Les « runs » ne désem­plissent pas

■ L’ins­tal­la­tion de ra­len­tis­seurs ave­nue Louis­Blé­riot n’a pas frei­né le phé­no­mène

La Montagne (Riom) - - Puy-de-dôme Actualité - Jean-Bap­tiste Le­dys

Les der­niers amé­na­ge­ments de la rue Louis-Blé­riot n’ont pas en­di­gué le phé­no­mène qui, les ven­dre­dis, ras­semble des cen­taines de per­sonnes.

Comme un obus pro­je­té dans la nuit, la mo­to conti­nue d’ac­cé­lé­rer. Elle roule dé­jà très vite. Et c’est à peine si, à l’ap­proche du ra­len­tis­seur, le pi­lote re­lâche un peu la poi­gnée d’ac­cé­lé­ra­teur. Si­tôt l’obs­tacle fran­chi, il re­met les gaz, li­bé­rant toute la puis­sance de son mo­teur.

Cette scène, ob­ser­vée la se­maine der­nière, se joue tous les ven­dre­dis soir, ave­nue LouisB­lé­riot, à Cler­mont­Fer­rand. Sur les bas­cô­tés, le long des contreal­lées, des cen­taines d’yeux et d’oreilles grandes ou­vertes se re­paissent de cette cé­lé­bra­tion de la mé­ca­nique dé­bri­dée et du code de la route pié­ti­né. Une seule règle, ici : trois coups de klaxon qui lancent le sprint avec la voi­ture d’à­cô­té.

De­puis des an­nées, ce phé­no­mène des courses sauvages sur une route ou­verte à la cir­cu­la­tion, au Bré­zet, per­dure en­core et tou­jours. L’an der­nier, la mai­rie avait pour­tant fait bar­rer l’ave­nue de deux im­po­sants pas­sages pié­tons sur­éle­vés. La vi­tesse maxi­male a été li­mi­tée dans ce sec­teur à 30 km/h. Deux ra­dars contrôlent en plus dans les deux sens de cir­cu­la­tion. Il y a aus­si eu une ten­ta­tive de bar­rié­rage.

Mais rien n’y fait. Les « run­ners » sont tou­jours aus­si nom­breux à se pres­ser ave­nue Louis­Blé­riot pour tour­ner ou sur les contre­al­lées. C’est là que, chaque se­maine, ces conduc­teurs sou­vent jeunes dé­chargent leur frus­tra­tion par rap­port aux li­mi­ta­tions vé­cues comme des contraintes le reste de la se­maine.

Plus de pi­quant

À en croire les par­ti­ci­pants, les ra­len­tis­seurs ra­jou­te­raient même du pi­quant à leur jeu. « C’est le meilleur, entre le dosd’âne et le rond­point. On passe tran­quille, et après on ac­cé­lère », sou­rit Franck. « C’est même mieux qu’avant, conti­nue Jé­rôme, pro­vo­ca­teur. Avant, ça al­lait trop vite. »

Du trot­toir où il a sta­tion­né sa puis­sante mo­to Su­zu­ki, Ch­ris tente de se faire en­tendre par­des­sus le ton­nerre as­sour­dis­sant des mo­teurs de ceux qui roulent. « Les dos­d’âne, contre les mo­tos, ça ne sert à rien. Les voi­tures, oui, ça les gêne un peu. Mais pas les mo­tos », as­sure­t­il. Il est ama­teur de­puis long­temps de ces courses sauvages et de « l’adré­na­line » qu’elles pro­cu­ rent. « Les runs, ça existe de­puis long­temps. Ça exis­te­ra tou­jours. Ce ne sont pas trois voi­tures de po­lice qui vont y ar­rê­ter. Et quand les flics viennent, on va ailleurs », conti­nue­t­il. Fi­na­le­ment, eux aus­si ont leur place dans le « jeu ».

Des rêves loin de se réa­li­ser

Ven­dre­di der­nier, les pom­piers ont pris en charge deux au­to­mo­bi­listes qui se sont per­cu­tés. Ils n’étaient que lé­gè­re­ment bles­sés. Mais tous les « run­ners » ont en mé­moire le der­nier gros ac­ci­dent sur­ve­nu il y a un an, le 26 mai 2017 : un tren­te­naire avait per­du le cont­rôle de sa Re­nault Clio, fait plu­sieurs ton­neaux, tra­ver­sé la double voie, avant de ter­mi­ner sa course près du trot­toir qui borde la contre­al­lée où se massent les spec­ta­teurs. Le drame avait été évi­té de jus­tesse.

« On est tous conscients que c’est très dan­ge­reux, on n’est pas dé­biles », as­sure l’un des par­ti­ci­pants. Et pré­ci­sé­ment, les caractères dan­ge­reux et in­ter­dit de ces courses sont l’un des in­gré­dients de leur suc­cès.

Tous ont de vagues idées pour rendre leur pra­tique plus sûre. Ce sont des en­vies qu’ils se trans­mettent et qu’ils res­sassent de­puis des an­nées : fer­mer l’ave­nue Louis­Blé­riot au reste de la cir­cu­la­tion les jours de « run » ; uti­li­ser les pistes de l’aé­ro­port d’Aul­nat ; créer une piste d’ac­cé­lé­ra­tion comme à Bor­deaux… Mais au­cun de ces rêves n’a ja­mais fran­chi la pre­mière marche d’une pos­sible réa­li­sa­tion. ■

« On est tous conscients que c’est très dan­ge­reux, on n’est pas dé­bile »

PHO­TO FRAN­CIS CAMPAGNONI

GÂCHEURS DE FÊTE. Les pa­trouilles de po­lice, les ra­dars, les ra­len­tis­seurs… Tous ces élé­ments des­ti­nés à gâ­cher la fête des « run­ners » res­tent, au fi­nal, d’un im­pact très li­mi­té.

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