Les lé­gu­mi­neuses à l’as­saut des as­siettes

Cé­line Lais­ney, spé­cia­liste de pros­pec­tive en ali­men­ta­tion était l’in­vi­tée de la chambre d’agri­cul­ture

La Montagne (Moulins) - - Allier Actualité - Ma­thilde Du­cha­telle

Cé­line Lais­ney, spé­cia­liste de veille et de pros­pec­tive en ali­men­ta­tion était in­vi­tée au ly­cée agri­cole de Neu­vy, ven­dre­di. On lui a de­man­dé à quoi res­sem­ble­raient nos as­siettes en 2050.

Fermes ver­ti­cales, sna­cking, vé­gé­ta­risme, vé­ga­nisme, flexi­ta­risme, nou­velles sources de pro­téines, dé­mo­cra­ti­sa­tion du bio, cir­cuits courts, ecom­merce, ali­ments san­té… Cé­line Lais­ney a re­le­vé les trans­for­ma­tions ma­jeures à ve­nir du sys­tème ali­men­taire. La jeune femme, di­rec­trice d’AlimA­ve­nir, ex­perte en veille sur l’ali­men­ta­tion et au­teure de l’étude Vi­gie Ali­men­ta­tion 2018, était l’in­vi­tée, ven­dre­di, de la Chambre d’agri­cul­ture. Ren­contre dans l’am­phi du ly­cée agri­cole de Neu­vy. ■ Il y a une en­vie de mieux man­ger et en même temps le dé­ve­lop­pe­ment du e-com­merce et du sna­cking. Est-ce pa­ra­doxal, com­pa­tible ? Il peut y avoir plu­sieurs pro­fils, il n’y a ja­mais un consom­ma­teur moyen. Et le sna­cking, le fait de man­ger hors re­pas, n’est pas tou­jours op­po­sé au mieux man­ger. La ten­dance est au sna­cking sain, à base de fruits, de lé­gumes, de pro­duits lai­tiers. L’e­com­merce, on peut ache­ter des pro­duits bio, lo­caux, du ter­roir, ce n’est pas for­cé­ment en op­po­si­tion. ■ Que va-t-il se pas­ser en 2050 ? Il n’y a pas eu tant de chan­ge­ment que ça de­puis cin­quante ans. Certes il y a eu les plats pré­pa­rés, le dé­ve­lop­pe­ment du sna­cking, l’ar­ri­vée de pro­duits exo­tiques comme le ki­wi ou l’avo­cat et les re­pas se sont sim­pli­fiés. Mais on mange en­core en­semble au­tour d’une table, on peut en­core man­ger des blan­quettes de veau…

Le chan­ge­ment ma­jeur à ve­nir est cer­tai­ne­ment une vé­gé­ta­li­sa­tion de l’ali­men­ta­tion, da­van­tage de pro­téines vé­gé­tales, moins de pro­téines ani­males, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en au­ra plus. Il y au­ra un ré­équi­li­brage en fa­veur des lé­gu­mi­neuses, tout ce qui est len­tilles, pois. Pas for­cé­ment que le so­ja. Et sous dif­fé­rentes formes.

Je pense aus­si à des pro­duits de meilleure qua­li­té, car il y a une mon­tée en gamme glo­bale. Et ce, pour tous les sec­teurs, le lait, la viande… Il y au­ra sans doute une nou­velle forme de plats pré­pa­rés, avec moins de con­ser­va­teurs ou de sta­bi­li­sants,

toutes ces choses qu’on cherche à évi­ter. Ce se­ra peut­être plus simple.

■ Et le bio dans tout ça ? Il va pro­ba­ble­ment se dé­ve­lop­per sans prendre toute la place, il y au­ra un seuil. Par contre, il est en train de ti­rer tout le sec­teur. Le conven­tion­nel est en train de s’amé­lio­rer : moins de pes­ti­cides, moins d’an­ti­bio­tiques, il y a dé­jà des pro­grès réa­li­sés, et d’autres qui sont à at­tendre. Ce qui va prendre le plus de place, c’est ce qui se si­tue entre le bio et le conven­tion­nel, par exemple la viande sans an­ti­bio­tiques, des ani­maux nour­ris sans OGM, le lait de pâ­tu­rage. Ces dé­marches in­ter­mé­diaires ont à mon avis plus d’ave­nir car le sur­coût est moins im­por­tant. Le sur­coût du bio est quand même un frein et le res­te­ra : à par­tir de + 30 % et ça peut ar­ri­ver à +200 %. Ça ne peut pas

être moins, car il y a moins de ren­de­ment. Le sur­coût à 5, 10, 15 % a plus d’ave­nir en terme de parts de mar­ché que le bio. Le Da­ne­mark, 8 8 % de la consom­ma­tion ali­men­taire est en bio, en France c’est 4,5 %. Ça nous donne une idée de ce qu’on pour­ra avoir, peut­être 8 à 10 % de bio. ■ C’est ce que vous dites aux

jeunes agri­cul­teurs ? Il y a quand même une forte de­mande en, viande, vin ou autre et c’est in­té­res­sant de le faire en étant bien ac­com­pa­gné. De toute fa­çon, il faut être dans une dé­marche de pro­grès et de ré­ponse aux at­tentes so­cié­tales. C’est moins, voire plus du tout de pes­ti­cides, moins, voire plus du tout d’an­ti­bio­tiques et c’est da­van­tage de bie­nêtre ani­mal. Les gens ne veulent pas du bio pour du bio. Tout ce qui ira dans ce sens se­ra po­si­tif. ■

« La vé­gé­ta­li­sa­tion de l’ali­men­ta­tion est le chan­ge­ment ma­jeur à ve­nir »

CÉ­LINE LAIS­NEY Spé­cia­liste de veille et de pros­pec­tive en ali­men­ta­tion

ILLUS­TRA­TION

LEN­TILLE. « Les lé­gu­mi­neuses sont une source in­té­res­sante de pro­téines : on a l’ha­bi­tude d’en man­ger, c’est adap­té à nos sols et c’est très in­té­res­sant nu­tri­tion­nel­le­ment ».

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