Pure fic­tion ou es­poir ? Ré­cit à haute den­si­té

Dans son ro­man Ne m’ap­pelle pas Ca­pi­taine, Lyo­nel Trouillot ra­conte Haï­ti d’hier et d’au­jourd’hui avec son style tou­jours aus­si éblouis­sant.

La Montagne (Moulins) - - Lemag - Mu­riel Min­gau twit­ter : @mmin­gau Ne m’ap­pelle pas Ca­pi­taine.

Dans son nou­veau ro­man, Lyo­nel Trouillot fait se ren­con­trer deux mondes à Haï­ti : ce­lui des très riches et ce­lui des pauvres. « Une fic­tion ab­so­lue », ex­pli­quait l’au­teur lors d’une ren­contre (*). Il re­la­tait com­ment à Por­tau­Prince les riches vivent sur les hau­teurs dans des mai­sons ul­tra­sé­cu­ri­sées, cir­cu­lant dans des vé­hi­cules aux vitres tein­tées.

Dans son ré­cit, Fran­cis est un vieil homme. Il vit à Morne Dé­dé, quar­tier pauvre et à l’aban­don, peu­plé de fan­tômes. Aude est une femme très jeune, très riche. Pour de­ve­nir jour­na­liste, elle doit réa­li­ser un re­por­tage, sur la base d’un té­moi­gnage. Son oncle, beau per­son­nage lui aus­si, la met en re­la­tion avec le vieil homme. La ren­contre, dif­fi­cile, se réa­lise. Fran­cis confie ses sou­ve­nirs. Aude fi­ni­ra par se dé­ta­cher de sa classe so­ciale, dé­crite dans ses codes, pré­ju­gés, ri­gi­di­tés sé­cu­laires, ses ar­ro­gances.

Ces deux fi­gures an­ti­no­ miques per­mettent à Lyo­nel Trouillot de re­ve­nir sur le pas­sé ré­cent d’Haï­ti, la dic­ta­ture des Du­va­lier et la ré­sis­tance de ses op­po­sants. Il veut ain­si com­bler un « trou de mé­moire ». « Notre so­cié­té, comme par­tout, re­jette le pas­sé, souffre de “pré­sen­tisme”. En outre, 50 % des Haï­tiens ont moins de 20 ans. Alors ils ne connaissent pas leur His­toire », pré­ci­sait Lyo­nel Trouillot.

Le pré­sent y fi­gure aus­si à tra­vers une com­mu­nau­té in­for­melle de jeunes gens à la­quelle Aude se lie. Ces jeunes ont des rêves, des dé­si­rs, les mettent en oeuvre… Dé­ci­dé­ment, ce ro­man est tra­ver­sé par une lu­mière. Fic­tion ? Es­poir ? Né­ces­si­té ?

Au­tour d’Aude et Fran­cis, ce ro­man four­mille de nom­breux autres per­son­nages et ré­cits. En seule­ment 147 pages ! Im­pres­sion­nant. En­fin, ce livre, à « haute den­si­té », est por­té par un style su­perbe où s’en­tre­mêlent ra­di­ca­li­té d’écri­ture née d’une lu­ci­di­té, ly­risme puis­sant et poé­sie. ■

(*) À la mé­dia­thèque de Brive lors du fes­ti­val Lettres du Monde. De Lyo­nel Trouillot, Actes Sud, 147 pages, 21 €.

JEU­NESSE. 50 % de la po­pu­la­tion a moins de 20 ans à Haï­ti. Pho­to Ar­chives pour Illus­tra­tion

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