L’émou­vant cour­rier d’un Poi­lu

Léon Gui­rande avait écrit à ses pa­rents une très belle lettre la veille de mou­rir

La Montagne (Tulle) - - Tulle Agglomération Et Plateau -

La veille de mou­rir sur le front de 14-18, le Guen­nois Léon Gui­rande avait écrit un cour­rier de­man­dant à sa fa­mille de ne pas l’ou­blier.

C’est bien sou­vent par la presse écrite que les Cor­ré­ziens étaient in­for­més des faits d’armes et des drames que vi­vaient leurs conci­toyens sur le front.

En mai 1915, le quo­ti­dien lo­cal Le Cor­ré­zien s’est fait l’écho d’un drame que les Guen­nois ont dé­cou­vert en li­sant plu­sieurs ar­ticles consa­crés à la dis­pa­ri­tion de Léon Au­guste Gui­rande, né à La­guenne le 27 juin 1892 et ins­ti­tu­teur à Saint­Ju­lien­aux­Bois.

Dans un pre­mier ar­ticle pu­blié le 26 avril 1915, l’in­for­ma­tion de la dis­pa­ri­tion du jeune Guen­nois fai­sait état d’un billet des­ti­né à ses pa­rents qu’il avait ré­di­gé la veille d’une mis­sion qu’il sa­vait dange­ reuse. Et les pré­mo­ni­tions dee l’as­pi­rant Gui­rande, du 78 ré­gi­ment d’in­fan­te­rie, se sont avé­rées tris­te­ment justes. En ef­fet, c’est le 13 avril 1915 à Fli­rey en Meurthe et Mo­selle que le jeune sol­dat tom­be­ra en condui­sant sa sec­tion à l’as­saut d’une po­si­tion en­ ne­mie, « tué par une balle qui lui tra­ver­sa la poi­trine ».

Le cou­rage de ce jeune ins­ti­tu­teur avait dé­jà été sa­lué par ses su­pé­rieurs après une bles­sure au cours de la ba­taille de la Marne.

Dans un se­cond ar­ticle pa­ru le 10 mai de la même an­née, Le Cor­ré­zien re­ve­nait sur ce drame en pu­bliant des ex­traits d’une lettre adres­sée aux pa­rents par son lieu­te­nant, qui nar­rait les der­nières heures de l’as­pi­rant Gui­rande. Le quo­ti­dien lo­cal ter­mi­nait son ar­ticle en pu­bliant éga­le­ment le texte in­té­gral du billet qu’avait adres­sé le jeune Guen­nois à ses pa­rents : « Mes chers pa­rents, si cette lettre vous par­vient, ça se­ra que je se­rai fou­tu. Je vous prie de ne pas trop vous cha­gri­ner. Ef­for­cez­vous de vivre avec mon sou­ve­nir et que mon image vous sou­tienne jus­qu’au bout.

» Je se­rai al­lé re­joindre un peu avant vous le pays où l’on n’existe qu’à l’état de sou­ve­nir. Ef­for­cez­vous d’en­tre­te­nir dans ces pen­sées Emile (son frère, NDLR). Qu’il ne m’ou­blie pas. Je dé­sire qu’il soit fier de moi.

» Met­tez­le au ly­cée dans une classe de science ; et qu’il fonde une fa­mille afin de conser­ver notre nom, notre sang et notre sou­ve­nir.

» Adieu, mes chers pa­rents, soyez bé­nis. Je vous ai bien ai­mé. Beau­coup, beau­coup. Léon. »

Léon Gui­rande fut ci­té à l’ordre de la 23e com­pa­gnie : « Le 13 avril, a char­gé bra­ve­ment à la tête de sa sec­tion et a été mor­tel­le­ment bles­sé en at­tei­gnant la tran­chée en­ne­mie ».

Léon Au­guste Gui­rande a été in­hu­mé à La­guenne, où la res­tau­ra­tion ré­cente de sa tombe a été fi­nan­cée par l’as­so­cia­tion Le sou­ve­nir Fran­çais. ■

« Ef­for­cez­vous de vivre avec mon sou­ve­nir… »

MORT POUR LA FRANCE. L’épi­taphe sur la tombe de Gui­rande

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