Pri­son pour le conduc­teur et son oncle

Douze Por­tu­gais avaient pé­ri : quatre ans ferme pour le pro­prié­taire du four­gon, trois pour son ne­veu

La Montagne (Thiers-Ambert) - - Drame De La Rcea - Leï­la Aber­kane

Après sept heures d’au­dience, le tri­bu­nal de Mou­lins a pro­non­cé des peines de pri­son ferme contre le conduc­teur et le pro­prié­taire du four­gon à bord du­quel douze pas­sa­gers por­tu­gais sont morts en 2016 sur la RCEA.

L’ap­pât du gain. Ga­gner de l’argent au mé­pris de la sé­cu­ri­té ? Ar­mé­nio Pin­to Mar­tins, 44 ans, n’a pas es­qui­vé. S’il n’a pas chan­gé les pneus usés du four­gon dans un ga­rage en Suisse avant que son ne­veu prenne la route pour la Por­tu­gal, c’est qu’au « Por­tu­gal, c’est moins cher ». S’il a fait mon­ter douze per­sonnes dans un vé­hi­cule qui était ini­tia­le­ment pré­vu pour six, c’est « pour ga­gner un peu plus d’argent ». Ar­mé­nio Pin­to Mar­tins est le pro­prié­taire du four­gon at­te­lé d’une re­morque qui, le 24 mars 2016, sur la RCEA, à Mont­beu­gny (Al­lier), a per­cu­té un ca­mion, fai­sant douze morts, les douze pas­sa­gers por­tu­gais qui se trou­vaient à bord.

250 à 300 eu­ros le voyage

Pour­sui­vi pour ho­mi­cide in­vo­lon­taire, il a été condam­né hier par le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Mou­lins à quatre ans de pri­son ferme. Son ne­veu, Ri­car­do Mar­tins Pin­hei­ro, 22 ans, au vo­lant du four­gon, pur­ge­ra une peine de trois ans de pri­son (*).

L’oncle, an­cien ou­vrier de chan­tier, s’était lan­cé dans le trans­port entre le Por­tu­gal et la Suisse. De­puis mars 2015, il ex­pé­ri­men­tait l’ac­ti­vi­té, re­cru­tant les clients par le bouche­à­oreille et en dis­tri­buant des cartes de vi­site : « Je vou­lais voir si ça va­lait le coup », ex­pli­quet­il so­bre­ment. « Ma so­cié­té n’était pas en­core dé­cla­rée mais j’al­lais faire les dé­marches après Pâques 2016 (pé­riode de l’ac­ci­ dent, NDLR) ». Sa so­cié­té avait dé­jà un rythme de croi­sière. Il ef­fec­tuait trois à quatre voyages par mois et don­nait à son ne­veu « un pe­tit quelque chose, 150 € » pour as­su­rer un tra­jet.

Des sièges ra­jou­tés dans le four­gon

Contre 250 à 300 €, le soir du 24 mars 2016, c’est à bord d’un vé­hi­cule uti­li­taire af­fré­té par Ar­mé­nio Pin­to Mar­tins que prennent donc place les douze pas­sa­gers. Un Sprin­ter Mer­cedes bri­co­lé. L’oncle y a fait ra­jou­ter une ban­quette de trois places.

Dans son rap­port, lu par le pré­sident Vi­gnon, l’ex­pert ad­di­tionne les man­que­ments : sur­charge du vé­hi­cule ; ab­sence de cein­tures ; mau­vais an­crage des sièges au plan­cher du four­gon ; cein­tures non conformes.

Des amé­na­ge­ments qui ont été fa­tals, se­lon l’ex­per­tise d’un mé­de­cin, aux pas­sa­gers as­sis à l’ar­rière dont les sièges ou cein­tures ont été ar­ra­chés.

Au moment du choc, les pas­sa­gers ont été pro­je­tés vers l’avant du four­gon. No­tam­ment une fillette de 7 ans qui, faute de place, a voya­gé sur les ge­noux de ses pa­rents.

De­bout, côte à côte à la barre, en­tou­rés cha­cun d’un in­ter­prète, l’oncle, jean et veste de sport rouge, et son ne­veu, traits épais, che­veux courts, ne se re­gardent pas. Plus que leur voix en sour­dine – ils chu­chotent presque à l’oreille de leur tra­duc­teur – ce sont celles de leurs deux in­ter­prètes qui rai­sonnent dans le mi­cro.

Au­cun sou­ve­nir

Ar­mé­nio Pin­to Mar­tins « s’ex­cuse » : « Je me se sens cou­pable d’avoir ra­jou­té des sièges non ré­gle­men­taires ». Il dit avoir « fait confiance à son ne­veu ». Ri­car­do Mar­tins Pin­hei­ro confie « avoir fait confiance » à son oncle. Au point d’ailleurs que le jeune conduc­teur n’a pas vé­ri­fié l’état du four­gon et qu’il igno­rait que douze per­sonnes y avaient pris place.

« Qu’est­ce qui a pro­vo­ qué l’ac­ci­dent ? » l’in­ter­roge alors le pré­sident Vi­gnon. Entre trous de mé­moire qui fi­nissent par hé­ris­ser le ma­gis­trat et l’hy­po­thèse de l’en­dor­mis­se­ment avan­cée hier, pour la pre­mière fois, par le jeune homme, le tri­bu­nal n’a guère eu de ré­ponse convain­cante.

Lors de l’ac­ci­dent, Ri­car­do Mar­tins Pin­hei­ro avait 19 ans. Il n’avait pas le per­mis pour trans­por­ter des voya­geurs : « Il y a une forme d’in­cons­cience du dan­ger », a plai­dé son avo­cat, Me Jau­vat. Vi­sant l’on­ cle, il ajoute : « C’était dé­rai­son­nable de lais­ser par­tir Ri­car­do avec si peu d’ex­pé­rience. Il avait le per­mis re­morque de­puis à peine deux jours. Il avait une cer­taine confiance en son oncle ».

S’il n’a pas dis­cu­té l’ac­cu­mu­la­tion des faits de son client, Me Por­tal, avo­cat d’Ar­mé­nio Pin­to Mar­tins, s’est in­ter­ro­gé : « Est­il dé­mon­tré que les fautes ont un lien di­rect avec les dé­cès. Je n’en suis pas per­su­sa­dé ». L’avo­cat a ten­té de conduire les juges sur ce qui a pu pro­vo­quer la mort des vic­times. « La sur­charge du ca­mion ? La route à deux voies uni­que­ment ? La vi­tesse du ca­mion ita­lien ? La RCEA ? Où met­tez­vous le cur­seur ? ».

Si la salle d’au­dience était comble, les fa­milles des vic­times n’ont pas as­sis­té aux dé­bats. Une ab­sence mar­quante dans cette jour­née d’au­dience tra­ver­sée de peu d’émo­tion.

(*)Ils ont éga­le­ment été condam­nés à une an­nu­la­tion du per­mis pen­dant cinq ans et à l’in­ter­dic­tion d’exer­cer une ac­ti­vi­té de trans­port de per­sonnes.

➔ Sor­tis libres du tri­bu­nal.

Les deux hommes com­pa­rais­saient libres et sont sor­tis libres du tri­bu­nal de Mou­lins hier. Ils doivent ren­con­trer un juge de l’ap­pli­ca­tion des peines en France ou au Por­tu­gal pour fixer les mo­da­li­tés de l’exé­cu­tion de leur peine de pri­son ferme.

PHO­TO FRAN­ÇOIS-XA­VIER GUTTON

COU­PABLES. Pour­sui­vis pour ho­mi­cide in­vo­lon­taire, le conduc­teur, dé­fen­du par Me Jau­vat (à gauche) ont été res­pec­ti­ve­ment condam­nés, hier à Mou­lins, à trois ans et quatre ans de pri­son ferme. et le pro­prié­taire du four­gon

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