Deux frères unis dans un même des­tin

Re­né et An­to­nin Gre­nier sont morts sur le front en mars et dé­cembre 1915

La Montagne (Thiers-Ambert) - - Ambert Vivre Sa Ville - Fran­çois Jaul­hac fran­cois.jaul­hac@cen­tre­france.com

Ils n’avaient que deux ans d’écart et se sont sui­vis tout au long de leur courte exis­tence. Même de­vant la mort, dans les Vosges, Re­né et An­to­nin n’ont pu être sé­pa­rés, morts pour la France à 27 et 30 ans.

Àja­mais unis. An­to­nin et Re­né Gre­nier de Mar­sa­cen­Li­vra­dois étaient frères, et tous deux mo­bi­li­sés en 1914. Un même des­tin les at­ten­dait sur le front, à quelques mois d’in­ter­valle. Un drame fa­mi­lial qu’ont connu nombre de fa­milles, en­deuillées par la Pre­mière Guerre mon­diale et ses 9,7 mil­lions de morts mi­li­taires.

Une his­toire dou­lou­reuse, très pré­sente dans la fa­mille pa­ter­nelle de Cé­cile Mio­lane : « J’ai tou­jours su que mon ar­riè­re­grand­père était mort à la guerre, mais on n’en par­lait pas for­cé­ment, il se di­sait peu de chose ». En­fant, puis adulte, elle n’a pas ou­blié ce ta­bleau d’hon­neur ac­cro­ché dans la mai­rie de Mar­sac re­pré­sen­tant les en­fants de la com­mune « Morts pour la France ». Au col­lège, en 5e, à la fa­veur d’une ex­po­si­tion sur la Grande Guerre, l’Am­ber­toise prend conscience de l’im­por­tance du conflit et ne cesse de lire des­sus. Avant de s’y plon­ger to­ta­le­ment, gui­dée par cette soif d’en sa­voir plus sur cet aïeul, mort à 30 ans, dont on igno­rait alors la sé­pul­ture. « On sa­vait qu’il était mort dans une ex­plo­sion et qu’il ne res­tait cer­tai­ne­ment plus rien de lui », note­telle. Pa­tiem­ment, cette ins­ti­tu­trice en classe de CE1 à Cler­mont­Fer­rand a re­mon­té l’éche­veau de l’his­toire. De sites in­ter­net en ar­chives, puis sur les lieux mêmes des conflits.

Deux ans jour pour jour

An­to­nin Louis naît le 3 oc­tobre 1885 à Mar­sac­en­Li­vra­dois de Georges Gre­nier et Anne­Ma­rie Merle. Une fa­mille de pay­sans ins­tal­lée à La Vaisse qui au­ront deux autres en­fants : Ma­rieF­ran­çoise l’aî­née, et Re­né Vi­tal Jo­seph, le ca­det, né deux ans jour pour jour après An­to­nin, le 3 oc­tobre 1887. Une proxi­mi­té ca­len­daire ren­for­cée aus­si par un par­cours si­mi­laire au 30e Ba­ taillon de chas­seurs al­pins (BCA) à Gre­noble, de 1906 à 1908 pour An­to­nin qui est nom­mé ca­po­ral en 1907 ; de 1908 à 1910 pour Re­né, qui de­vien­dra mu­le­tier. Même la mo­bi­li­sa­tion ne les sé­pa­re­ra pas, puisque tous deux se­ront in­té­grés au 70e BCA, le ba­taillon de ré­serve du 30e, et dans la même com­pa­gnie, la 9e.

Après un court pas­sage à la fron­tière ita­lienne, moins ex­po­sée, les deux frères Gre­nier gagnent le front des Vosges. Dans sa cor­res­pon­dance adres­sée à son épouse, An­to­nin évoque son quo­ti­dien, « sans ren­trer dans les dé­tails pour ne pas in­quié­ter sa fa­mille », es­time Cé­cile Mio­lane. En plein hi­ver rude, Re­né dé­cède, le 3 mars 1915, à la fin de la ba­taille de Col­lins « sans qu’on connaisse réelle­ ment les cir­cons­tances de son dé­cès ». Avec néan­moins une citation à l’ordre de son ba­taillon no­tant qu’il est « mort au champ d’hon­neur en fai­sant vaillam­ment son de­voir ».

À ce mal­heur sur­vient ra­pi­de­ment un se­cond : ce­lui de la perte de son fils né de son union avec Ma­rie Cour­tial, éga­le­ment pré­nom­mé Re­né, trois se­maines après, peu avant son deuxième an­ni­ver­saire.

Re­né se­ra d’abord in­hu­mé à Celles­sur­Plaine puis à Ban­deSapt (Vosges), dans la né­cro­pole na­tio­nale « La Fon­te­nelle ». Une pre­mière sé­pul­ture, pho­to­gra­phiée par An­to­nin, qui pour­suit sa route, tra­ver­sant les ter­ribles ba­tailles de 1915, dont les com­bats du « Linge ».

Cinq jours avant sa mort

An­to­nin rentre pour une pre­mière per­mis­sion en no­vembre 1915. Ce se­ra la seule. Le 6 dé­cembre, il en­voie une carte à son épouse, Ma­rie­Louise Gi­rau­don et son fils Jean­Ma­rie, « mon pe­tit Mi­mi » écrit­il, si­gnant « Ton An­to­nin pour la vie ». Cinq jours après, le 11 dé­cembre, il meurt dans l’ex­plo­sion d’une mine « au cours d’un violent bom­bar­de­ment qui a en­se­ve­li toute son es­couade » à Or­bey, rap­porte la citation à l’ordre de la 3e bri­gade.

Une pre­mière ligne dont les tran­chées sont alors ré­duites « à l’état de simples fossés par les pluies tor­ren­tielles », ex­plique Cé­cile Mio­lane qui a pu consul­ter des do­cu­ments clas­sés “se­cret dé­fense”. Res­tait en­core la lo­ca­li­sa­tion du lieu de la sé­pul­ture d’An­to­nin. Cé­cile Mio­lane fi­ni­ra par la dé­cou­vrir, sur le web, avant de se rendre sur place dans les Vosges, en 2014. 99 ans après sa mort, An­to­nin re­trou­vait en­fin l’un des siens, dans cette même com­mu­nion d’es­prit qu’im­plique le re­cueille­ment. ■

« J’ai tou­jours su que mon ar­rière­grand­père était mort à la guerre, mais on n’en par­lait pas for­cé­ment »

CHAS­SEURS AL­PINS. An­to­nin Gre­nier (3e as­sis en par­tant de la gauche) aux cô­tés de ses com­pa­gnons du 30e Ba­taillon de chas­seurs al­pins de Gre­noble, du­rant l’an­née 1907.

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