Vi­chy/Pé­tain, as­sez d’amal­games !

La ci­té bour­bon­naise en­core ra­me­née à son pas­sé après la mort du né­ga­tion­niste Fau­ris­son

La Montagne (Moulins) - - France & Monde Actualités - Mat­thieu Per­ri­naud mat­thieu.per­ri­[email protected]­tre­france.com

Di­manche, le né­ga­tion­niste Ro­bert Fau­ris­son est dé­cé­dé à son do­mi­cile de Vi­chy. De quoi dé­chaî­ner un flot de rac­cour­cis dou­teux sur les ré­seaux so­ciaux. Pour les élus lo­caux, la coupe est pleine de­puis long­temps…

Vi­chy ne pour­ra­t­elle donc ja­mais tour­ner la page de ses heures noires ? Alors que la ville, comme ses ha­bi­tants, n’ont fait que su­bir le ré­gime de Pé­tain, les rac­cour­cis de cet épi­sode avec « Vi­chy » ou « ré­gime de Vi­chy » res­tent an­crés dans le lan­gage com­mun. Pour les élus lo­caux, il est es­sen­tiel de pour­suivre la pé­da­go­gie sur ce su­jet. Pas seule­ment pour la pe­tite ci­té ther­male de l’Al­lier. Mais pour la France.

■ Claude Mal­hu­ret, sé­na­teur Agir de l’Al­lier.

« Les ré­seaux “an­ti­so­ciaux” : moi­tié fake news, moi­tié bull­shit. J’ai ces­sé d’en te­nir compte. Leur de­vise : “Je hais donc je suis”. S’ils n’exis­taient pas il ne fau­drait pas les in­ven­ter. Je note en re­vanche qu’à l’oc­ca­sion de la mort de Fau­ris­son au­cun me­dia sé­rieux ne s’est li­vré à ces amal­games et que plu­sieurs ont dé­fen­du la ville contre les obs­cé­ni­tés, ce qui est plu­tôt nou­veau et en­cou­ra­geant. Lut­ter contre le bla­guo­scope en fu­rie de ces ré­seaux n’est ni né­ces­saire ni vain, c’est se ti­rer une balle dans le pied.

La du­rée moyenne d’un “dé­bat” sur ces sup­ports est de 2 jours. En y ré­pon­dant on la double. Mieux vaut se bou­cher le nez 48 heures que plon­ger dans l’égout et sup­por­ter l’odeur deux fois plus long­temps. De toute fa­çon, dans les deux cas, au bout de quelques jours il en reste à peu près ce qui reste d’un pi­geon qui a tra­ver­sé un ven­ti­la­teur… »

■ Bé­né­dicte Peyrol, dé­pu­tée LREM de l’Al­lier.

« On n’est pas très au­dible en fait. La ques­tion que l’on doit se po­ser, c’est comment, au ni­veau na­tio­nal, on fait en sorte d’ar­rê­ter d’amal­ga­ mer Vi­chy et le ré­gime de Pé­tain. Ça doit se faire au plus au haut ni­veau. Le président de la Ré­pu­blique a fait un dis­cours, l’an­née der­nière, où il a lui­même uti­li­sé “ré­gime de Vi­chy”. C’est un ef­fort per­ma­nent. On pour­rait tout à fait or­ga­ni­ser un colloque à l’As­sem­blée na­tio­nale sur ce su­jet. »

Fré­dé­ric Agui­le­ra, maire LR de Vi­chy.

« D’une part, pour nous, il s’agit d’être exem­plaire, d’as­su­mer. Comme avec le pro­jet de centre d’in­ter­pré­ta­tion his­to­rique, qui trai­te­ra de toute l’his­toire vi­chys­soise. D’autre part, il faut ren­ver­ser le dis­cours. J’en suis as­sez convain­cu : si une par­tie des Fran­çais uti­lise plus fa­ci­le­ment la no­tion de “Vi­chy”, c’est que, dans leur en­semble, ils sont un peu dans le dé­ni. En sub­stance, “ça n’était pas Pa­ris, donc ça n’était pas la France”. Il était peut­être à Vi­chy, mais c’était bien l’État fran­çais ! Au­jourd’hui, je ne laisse plus pas­ser un seul titre dans les mé­dias sans faire un cour­rier. Pas sim­ple­ment pour pro­té­ger notre image, mais pour ar­rê­ter de faire croire que ce n’était pas l’État fran­çais. »

■ Ch­ris­tophe Pom­me­ray, élu vi­chys­sois et se­cré­taire du Co­mi­té des 80 par­le­men­taires qui re­fu­sèrent de vo­ter les pleins pou­voirs à Pé­tain. «

Il y a un ar­gu­ment de fond qu’il faut conti­nuer de dé­ve­lop­per, c’est que l’ex­pres­sion “Vi­chy” a été in­ven­tée par le ré­gime lui­même. À l’été 1940, les jour­naux, et en par­ti­cu­lier la presse amé­ri­caine, qui es­sayaient de le qua­li­fier, di­saient “junte”, “ré­gime au­to­ri­taire”. Et c’est le ré­gime, ef­frayé par ça, qui a com­men­cé à dire “Vi­chy”. On a com­men­cé à ca­cher l’his­toire der­rière la géo­gra­phie. Et ça a été re­pris à la Li­bé­ra­tion pour ne pas dire ce qu’avait été le ré­gime. Mais même si ça re­vient par sou­bre­sauts, ça avance. » ■

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