« Mit­ter­rand avait peur de la mort »

Quand Ma­de­leine Chap­sal sort ses mé­moires, c’est l’his­toire d’un siècle qui est dé­voi­lée. La jour­na­liste écri­vain y confirme sa soif de ren­contre et de sa­voir.

La Montagne (Riom) - - Le mag’ - Oli­vier Bo­hin oli­vier.bo­hin@cen­tre­france.com ➔ Sou­ve­nirs in­vo­lon­taires. De Ma­de­leine Chap­sal (Fayard). Prix : 22 €.

Toute ren­contre est une fête

Elle écrit cash, se mo­quant des modes et de la bien­pen­sance. Ce n’est pas nou­veau mais ses mé­moires (Sou­ve­nirs in­vo­lon­taires, Fayard) confirment l’état d’es­prit d’un écri­vain(e) qui est d’abord une femme libre. Pour l’ex épouse de Jean­Jacques Ser­van­Schrei­ber, avec qui elle a créé L’Ex­press , « la vie est un ro­man. Comme pour n’im­porte quelle autre per­sonne ».

La guerre

Dans ses mé­moires, elle écrit : “La guerre m’a faite”. « D’une cer­taine ma­nière, je peux dire “mer­ci la guerre”. C’est du­rant cette pé­riode que j’ai ren­con­tré un cer­tain nombre de per­sonnes, en par­ti­cu­lier Jean­Jacques Ser­van Schrei­ber. Je me suis re­trou­vée à Me­gève après avoir contrac­té la tu­ber­cu­lose. Il y a tou­jours un bon et un mau­vais cô­té dans tout ce qui vous ar­rive. Mon amie Fran­çoise Dol­to le di­sait très bien : “Toute mau­vaise ex­pé­rience porte un fruit, il faut sa­voir le cueillir” ».

Jean-Jacques Ser­vanS­chrei­ber

« C’est un amour to­tal, un être ex­tra­or­di­naire. Nous étions proches l’un de l’autre. Nos am­bi­tions étaient com­munes, dont la créa­tion de L’Ex­press. C’est dans ce jour­nal que j’ai pu in­ter­vie­wer les plus grands écri­vains de notre époque ».

L’Ex­press

« On vou­lait créer un ma­ga­zine dif­fé­rent. JeanJacques l’avait dans la tête avant même de l’avoir créé. C’est une oeuvre com­mune avec Fran­çoise Gi­roud. Ce jour­nal a tout de suite fonc­tion­né. Quand je me pré­sen­tais au nom de L’Ex­press, j’ob­te­nais ce que je vou­lais, on m’ou­vrait toutes les portes. Être à L’Ex­press était un pri­vi­lège. ce jour­nal m’a ou­vert sur la vie, sur les gens, il m’a per­mis de connaître d’autres uni­vers. Ce­la a nour­ri mon ins­pi­ra­tion pour écrire des livres. On a créé de la fic­tion, mais la réa­li­té fi­nit tou­jours par vous rat­tra­per ».

Fran­çoise Gi­roud

« Elle ap­pré­ciait mon tra­vail, nous avions des conver­gences de vues sur le jour­nal, sur l’époque, sur Jean­Jacques. On dé­jeu­nait sou­vent en­semble, au Fou­quet’s qui n’était pas loin du jour­nal. Nous étions très proches, Fran­çoise était une femme très in­tel­li­gente ». Dans son livre, Ma­de­leine Chap­sal écrit : “Fran­çoise ne di­sait pas tou­jours la vé­ri­té”. « Fran­çoise ai­mait ar­ran­ger les choses, de pré­fé­rence à son avan­tage ».

Fran­çois Mit­ter­rand

« Il ne m’a ja­mais fait la cour. Je ne sais pas pour­quoi mais c’est comme ça. Il m’a tou­jours ap­pré­cié, me re­ce­vant dès que je le de­man­dais. Je l’ai vu à plu­sieurs re­prises, no­tam­ment à la fin de sa vie. Il me par­lait sou­vent de la mort, m’in­ter­ro­geant sur le fait que Jean­Jac­quesSer­van­Schrei­ber n’avait pas peur de la mort. Fran­çois Mit­ter­rand me di­sait : “Vous croyez que c’est vrai ?”. Fran­çois Mit­ter­rand, lui, avait très peur de la mort ».

Li­liane Bet­ten­court

« On se voyait sou­vent. Al­ler chez elle, c’était quit­ter un monde pour en­trer dans un autre, plein de raf­fi­ne­ment. Chez elle, on était ailleurs. Elle était très culti­vée, avait des mo­ments de ful­gu­rance in­croyable ».

Freud

« Il est ex­trê­me­ment im­por­tant de se connaître soi­même, cher­cher à se com­prendre et évo­luer dans le bon sens. Tout ce­la, c’est grâce à Freud. Je sais qui je suis grâce aux autres, dans les yeux des autres, dans leurs pa­roles. On est trop proche de soi­ même pour en avoir une idée très claire ».

Fran­çoise Dol­to

« C’était une amie très proche, qui m’a beau­coup ap­por­té. La per­sonne qui a le plus comp­té pour moi. D’elle, j’ai re­te­nu le goût et la re­cherche de la vé­ri­té. Elle me di­sait tou­jours :”Toute ren­contre est une fête” ».

Le Li­mou­sin

« J’aime cette ré­gion où j’ai mes ra­cines ma­ter­nelles. Je m’y sens mieux qu’à Pa­ris. J’ai­me­rais bien y être en­ter­rée là­bas ». ■

PHO­TO AS­TRID DI CROLLALANZA

RE­GARD. « Je suis l’un des der­niers té­moins d’une époque qui est en voie de dis­pa­ri­tion ».

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