La Montagne (Moulins) : 2018-12-09

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Septième jour CASSE-TÊTE Elle est vieille comme le monde et ne connaît pas de frontière ■ LA SEMAINE DE La connerie, vaste sujet… Un livre de psychologie sur la connerie, c’est pas bête : on en apprend beaucoup sur les autres. Sur soi, aussi… donnent l’illusion d’être important. En vieillissant, toutes les études psychologiques en attestent, on a cette fâcheuse tendance à ne retenir que les bons moments de sa vie et à dire que c’était mieux avant. Il en est ainsi depuis vingt­cinq siècles. Platon déjà le disait. D’abord confuses, Jérôme Pilleyre [email protected] L a science, enfin, s’intéresse à la connerie. Le psychologue Jean­François Marmion a, dans un livre(*) aussi sérieux que décalé, convoqué une trentaine de contributeurs pour tenter de la borner. « Être con est tout à fait supportable tant qu’on l’est suffisamment pour ne pas savoir qu’on l’est » : la connerie, comme le suggère François Cavanna, suppose-t-elle un certain aveuglement sur soi ? ■ Remplacement On commet tous des erreurs de jugement. On a tous des comportements parfois inopportuns. On en a souvent vite conscience. Pas le con. Les autres se trompent, la réalité se trompe, pas lui… En affirmant « Les cons ça ose tout et c’est même à ça qu’on les reconnaît », Michel Audiard en donne-t-il une bonne définition ? ■ Modification Oui et non. Oui, parce que le con est souvent arrogant et convaincu qu’il fait tout mieux que les autres. Il est sans tabou, sans nuance. Non, parce que le con n’ose tout de même pas se remettre en question. Plutôt plaintif voire pleurnichard, il fait alors porter la responsabilité de ses travers sur les autres. Organisation « La connerie, dixit Serge Gainsbourg, c’est la décontraction de l’intelligence ! » Il n’y aurait pas d’incompatibilité d’humeur entre l’une et l’autre ? ■ Il y a des gens intelligents très cons et des cons très intelligents, c’est comme on veut. Reste que bien des intelligences sont mal employées si l’on en juge aux professions de foi racistes de certains candidats, à la prolifération de théories du complot ou même à l’adoption de lois inconséquentes. Après, il y a les blagues plus ou moins drôles, plus ou moins lourdes, avec lesquelles on joue sciemment. Ces moments de détente sont alors une forme d’intelligence. Dans le cadre « Prenez garde en traversant la vie : un con peut en cacher un autre », écrit Frédéric Dard. Seraiton à ce point cerné… si ce n’est concerné ? ■ On a tous des biais cognitifs, des habitudes de pensée, des stéréotypes et des croyances indécrottables qui nous amènent à proférer ou à faire des conneries. On n’est pas aussi rationnels qu’on pense l’être. Ainsi est­on toujours le con de quelqu’un. Ainsi a­t­on aussi ses propres cons : ça rassure sur ses propres capacités. C’est sans doute là une explication du succès de la télé­réalité. Histoire d’adoucir « La psychanalyse est un remède contre l’ignorance. Elle est sans effet sur la connerie », confessait Jacques Lacan… ■ La connerie est d’autant plus incurable que les gens les plus atteints ne veulent pas guérir. Ébranler leurs certitudes les rend agressifs. Le même Lacan disait : « Un sujet normal est essentiellement quelqu’un qui se met dans la position de ne pas prendre au sérieux la plus grande part de son discours intérieur. » De ce point de vue­là, le con n’est pas normal même si un peu de connerie appartient à la normalité… Pour boucler Frédéric Dard encore : « Je trouve que la plus stupide, la plus connasse des bonnes femmes n’est pas aussi con qu’un homme. La connerie, la vraie connerie, la connerie rutilante, la connerie superbe, c’est l’homme ». La connerie, une affaire d’hommes, donc ? ■ ment pervertir par le pouvoir. Certes, il y a moins de femmes qui occupent des fonctions de pouvoir. Cependant, et sous réserve de vérification scientifique, les hommes ont bien davantage, me semble­t­il, ce penchant nuisible pour la domination. Par ailleurs, le con est plus riche d’épithètes s’agissant des hommes : sale con, petit con, vieux con… Ce n’est manifestement pas pour rien ! ■ Les raccourcis et les facilités de pensée sont le lot des deux sexes. En revanche, la connerie majuscule est plutôt masculine. Est­ce une question de testostérone ? D’usages sociaux ? Toujours est­il que les hommes se laissent plus facile­ Les contributeurs de ce livre, en tout cas, sont unanimes : en vieillissant, les choses ne s’améliorent pas. On supporte encore moins de voir contester les certitudes qui occultent la complexité de la vie. Au con endurci, ces certitudes Audiard ■ (*) sous la direction de Jean­François Marmion, Éditions Sciences Humaines, 18 €. Psychologie de la connerie,

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