Le risque de la di­vi­sion

Un di­plo­mate au­ver­gnat sort son pre­mier livre ce jour

La Montagne (Moulins) - - France & Monde Actualités - Maxime Meyer [email protected]­tre­france.com

Jé­ré­mie Gal­lon, di­plo­mate au­ver­gnat, sort au­jourd’hui son pre­mier livre. Il y re­trace son ex­pé­rience dans l’Amé­rique de Trump, qu’il re­lie à la si­tua­tion eu­ro­péenne.

Jé­ré­mie Gal­lon, Au­ver­gnat de 33 ans, sort ce jour son pre­mier livre, Jour­nal d’un jeune di­plo­mate dans l’Amé­rique de Trump (Gal­li­mard). Ce di­plô­mé d’HEC et de Har­vard y dresse des pa­ral­lèles entre les États­Unis et la France, en poin­tant les risques d’une dé­con­nexion des élites avec le reste du pays.

Quels sont les symp­tômes qui ont conduit à l’élec­tion de Do­nald Trump ?

J’ai été frap­pé par le fait que dans le sud des ÉtatsU­nis, le Mid­west, la Rust Belt et cer­taines ré­gions très pauvres, les peurs et les co­lères sont sou­vent les mêmes qu’en France. Beau­coup d’Amé­ri­cains ne croient plus dans la mon­dia­li­sa­tion et re­doutent les ef­fets du libre­échange. Or, pen­dant long­temps, les élites amé­ri­caines ont été aveugles à cette peur et à cette co­lère. Comme je l’in­dique dans le livre, elles n’ont pas vou­lu les voir et les ont même par­fois mé­pri­sées. À mon re­tour en France il y a près d’un an, j’ai été frap­pé qu’une grande par­tie de nos élites soient aus­si aveugles à ces craintes et à ce mé­con­ten­te­ment.

Il y a donc une frac­ture so­ciale dans ces pays ?

Ce qui m’a frap­pé pen­dant les an­nées Oba­ma, c’est la dé­con­nexion entre les grandes villes des côtes Est et Ouest, où vivent la plu­part des élites mon­dia­li­sées, et le reste du pays. Aux États­Unis, il y a au­jourd’hui deux pays qui ne se parlent plus. De la même ma­nière, on ne peut pas dire : « la France c’est juste Pa­ris et cinq ou six grandes mé­tro­poles et on ne s’oc­cupe pas du reste ». J’ai gran­di en Au­vergne et je suis très at­ta­ché à nos zones ru­rales qui ont un rôle es­sen­tiel à jouer dans l’ave­nir de notre pays. Il faut que nos di­ri­geants leur ac­cordent en­fin plus d’at­ten­tion et se rendent compte qu’il y a aus­si des frac­tures im­menses qu’il faut ré­sor­ber.

Quelles sont les so­lu­tions ?

Pour faire face au chan­ge­ment cli­ma­tique, au dé­fi mi­gra­toire ou pro­té­ger nos conci­toyens des ex­cès de la mon­dia­li­sa­tion, je suis in­ti­me­ment convain­cu que nous ne re­crée­rons un rêve fran­çais que si nous re­bâ­tis­sons une Eu­rope plus forte. Très sou­vent, l’Eu­rope paye le prix des res­pon­sables po­li­tiques na­tio­naux, qui passent leur temps à blâ­mer l’UE de tous les maux alors qu’eux­mêmes ont été in­ca­pables d’ap­por­ter des ré­ponses aux pro­blèmes de notre Na­tion. Comment pou­vons­nous seuls pe­ser dans des né­go­cia­tions com­mer­ciales face à la Chine ou aux États­Unis ? La France est un pays de 67 mil­lions d’ha­bi­tants qui re­pré­sente à peine 2,5 % du PIB mon­dial. Le plus gros ca­deau que l’on puisse faire à Er­do­gan, Trump, Pou­tine ou Xi Jin­ping, c’est la di­vi­sion. Il faut une so­li­da­ri­té eu­ro­péenne. Beau­coup d’élec­teurs amé­ri­cains avaient la convic­tion qu’à dé­faut d’ap­por­ter des ré­ponses sa­tis­fai­santes, Trump au­rait au moins le mé­rite de mettre un grand coup de pied dans la four­mi­lière. Ce­la me rap­pelle la France, où les ex­trêmes n’ap­portent au­cune ré­ponse aux pré­oc­cu­pa­tions de nos conci­toyens, mais comme Trump, ils se contentent de flat­ter les bas ins­tincts et de jouer sur les peurs des Fran­çais. ■

PHO­TO AFP

POPULISME. Se­lon Jé­ré­mie Gal­lon, Trump est un symp­tôme des maux amé­ri­cains.

JÉ­RÉ­MIE GAL­LON

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.