Les ron­deurs… la vie

La Montagne (Moulins) - - Allier Actualité - PAR JEAN-LUC PETITRENAUD

« Par­don mais je ne pren­drai ni en­trée ni des­sert… J’adore la ter­rine mais ce n’est pas pour moi ! Pas de sauce, pas de sauce… Je mange na­ture ! » Les bar­ri­cades sont po­sées, l’an­nonce est faite. « Je fais très at­ten­tion en ce mo­ment ! » Le bon­heur à table de­vient sus­pect, la frus­tra­tion est de sor­tie.

Quelle époque épique ! Cha­cun veut res­sem­bler à l’autre. L’uni­for­mi­té tue l’ori­gi­na­li­té. Le pe­tit ventre rond, le vi­sage qui montre le bon­heur ne sont plus à la mode. Mal­heur à ce­lui qui vante haut et fort sa joie un rien pro­vo­ca­trice de pas­ser à table, de tran­cher dans le lard, de sau­cer son as­siette, de se lé­cher les doigts et de ri­go­ler de­vant cette dé­mons­tra­tion du bien­vivre. Quand on sort d’une pé­riode de di­sette, de manque, l’opu­lence du jam­bon, de la sau­cisse et de la ven­trèche est de bon ton. À ce mo­ment­là, les ron­deurs de­viennent es­thé­tiques. La pri­va­tion n’est plus de mise et on tient à le faire sa­voir. Le bi­lan de san­té a certes droit de ci­té, et heu­reu­se­ment. L’abus est une ca­la­mi­té mais l’in­ter­dic­tion au bon­heur, à la fan­tai­sie et à la joie de vivre est aus­si condam­nable.

La table rend beau et gé­né­reux. C’est comme une douce pal­pi­ta­tion qui ras­sure le car­dio­logue. Au­jourd’hui, c’est un drame de feuille­ter un ma­ga­zine fé­mi­nin. Sur une page par exemple, on se ré­gale de la pho­to d’un plat large, dou­teux, at­ti­rant, char­meur. Une belle sauce au vin le sou­ligne. Il est par­ti­cu­liè­re­ment fier de fi­gu­rer comme une idole comme le man­ ne­quin de la page 12. On tourne la page et là on ap­prend com­ment perdre deux ki­los en 48 heures. Comme quoi le plai­sir aguiche et en­gendre illi­co la culpa­bi­li­té. « Tu veux ou tu veux pas ? » di­sait la chan­son. Moi j’ai dé­fi­ni­ti­ve­ment choi­si mon camp. « Je veux, je veux et en­core je veux ».

Je veux oc­cu­per ma vie, je veux peindre mes rêves à ma guise. Je veux connaître jus­qu’à l’éblouis­se­ment la chan­son de la co­cotte qui rou­coule sur le coin du four­neau. Je veux ra­jou­ter des ral­longes à ma table pour cé­lé­brer et cé­lé­brer en­core la belle vie. ■

➔ Sa­me­di et di­manche. Ne man­quez pas notre chro­ni­queur Jean-Luc Petitrenaud, au­jourd’hui et di­manche, au Sa­lon du livre qui se dé­roule au théâtre du ca­si­no de Royat-Cha­ma­lières.

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