« Vraie nos­tal­gie »

La Montagne (Moulins) - - Lemag -

«Je ne sais pas me re­po­ser. La sieste, connais pas ! »Pierre Per­ret, près de 500 chan­sons à son ré­per­toire, dont La cage aux oi­seaux, Le tord­boyaux, Li­ly, Le zi­zi, Les jo­lies co­lo­nies de va­cances…, des livres, une brève pa­ren­thèse au ci­né­ma.

Pierre Per­ret, 84 ans, et nulle en­vie de rac­cro­cher. Toutes les six se­maines en­vi­ron, il quitte la Seine­etMarne pour « al­ler s’en­fer­mer dans sa mai­son de Nor­man­die », « au mi­lieu des pom­miers » et écrire du ma­tin au soir pen­dant 8 à 10 jours.

Son der­nier al­bum « Hu­mour Li­ber­té » (Adèle/Ir­fan) y a ain­si gran­di, au fil des ca­hiers qu’il étale sur une « longue table ». « Si je bloque sur une chan­son, je passe à un autre ca­hier. Puis je re­viens, pas­sant d’une chan­son grave à une chan­son hu­mo­ris­tique sans sou­ci », confie Pierre Per­ret, qui a re­mis sur le feu Le Par­ler des mé­tiers – dé­jà 14 ans de la­beur –, dans la pers­pec­tive d’une nou­velle pa­ru­tion.

« J’ai tel­le­ment de tra­vail… » Mais cet ou­vrier de la rime ne s’en plaint pas, lui qui, de­puis long­temps, a la chance de « pou­voir vivre de sa pas­sion ». « Je n’ai ja­mais tra­vaillé de ma vie. Ce que je fais, ce n’est que du bon­heur, même en trans­pi­rant, même en sai­gnant. »

C’est plus fort que lui : « Je ne peux pas m’em­pê­cher de mettre le doigt là où ça fait mal. » Son der­nier al­bum plonge ain­si dans notre époque cha­hu­tée. Des at­ten­tats de « Char­lie Heb­do » où ont dis­pa­ru de « grands gosses ar­més jus­qu’aux dents d’in­tel­li­gence créa­trice » aux cu­rés pé­do­philes, en pas­sant par les im­mi­grés.

Le com­po­si­teur s’ac­corde aus­si quelques res­pi­ra­tions nos­tal­giques. Re­tour dans la cour d’école de Cas­tel­sar­ra­sin (Tarn­et­Ga­ronne). « Y avait pas d’por­table/Et pas d’in­ter­net/Et sous les pla­tanes/C’qui avait d’plus sa­cré/C’était la cas­tagne », écrit ce­lui qui inau­gure ré­gu­liè­re­ment des écoles por­tant son nom. « La Com­mu­nale est une chan­son de vraie nos­tal­gie. Ce sont mes doigts plein d’encre, une plume Sergent­Ma­jor, la cas­tagne, les 400 coups… ».

Il re­trouve aus­si sa verve gri­voise dans des textes sur le sexe au lan­gage fleu­ri : « Ce sont les choses de la vie, il n’y a que les hy­po­ crites qui n’en parlent pas. Au­jourd’hui, on a l’im­pres­sion qu’il n’y a pas un mot plus haut que l’autre dans la chan­son fran­çaise, à part les rap­peurs. » Ce­la donne Mé­la­nie qui « vou­lait que j’y dé­froisse le co­qu’li­cot » (Ils se gourent). Ou « J’y ai fait san­glo­ter le mis­ti­gri/du nom­bril au creux du sen­tier/Je lui ai pi­lon­né tout l’quar­tier » (Le beau ma­te­lot). Une vi­ sion vi­ri­liste donc… ça passe ou ça coince.

Pierre Per­ret traîne cette image de bon vi­vant. Mais il faut se mé­fier des ap­pa­rences. « J’écris à re­bours de ma pen­sée. Je suis un pes­si­miste au bord du gouffre. Mon an­ti­dote, c’est l’écri­ture ! Mais peu­têtre suis­je un vrai op­ti­miste qui se bat contre son pes­si­misme ! »

Fut un temps, confie­t­il,

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