Le pro du net­toyage de l’ex­trême

Sé­bas­tien Pom­me­reul s’at­taque aus­si au syn­drome de Dio­gène et aux scènes post­crime

La Montagne (Moulins) - - Allier Actualité - Gaëlle Cha­zal

Les mai­sons en­cras­sées, en­va­hies par les ca­fards ou les dé­tri­tus ne l’ar­rêtent pas. « Net­toyeur de l’ex­trême », Sé­bas­tien Pom­me­reul s’est même spé­cia­li­sé dans les in­ter­ven­tions liées au syn­drome de Dio­gène ou au dé­cès de per­sonnes, chez elles. Ren­contre.

Sur le sec­teur mont­lu­çon­nais, Sé­bas­tien Pom­me­reul a dé­jà ga­gné un sur­nom : « Mon­sieur Ghost­bus­ter », à cause du ca­mion à bord du­quel il cir­cule pour chas­ser toutes sortes de nui­sibles qui nous pour­rissent la vie. Car avec lui, ca­fards, pu­naises de lit, rats, guêpes, fre­lons… n’ont qu’à bien se te­nir !

« J’ai tra­vaillé pen­dant vingt­trois ans dans le bri­co­lage, donc je ven­dais aus­si les pro­duits de lutte. Et pen­dant mes dix an­nées de pom­pier vo­lon­taire, je fai­sais les nids de fre­lons et les nids de guêpes », dé­taille l’en­tre­pre­neur. En 2012, il saute car­ré­ment le pas et crée sa propre en­tre­prise, Stop guêpes ­ Stop nui­sibles, ba­sée à Ville­franche­d’Al­lier, pour ré­pondre à la de­mande. Un an plus tard, il passe l’agré­ment Cer­ti­bio­cide.

Syn­drome de Dio­gène

De­puis, la de­mande est loin de re­tom­ber. Bien au contraire. « Il y a une sa­crée de­mande sur Mont­lu­çon pour les ca­fards et les pu­naises de lit, ça de­vient un fléau. Avec les sites in­ter­net, les per­sonnes achètent des ar­ticles d’oc­ca­sion comme de l’élec­tro­mé­na­ger, des ca­na­pés, etc. Par­fois, les fe­melles ont pon­du de­dans et se re­trouvent chez les ache­teurs. Sou­vent, quand les per­sonnes m’ap­pellent, elles sont dans le désar­roi. Et quand j’en­lève les rats ou ca­fards par exemple, je leur rends vrai­ment ser­vice, c’est ça qui me plaît. L’autre jour une dame m’a ap­pe­lé, elle pou­vait en­fin al­ler dans son jar­din avec son bé­bé, alors qu’avant il était en­va­hi par les guêpes ».

Loin de re­chi­gner à s’at­ta­quer à des bes­tioles qui créent chez la plu­part d’entre nous dé­goût voire ter­reur, Sé­bas­tien Pom­me­reul va en­core plus loin. Il est aus­si le net­toyeur de l’ex­trême, prêt à s’at­ta­quer à n’im­porte quel chan­tier où la crasse, les dé­tri­tus ou les dé­jec­tions en fe­raient re­cu­ler plus d’un. On l’ap­pelle éga­le­ment pour s’oc­cu­per du do­mi­ci­ le des per­sonnes at­teintes du syn­drome de Dio­gène (*) qui les a pous­sées à ac­cu­mu­ler toutes sortes d’ob­jets chez elles, ren­dant peu à peu leur ha­bi­ta­tion in­sa­lubre.

En­va­hi par les puces

« Je viens de com­men­cer un chan­tier en­va­hi par les puces. La per­sonne qui vi­vait là avait dix­sept chats. Il y a des li­tières pleines un peu par­tout. On ne voit plus le sol, ni le lit, ni la bai­gnoire. Par­tout, tout est em­pi­lé et en­tas­sé. » Alors ar­mé de sa com­bi­nai­son, ses gants, son masque fa­cial à double car­touche, Sé­bas­tien Pom­me­reul va faire un mi­racle : désen­com­brer, trier, net­toyer, ré­cu­rer, dés­in­fec­ter.

« Ça fait deux ans que je fais ces net­toyages et ça com­mence à beau­coup se dé­ve­lop­per. J’ai dé­jà réa­li­sé cinq ou six gros chan­tiers. Beau­coup des per­sonnes concer­nées ont honte, sont gê­nées. » Quand Sé­bas­tien Pom­me­reul in­ter­vient, c’est sou­vent sur dé­ci­sion d’un juge des tu­telles ou après avoir été contac­té par une as­sis­tante so­ciale. Et pour ces chan­tiers­là, mieux vaut avoir le coeur bien ac­cro­ché : « L’été sur­tout, les odeurs sont in­sou­te­nables. Mon ex­pé­rience de pom­pier m’a ai­dée. Une fois à Mont­lu­çon, en bou­geant un fri­go, je suis tom­bé sur un nid de ca­

fards. Il y en avait plus de mille ! Quand on sait qu’en un an un couple peut pro­duire 35.000 bé­bés… Et ils passent par­tout, même sous les plinthes. »

Net­toyage post-crime

Plus dé­li­cat, Sé­bas­tien Pom­me­reul in­ter­vient aus­si pour du « net­toyage post­crime », après le dé­cès d’une per­sonne à son do­mi­cile, dans le cadre d’une mort na­tu­relle, d’un sui­cide ou en­core d’un crime. « Quand la fa­mille ne veut pas dé­bar­ras­ser un ap­par­te­ment par exemple, elle fait ap­pel à moi, ou lors­qu’il faut dé­bar­ras­ser et net­toyer. Ce n’est pas tou­jours fa­cile de s’en char­ger soi­même quand ce sont ses propres proches. Quand j’in­ter­viens, les sa­peurs­pom­piers, les pompes fu­nèbres… sont dé­jà ve­nus, le corps n’est plus là. J’en ai fait deux pour le mo­ment, les deux per­sonnes étaient mortes dans leur lit. Il fal­lait net­toyer, en­le­ver les draps, les ma­te­las… Sui­vant le cas, il y a tout un pro­to­cole pour le trai­te­ment des dé­chets d’ac­ti­vi­té de soins à risques in­fec­tieux (DASRI). Une for­ma­tion est en train de se mettre en place sur Pa­ris, il n’y en avait pas jus­qu’à pré­sent. » ■

(*) Le syn­drome de Dio­gène est une forme de trouble com­por­te­men­tal as­so­ciant une ten­dance à l’ac­cu­mu­la­tion d’ob­jets, une né­gli­gence de l’hy­giène cor­po­relle et do­mes­tique et, le plus sou­vent, un iso­le­ment so­cial pro­non­cé, d’après le www.syn­drome­dio­gene.fr

PHO­TO FLO­RIAN SALESSE

CHAN­TIERS. De­puis 2012, Sé­bas­tien Pom­me­reul s’est lan­cé dans la chasse aux dif­fé­rents nui­sibles (guêpes, fre­lons, ca­fards, pu­naises de lit…), qu’il peut al­ler jus­qu’à tra­quer avec son paint­ball. Il in­ter­vient aus­si au do­mi­cile des per­sonnes at­teintes du syn­drome de Dio­gène ou, plus dé­li­cat, après le dé­cès d’une per­sonne à son do­mi­cile.

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