Les vies ca­chées des frères Cha­dourne

Ces illustres Bri­vistes vus par l’anec­dote dé­voilent leurs per­son­na­li­tés hors du com­mun Écri­vains, jour­na­listes, voya­geurs… fins ob­ser­va­teurs de leur monde, les frères Cha­dourne, no­tam­ment Louis et Marc, ont vé­cu mille vies en une.

La Montagne (Tulle) - - Corrèze Actualité - Émi­lie Auf­fret

Qui étaient vrai­ment les frères Cha­dourne ? Ces per­son­nages em­blé­ma­tiques de la ci­té gaillarde, que l’ont dit « écri­vains­voya­geurs », ont vé­cu plu­sieurs vies en une seule. L’un a frô­lé le Gon­court en 1920, l’autre a ob­te­nu le prix Fé­mi­na en 1930. Mais au­de­là de la lit­té­ra­ture, on dé­couvre une fa­mille et des per­son­na­li­tés hors normes.

1 La fra­trie. Elle compte quatre frères : Louis, Marc, Paul et Pierre, tous nés à Brive entre 1890 et 1901. Les deux pre­miers sont ceux qui ont écrit et voya­gé ; les deux der­niers étaient mé­de­cins, même si Paul a re­fu­sé d’exer­cer puisque la mé­de­cine n’avait pas pu soi­gner son frère Louis, cri­blé d’éclat d’obus sur le front en 1915 et dé­cé­dé en 1925. « Ils étaient comme ça les Cha­dourne, do­tés de très fortes per­son­na­li­tés », ré­sume Li­lith Pitt­man­Cha­dourne, pe­tite fille de Marc Cha­dourne.

2 Leur mère. Ma­rie­Thé­rèse Cha­dourne née Vignes était le genre de femme à sa­voir ce qu’elle vou­lait. « Lors­qu’ils étaient au front, Louis, Marc et Paul ont tous écrit à leur mère », note la pe­tite­fille de Marc. Et à cette pé­riode, elle a même di­ri­gé l’hô­pi­tal de Brive. « Elle a vé­cu jus­qu’à 101 ans et jus­qu’à la fin de sa vie, elle a tou­jours su dire ce qu’elle vou­lait et sa­vait l’ob­te­nir », se sou­vient­elle.

3 L’oncle An­dré. C’est sans doute de lui, le frère de leur père, que le gène de l’écri­ture pro­vient. Jour­na­liste et homme de lettre, il a fon­dé La So­cié­té des gens de lettres à Pa­ris, mais aus­si un pe­tit jour­nal nom­mé Le Tout Brive. « Leur père Léon n’était pas très drôle mais quand l’oncle An­dré ar­ri­vait, c’était la joie pour les gar­çons. »

4 L’en­fant ca­ché de Ta­hi­ti. L’his­toire fa­mi­liale de Li­lith Pitt­man­Cha­dourne est à elle seule une aven­ture. Marc Cha­dourne était en poste à Ta­hi­ti quand il a ren­con­tré Pau­line Pitt­man. Tous deux ont un en­fant en 1923, que Marc ne re­con­naî­tra que dans les an­nées 1960. « Cet en­fant, c’était mon père, Mar­cel, in­dique Li­lith Pitt­man­Cha­dourne. Quand il est ar­ri­vé à Brive, il mar­chait pieds nus dans la rue », ra­conte­t­elle dans un sou­rire.

C’est d’ailleurs Marc Cha­dourne qui conseilla au peintre Hen­ri Ma­tisse de se rendre à Ta­hi­ti. « Ma grand­mère Pau­line l’a ac­cueilli en 1930. » Dans un li­vret d’ex­po­si­tion de cro­quis du chef de fil du fau­visme, on peut d’ailleurs la voir en pho­to en com­pa­gnie du peintre qui l’a aus­si des­si­née. « Marc et Louis étaient bels hommes. Ils ont eu beau­coup d’aven­tures. »

Une his­toire fa­mi­liale qui est à elle seule une aven­ture

5 Les amours de Marc. Après Pau­line Pitt­man, Marc Cha­dourne en­tame une brève aven­ture avec la ro­man­cière d’ori­gine russe El­sa Trio­let. Leur re­la­tion pren­dra fin peu à peu lors de son voyage sur le conti­nent afri­cain. Plus tard, il se fian­ce­ra avec Eve Cu­rie, la fille de Pierre et Ma­rie Cu­rie. La seule de la fa­mille à ne pas avoir épou­sé une car­rière scien­ti­fique. En ef­fet, elle est pia­niste ro­man­cière, jour­na­liste…

Lorsque Marc Cha­dourne part pour le Mexique en 1931, elle met­tra fin à leur en­ga­ge­ment. Une rup­ture qui don­ne­ra lieu à un ro­man L’Ab­sence écrit par Marc Cha­dourne et sor­ti en 1933. Sur une pho­to, on peut voir Ma­rie­Thé­rèse Cha­dourne et Eve Cu­rie, as­sises dans un sa­lon de la pro­prié­té du Bous­quet à Cu­blac. Le re­père des Cha­dourne.

6 Leur re­père. « La mai­son de fa­mille était si­tuée ave­nue du pré­sident Roo­se­velt à Brive mais la ré­si­dence d’été des Cha­ dourne était à Cu­blac, ex­plique Li­lith Pitt­man­Cha­dourne. D’ailleurs, quand Marc était de re­tour à Brive, sa mère in­vi­tait toutes ses amies. Marc dé­tes­tait ça et par­tait très vite au Bous­quet. » Le Bous­quet, une très belle pro­prié­té au coeur d’un grand parc. « Tous les livres des Cha­dourne ont com­men­cé ou se sont ter­mi­nés au Bous­quet », ajoute­t­elle. Une mai­son qu’elle au­rait ai­mé voir se trans­for­mer en mai­son d’écri­vain. « Mal­heu­reu­se­ment, ce­la n’a pas été pos­sible », re­grette­t­elle.

7 La peur de sa vie. En 1940, Marc Cha­dourne est en poste en In­do­chine en tant qu’ob­ser­va­teur po­li­tique. Il est alors fait pri­son­nier par les Ja­pon­nais qui le condamnent à mort. « Mes che­veux sont de­ve­nus tout blancs en une nuit », ai­mait­il dire sur cet épi­sode de sa vie. « Il a fi­na­le­ment été li­bé­ré par les Amé­ri­cains et em­barque sur un car­go à des­ti­na­tion des USA », ra­conte sa pe­ti­te­fille. ■

PHO­TO STÉ­PHA­NIE PARA

AR­CHIVES. Dans la salle à man­ger de Li­lith Pitt­man-Cha­dourne, on trouve le bu­reau de Marc Cha­dourne fa­bri­qué au Mexique, une de ses malles de voyage, un trône ra­me­né d’Afrique... Un conden­sé ex­tra­or­di­naire de la vie de son grand-père.

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