Lux­fer ne mour­ra pas sans se battre

■ Le 26 no­vembre der­nier, le cou­pe­ret tombe : l’en­tre­prise de Ger­zat fer­me­ra ses portes en juin 2019

La Montagne (Thiers-Ambert) - - Puy-de-dôme Actualité - Si­mon An­to­ny si­mon.an­to­[email protected]­tre­france.com

Hier, sa­la­riés, élus et avo­cats se sont réu­nis à la salle Le Ga­lion, à Ger­zat, pour re­ce­voir le bi­lan des ex­perts­comp­tables et pré­pa­rer leurs contre-pro­po­si­tions.

Plus qu’une simple en­tre­prise, un pan de pa­tri­moine. « Ma grand­mère fai­sait par­tie des pre­miers sa­la­riés », évoque Serge Pi­chot, conseiller dé­par­te­men­tal. « Je suis né la même an­née que l’en­tre­prise », plai­sante le maire Jean Al­bi­set­ti.

Nous sommes en 1939 et la So­cié­té Mé­tal­lur­gique de Ger­zat (SMG) fa­brique des étuis d’obus et de balles. Quelques mois après sa créa­tion, elle est ré­qui­si­tion­née par les na­zis.

Mais ce que la Deuxième Guerre mon­diale n’au­ra pas réus­si, la course au pro­fit pour­rait bien y par­ve­nir : tuer l’an­cienne SMG.

« Ils ont su­cé le site et ils le jettent »

Les 136 sa­la­riés et 25 in­té­ri­maires du site n’ont pas bais­sé les bras. Loin de là. Plus que ja­mais, après la réunion d’hier, ils sont sûrs de leur bon droit. « Le groupe ne s’est ja­mais aus­si bien por­té », ré­sume maître Bo­rie, qui dé­fend les sa­la­riés. D’après le bi­lan du ca­bi­net d’ex­perts­comp­tables Syn­dex, le groupe af­fiche en 2018 ses meilleurs ré­sul­tats nets avec 43,9 M$. Le site ger­za­tois est aus­si lar­ge­ment bé­né­fi­ciaire. Son carnet de com­mandes est même plein jus­qu’à la fer­me­ture an­non­cée avec quelque 10 M€ de com­mandes dé­jà as­su­rées.

Des chiffres qui ne jus­ti­fient pas le trans­fert du site à Not­tin­gham (Royaume­Uni) et à Ri­ver­side (États­Unis) se­lon les sa­la­riés. À part pour réa­li­ser une pe­tite éco­no­mie grâce à la cen­tra­li­sa­tion des si­ tes. Une vi­sion à court terme, se­lon maître Bo­rie. « C’est ab­surde même pour eux. Ger­zat est leur seul site sur le conti­nent. Avec le Brexit, ils vont pro­duire en Grande­Bretagne et payer des taxes doua­nières. Plus les sanc­tions ju­ri­diques. Et le coup de la dé­pol­lu­tion obli­ga­toire du site… » Maître Bo­rie es­père qu’en par­lant « gros sous », il pour­ra faire en­tendre rai­son à la direction.

Les sa­la­riés pro­po­se­ront eux une op­ti­mi­sa­tion en­core plus grande de leur pro­duc­tion. Et de­man­de­ront un re­pre­neur si la direction res­tait sur ses po­si­tions, en s’ap­puyant sur la loi Flo­range (*). De leurs cô­tés, les élus jouent leur rôle. Le sé­na­teur Jean­ Marc Boyer veut faire re­mon­ter l’af­faire aux mi­nis­tères du tra­vail et de l’éco­no­mie.

Les 136 fa­milles res­tent op­ti­mistes de­vant les bons chiffres et les ar­gu­ments. Mais l’at­ti­tude du groupe Lux­fer reste en tra­vers de la gorge. « C’était nos concur­rents. Ils nous ont ra­che­tés pour ré­cu­pé­rer nos bre­vets les uns après les autres, tout en di­mi­nuant les in­ves­tis­se­ments. Ils ont pio­ché al­lè­gre­ment dans nos bé­né­fices quand leurs ré­sul­tats al­laient mal. Main­te­nant qu’ils ont su­cé le site, ils le jettent », lance dé­goû­té un sa­la­rié.

Joyeux Noël et bonne an­née 2019

Quand un autre re­prend : « C’est ce genre d’éco­no­mie mon­dia­li­sée et dé­bri­dée qui ex­plique les mou­ve­ments so­ciaux de ce mo­ment. Et si en plus, on ajoute le cy­nisme, comme ce mail qu’on a tous re­çu qui nous sou­hai­tait un joyeux Noël et une bonne an­née 2019… » ■

(*) Loi de 2014 pré­voyant, entre autre, que toute en­tre­prise comp­tant plus de 1.000 sa­la­riés sur le conti­nent doit cher­cher un re­pre­neur avant fer­me­ture.

PHOTO THIER­RY LINDAUER

SA­LA­RIÉS. pres­sion. 136 pleins temps et 25 in­té­ri­maires me­na­cés, spé­cia­li­sés dans la concep­tion et la pro­duc­tion de bou­teilles de gaz à haute

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