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La Montagne (Thiers-Ambert) - - Puy-De-Dôme | Actualité - Alexandre Cha­te­net alexandre.cha­te­net@cen­tre­france.com

RSA, APA mais aus­si ac­cueil des mi­grants mi­neurs : les dé­penses des Dé­par­te­ments n’en fi­nissent plus d’aug­men­ter alors que les do­ta­tions baissent. Le pré­sident de l’ADF at­tend de l’État un ac­com­pa­gne­ment adap­té.

Dans le cadre d’un ate­lier des dé­par­te­ments de France qui s’est te­nu hier ma­tin à Cler­mont, et dont la thé­ma­tique était « la va­lo­ri­sa­tion et sau­ve­garde du pa­tri­moine na­tu­rel dans le dé­par­te­ment du Puy­deDôme », Do­mi­nique Bussereau, pré­sident de l’As­sem­blée des dé­par­te­ments de France (ADF), et an­cien mi­nistre de l’Agri­cul­ture et se­cré­taire d’État aux Tran­sports, en a pro­fi­té pour rap­pe­ler le rôle ma­jeur de proxi­mi­té des col­lec­ti­vi­tés.

■ Ré­gio­na­li­sa­tion, mé­tro­po­li­sa­tion… les Dé­par­te­ments ne risquent-ils pas de dis­pa­raître ? Quels que soient les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs, il y a tou­jours eu cette ten­ta­tion de les faire dis­pa­raître, de les « dé­vi­ta­li­ ser » comme avait dit un mi­nistre du gou­ver­ne­ment pré­cé­dent. Les Ré­gions ont ac­quis de telles di­men­sions – l’Au­vergne avec Rhône­Alpes est de­ve­nue aus­si im­por­tante en taille et en PIB qu’un pays d’Eu­rope – que les Dé­par­te­ments ont re­pris du poil de la bête.

Je pense par exemple au dos­sier de l’ins­tal­la­tion du très haut dé­bit, qui a été re­pris par nos col­lec­ti­vi­tés. Per­sonne ac­tuel­le­ment ne veut s’oc­cu­per de l’ac­tion so­ciale. Au­jourd’hui dans mon dé­par­te­ment (Cha­rente­Ma­ri­time), il y a des dé­gâts, des inon­da­tions ter­ribles suite aux orages. Qui va ve­nir les ai­der ? L’État un tout pe­tit peu… Ça va plu­tôt être le Dé­par­te­ment. Donc au­jourd’hui la ques­tion de la sup­pres­sion des Dé­par­te­ments ne se pose même plus.

■ Pour­tant les Dé­par­te­ments doivent faire face à un pro­blème de fi­nan­ce­ment… Le gou­ver­ne­ment a de­man­dé à 332 col­lec­ti­vi­tés de contrac­tua­li­ser… C’est as­sez com­pli­qué. Et ce­la doit être en­té­ri­né le 30 juin. Nous sommes tou­jours en né­go­cia­tion avec l’État pour ré­pondre ef­fi­ca­ce­ment à nos mis­sions. Sauf que les do­ta­tions n’en fi­nissent plus de bais­ser. Il ne faut pas ou­blier que les Dé­par­te­ments s’oc­cupent de l’aide so­ciale. Mais aus­si de l’ac­cueil des mi­grants mi­neurs. Fin 2017, ils étaient 25.000 en France. Pour les Dé­par­te­ments, ce­la a coû­té 1,3 mil­liard d’eu­ros et l’État ne nous a rem­bour­sé que 120 ou 130 mil­lions d’eu­ros. Nous pre­nons en charges les dé­penses de l’État. Ces charges ex­cep­tion­nelles pèsent sur les Dé­par­te­ments. Autre exemple : en 2003, l’État rem­bour­sait aux Dé­par­te­ments 100 % du RMI (Re­ve­nu mi­ni­mum d’in­ser­tion). Au­jourd’hui, on est à 55 % pour le RSA (Re­ve­nu de so­li­da­ri­té ac­tive). De plus, cer­tains Dé­par­te­ments constatent de­puis l’an der­nier que le nombre de bé­né­fi­ciaires re­part à la hausse après la sup­pres­sion des em­plois ai­dés et une crois­sance qui ra­len­tit un peu. L’al­lo­ca­tion per­son­na­li­sée d’au­to­no­mie (APA) aug­mente aus­si tout comme la prise en charge des per­sonnes han­di­ca­pées. Toutes les dé­penses sont à la hausse. Sur toutes ces aides, chaque an­née, l’État ou­blie de nous re­ver­ser 9 mil­liards. Donc oui, nous sommes à un moment char­nière et oui nous at­ten­dons beau­coup de nos né­go­cia­tions avec le gou­ver­ne­ment.

■ Vous êtes ve­nu à Cler­mont dé­battre de la va­lo­ri­sa­tion du pa­tri­moine na­tu­rel. L’avis fa­vo­rable du dos­sier de clas­se­ment de la chaîne des Puys à l’Unes­co en est un par­fait exemple ? Je suis ad­mi­ra­tif de la dé­marche en­tre­prise par Jean­Yves Gout­te­bel et le Dé­par­te­ment du Puy­de­Dôme. Je sou­haite d’ailleurs m’ins­pi­rer de ce tra­vail pour le dos­sier que nous por­tons concer­nant le clas­se­ment du phare de Cor­douan. Le clas­se­ment de la chaîne des Puys à l’Unes­co se­rait ma­gni­fique et le tra­vail réa­li­sé sur le site a été exem­plaire, je pense no­tam­ment au Pa­no­ra­mique des Dômes qui a per­mis d’écar­ter l’au­to­mo­bile sur ce site na­tu­rel.

■ Vous avez quit­té en fé­vrier der­nier votre fa­mille po­li­tique Les Ré­pu­bli­cains. Êtes­vous ten­té d’in­té­grer un autre par­ti ? Je suis au­jourd’hui sans éti­quette, di­vers droite ou in­dé­pen­dant se­lon les for­mules consa­crées. Je donne un coup de main à Va­lé­rie Pé­cresse, qui est brillante et bos­seuse… Mais je tiens à pré­ci­ser que je n’ai au­cune hos­ti­li­té en­vers Laurent Wau­quiez (pré­sident LR). Je viens de la fa­mille gis­car­dienne, je suis de­puis tou­jours un homme de centre droit ou de droite mo­dé­rée. Je ne me re­trouve plus dans les po­si­tion­ne­ments ac­tuels des Ré­pu­bli­cains. ■

FRED MAR­QUET

DO­MI­NIQUE BUSSEREAU. « Au­jourd’hui la ques­tion de la sup­pres­sion des Dé­par­te­ments ne se pose plus ».

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