Des fer­ments d’ave­nir

La Montagne (Moulins) - - Vie Rurale - Do­mi­nique Dio­gon do­mi­nique.dio­[email protected]­tre­france.com

Face à la baisse conti­nue du nombre d’éle­veurs lai­tiers, la so­cié­té Di­schamp, opé­ra­teur im­por­tant dans les AOP au­ver­gnates, a dé­ci­dé de ga­ran­tir pen­dant sept ans un prix du lait at­trac­tif aux nou­veaux ins­tal­lés. Un dis­po­si­tif in­ci­ta­tif qui pro­duit ses pre­miers ef­fets. Illus­tra­tion.

La cen­taine de mont­bé­liardes a re­pris ses quar­tiers d’hi­ver de­puis quelques jours à Paul­hac (Cantal). À l’abri des of­fen­sives mé­téo­ro­lo­giques qui ba­laient vo­lon­tiers le pla­teau de la Pla­nèze, elles ont bas­cu­lé avec gour­man­dise sur leur nou­veau ré­gime ali­men­taire pour les cinq pro­chains mois. Foin mai­son à vo­lon­té dans une am­biance co­coo­ning.

Ro­main Pic se charge du room ser­vice, mode cinq étoiles. Pour que ses pen­sion­naires ne manquent de rien et donnent un lait de pre­mière qua­li­té qui se­ra trans­for­mé en AOP cantal au lait cru à Cham­ber­non, à une di­zaine de ki­lo­mètres de là, par la so­cié­té Di­schamp.

Une pro­duc­tion qui va­lo­rise la seule res­source lo­cale, l’herbe, pour un fro­mage dont la ré­pu­ta­tion a dé­pas­sé de­puis long­temps les fron­tières du Mas­sif cen­tral. Sauf que les Ro­main Pic ne courent plus les rues. C’est même une es­pèce en voie de ra­ré­fac­tion.

Le Lo­zé­rien d’ori­gine, qui s’est ins­tal­lé hors cadre fa­mi­lial, s’est as­so­cié à Be­noît Bar­riol et à sa mère Éli­sa­beth. Mais cette der­nière va imi­ter son ma­ri, Pa­trick, et faire bien­tôt va­loir ses droits à la re­traite.

Et sans l’ar­ri­vée pro­vi­den­tielle de Ro­main, Be­noît n’au­rait pas pu faire tour­ner l’ex­ploi­ta­tion lai­tière et ses 124 hec­tares. Comme beau­coup, il au­rait été obli­gé d’op­ter pour l’éle­vage al­lai­tant moins gour­mand en main­d’oeuvre. « Ce­la au­rait été en­core 580.000 litres de lait de per­dus sur la Pla­nèze », ré­sume, froi­de­ment, Ro­main.

« Dans notre ha­meau, il y avait trois éle­vages lai­tiers, il n’en reste plus qu’un. Un peu plus loin, à La­peyre, de six, on est tom­bé à un. Sur l’en­semble de la com­mune de Paul­hac, la chute se si­tue au­tour de 50 % en dix ans », dé­compte Pa­trick Bar­riol.

Des chiffres qui parlent d’eux­mêmes et que Florent Ka­plon, le res­pon­sable amont du groupe Di­schamp, connaît par coeur. « Au ni­veau na­tio­nal, nous sommes sur une moyenne d’une ins­tal­la­tion pour trois dé­parts à la re­traite et l’agran­dis­se­ment des ex­ploi­ta­tions ne com­pense plus. »

« Quelle que soit l’AOP, par­tout en France, même dans les Alpes sur des pro­duc­tions à forte va­leur ajou­tée, l’en­jeu du re­nou­vel­le­ment des gé­né­ra­tions est la pré­oc­cu­pa­tion prin­ci­pale. La contrainte de la traite pèse, sur­tout chez nous, avec la forte concur­rence de l’al­lai­tant. Le sa­lut pas­se­ra par la dif­fé­ren­cia­tion et une meilleure va­lo­ri­sa­tion du lait », re­con­naît Ni­co­las Cus­sac, pré­sident du pôle fro­ma­ger du Mas­sif cen­tral.

Face à la perte de lait de 3 à 4 % par an, qui, telle une hé­mor­ra­gie, me­nace à terme la pé­ren­ni­té de ses ate­liers de trans­for­ma­tion, le groupe Di­schamp a dé­ci­dé de pas­ser à l’of­fen­sive.

« Nous sommes li­mi­tés pour vendre nos pro­duits par la res­source en lait. Ce­la nous a ame­nés à dis­cu­ter avec nos pro­duc­teurs dont la moyenne d’âge est au­tour de 50 ans et dé­fi­nir avec eux un prix de base AOP de 370 eu­ros ga­ran­tis sur 7 ans pour les nou­veaux ins­tal­lés, soit 50 eu­ros de plus au mi­ni­mum que le lait conven­tion­nel. Nous leur ga­ran­tis­sons aus­si 100.000 litres de lait sup­plé­men­taires par an », dé­voile le res­pon­sable amont, dont le groupe col­lecte 50 mil­lions de litres de lait par an chez près 300 pro­duc­teurs du Cantal et du Puy­de­Dôme.

Dans le cas de Ro­main, viennent s’ajou­ter au prix de base des primes liées à la qua­li­té, au lait cru et au tout foin. « Ce­la donne un prix moyen à l’an­née su­pé­rieur à 400 eu­ros », com­plète Florent Ka­plon.

Ce contrat offre de la vi­si­bi­li­té aux nou­veaux ins­tal­lés. « Je crois qu’il y a plus d’ave­nir dans le lait que dans la viande. Mais les in­ves­tis­se­ments sont lourds, 500.000 € en ce qui me concerne. Et si Di­schamp n’avait pas fait l’ef­fort, ce­la au­rait été beau­coup plus dif­fi­cile de convaincre la banque de me suivre. »

Les pre­miers ef­fets se font sen­tir. « Nous avons une di­zaine de jeunes qui ont sau­té le pas », se ré­jouit Florent Ka­pron. ■

370 eu­ros la tonne ga­ran­tis pen­dant sept ans pour les jeunes ins­tal­lés

PHO­TO FRAN­CIS CAMPAGNONI

DÉ­CI­SIF. La fa­mille Bar­riol et le groupe Di­schamp ont été très heu­reux d’ac­cueillir Ro­main Pic (deuxième à gauche) car l’ins­tal­la­tion du jeune Lo­zé­rien a per­mis de pé­ren­ni­ser l’éle­vage lai­tier fa­mi­lial.

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