na­lisme, il ajoute que le tra­vail qui les at­tend est cer­tai­ne­ment plus va­lo­ri­sant là-bas : Nous avons be­soin de vos com­pé­tences. Vous êtes di­plô­mées, ha­bi­tuées à tra­vailler sous le feu. Ne croyez pas qu’à Va­de­lain­court ce se­ra de tout re­pos. L’hô­pi­tal n’est qu’à deux ki­lo­mètres d’ici et, même s’il est à l’abri des bombes, votre tâche n’en se­ra pas moins pé­rilleuse.

Léo­pol­dine et ses col­lègues s’ap­prêtent à re­mon­ter dans le ca­mion. Hen­ri hé­site puis or­donne : Ma­de­moi­selle Mon­tagne ! Res­tez, j’ai deux mots à vous dire sur votre pro­chaine mis­sion.

La place se vide pe­tit à pe­tit. Léo­pol­dine sent tous les re­gards conver­ger vers eux. (à suivre)

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