161 épi­sode

La Montagne (Moulins) - - Au Quotidien -

Tu connais mon avis sur la guerre ; je suis contre toute forme de vio­lence. Si je suis ici, c’est pour pal­lier au mieux la fo­lie des hommes. Et la mienne… ré­pond Ilia, sou­dain cal­mé. Je t’aime Léo, sin­cè­re­ment. Mal­heu­reu­se­ment, que re­pré­sente notre couple face à l’am­pleur du dé­sastre ? Fi­na­le­ment, Léo­pol­dine qui a en­vie de lui par­ler d’es­poir se tait. Ils

se donnent un der­nier bai­ser avant de se quit­ter.

À l’at­ten­tion stric­te­ment per­son­nelle du co­lo­nel Bre­doy De Léo­pol­dine Mon­tagne am­bu­lance mo­bile Croix-Rouge russe at­ta­chée à la 1re bri­gade Rap­port du 5 mai 1917

Les hommes or­ga­nisent des groupes de pa­role pour re­ven­di­quer leurs droits. La co­lère gronde et prend de l’am­pleur. Toute dis­ci­pline mi­li­taire est re­je­tée. À pré­sent, il se dit que l’ar­mée fran­çaise les consi­dère comme des sol­dats tout juste bons à of­frir une ré­sis­tance toute re­la­tive face à l’en­ne­mi et dont la mort im­porte peu. Ils exigent leur re­tour en Rus­sie. L.M.

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Léo­pol­dine ob­tient une pe­tite per­mis­sion et en pro­fite pour se rendre à Pa­ris. Elle ar­rive gare de l’Est, lieu aty­pique de conver­gence de la guerre dans la ca­pi­tale. Sol­dats et ci­vils se croisent, des couples s’en­lacent avec sou­la­ge­ment quand ils se re­trouvent ou avec dé­tresse quand ils se quittent. Des cha­riots de ma­té­riel des­ti­né au front vont et viennent, pous­sés par des hommes aux manches re­trous­sées. L’odeur de l’acier sur­chauf­fé af­fronte vaillam­ment celle de la fu­mée des lo­co­mo­tives et de la trans­pi­ra­tion des hu­mains. Al­lon­gés sur des ci­vières, des bles­sés at­tendent d’être pris en charge. En pas­sant de­vant, les na­rines sont im­mé­dia­te­ment as­saillies par l’odeur pes­ti­len­tielle des chairs dé­gra­dées. Ra­pi­de­ment et sans au­cune hé­si­ta­tion, Léo­pol­dine se di­rige vers l’ex­té­rieur. Elle marque un temps d’ar­rêt, éton­née de voir dé­am­bu­ler les Pa­ri­siens, de consta­ter que les bâ­ti­ments sont tou­jours de­bout et que les chauf­feurs ou les conduc­trices portent des cas­quettes et non des casques Adrian ! Fi­na­le­ment, elle réa­lise qu’elle avait vrai­ment be­soin de quit­ter le front, ne se­rait-ce que pour quelques heures. Ce ré­pit sa­lu­taire va lui per­mettre de re­voir Maude, à qui elle a en­voyé une mis­sive, et Clé­ment, qu’elle n’a pas pu joindre avant. Elle a en tête l’adresse du couple qui ac­cueille son frère du cô­té de Bel­le­ville et s’y rend illi­co en mé­tro puis en tram­way. Léo­pol­dine se re­trouve de­vant un pe­tit im­meuble vé­tuste. Elle grimpe l’es­ca­lier qui sent l’urine et frappe à la porte, fé­brile à l’idée de re­voir son frère. Une femme vient ou­vrir. Âgée d’une cin­quan­taine d’an­nées, elle est, de prime abord, peu ai­mable. Elle exa­mine ra­pi­de­ment Léo­pol­dine puis, sou­dain sou­la­gée, lui offre un large sou­rire. Toi, t’es la soeur de Clé­ment ! Entre vite… Les gen­darmes rôdent, ajoute-t-elle en re­gar­dant à droite et à gauche du pa­lier avant de re­fer­mer la porte der­rière elle. En­chan­tée, moi c’est Mar­gue­rite !

(à suivre)

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