« C’est très dif­fi­cile de fer­mer la porte »

Trente­cinq sa­la­riés tra­vaillent tou­jours sur le site d’Eu­ra­lis à Brive qui doit fer­mer le 25 jan­vier

La Montagne (Tulle) - - Brive Vivre Sa Ville - Émi­lie Auf­fret

« Cer­tains ont réus­si à se pro­je­ter, d’autres non »

Il y a tout juste un an, les sa­la­riés d’Eu­ra­lis ont ap­pris la fer­me­ture du site de Brive. L’ac­ti­vi­té de trans­for­ma­tion de ca­nards doit ces­ser le 25 jan­vier. À l’ap­proche de l’échéance, l’émo­tion gran­dit.

C’est la der­nière ligne droite. L’ac­ti­vi­té du site d’Eu­ra­lis à Brive ces­se­ra le 25 jan­vier pro­chain. Et dans les yeux de ses sa­la­riés on peut lire l’amer­tume, la tris­tesse, le dé­goût même. Sur les 50 sa­la­riés de cette usine de trans­for­ma­tion de ca­nards, quinze sont dé­jà par­tis. Les autres res­te­ront jus­qu’au der­nier jour. Et à l’ap­proche de l’échéance, l’émo­tion gran­dit.

« Nous avons vé­cu six mois de né­go­cia­tions dif­fi­ciles mais les gens ont conti­nué à tra­vailler di­gne­ment », in­dique Co­rinne Breuil, re­pré­sen­tante CFDT. Son pe­tit lo­cal à l’in­té­rieur de l’usine est tou­jours ou­vert pour les sa­ la­riés. « J’aide d’abord mes col­lègues, en­suite je pen­se­rai à moi », lâche­t­elle hum­ble­ment. Pen­dant de longs mois, elle a fait le lien avec la di­rec­tion, ten­té de ré­pondre aux ques­tions, main­te­nu le dia­logue… Ses col­lègues, ce sont Laurent, De­nis, Co­lette, Ma­ria, Ro­bert… réunis en dé­but d’après­mi­di lun­di pour par­ler d’ave­nir. Même si pour beau­coup, il reste flou.

« Je ne sais pas ce que je vais faire de ma vie », mur­mure Ma­ria, 52 ans, sans ca­cher son émo­tion. « Cer­tains ont réus­si à se pro­je­ter, d’autres non », en­chaîne Co­rinne comme pour sou­la­ger sa col­lègue. « C’est dif­fi­cile de tout re­com­men­cer », pour­suit Laurent, 49 ans. Ce der­nier va « prendre la cel­lule de re­clas­se­ment. Je suis po­ly­va­ lent, mais pour l’ins­tant, je n’ai eu que très peu de pro­po­si­tions dans l’agroa­li­men­taire. »

La di­rec­tion d’Eu­ra­lis confirme que « 35 col­la­bo­ra­teurs tra­vaillent en­core sur le site jus­qu’à la fer­me­ture. Ils in­té­gre­ront le congé re­clas­se­ment après la mise en oeuvre de la pro­cé­dure de re­clas­se­ment in­terne qui com­men­ce­ra le 1er fé­vrier. […] Les sa­la­riés per­ce­vront un re­ve­nu cor­res­pon­dant à 80 % de leur sa­laire men­suel brut du­rant tout leur congé de re­clas­se­ment. »

Une si­tua­tion que cer­tains « an­ciens » comme Laurent, 34 ans de « boîte », pres­sen­taient. « On le sen­tait ve­nir de­ puis 5 ou 6 ans. Il n’y avait pas d’in­ves­tis­se­ment sur le site. Il était aban­don­né mais ils pou­vaient comp­ter sur ceux qui y tra­vaillaient. » Dans cette usine, « il y avait beau­coup d’en­traide, note Pa­trick, 59 ans. On ne re­trou­ve­ra pas ça ailleurs ». Ce­lui­ci « a la chance » de par­tir en pré­re­traite. « Mais on au­ra be­soin de se voir. C’est cer­tain. »

La co­lère qu’a sus­ci­tée l’an­nonce de la fer­me­ture du site, il y a tout juste un an, a lais­sé place à l’amer­tume et à la ré­si­gna­tion. Pour­tant, Laurent ne com­prend pas « qu’ailleurs sur les autres sites du groupe, ils em­bauchent à tour de bras et qu’ici, ils virent tout le monde. » La di­rec­tion in­dique en ef­fet que « dix postes sont dis­po­nibles sur le site de Per­pe­zac­le­Noir et plus de 40 postes à Mau­bour­guet (Hautes­Py­ré­nées) […] Dans le cadre du plan de trans­for­ma­tion du pôle ali­men­taire d’Eu­ra­lis, près de 133 postes se­ ront créés sur d’autres sites ».

Mais pour les sa­la­riés, il n’est pas simple de par­tir. Seuls « quatre ou cinq » d’entre eux ont ma­ni­fes­té l’en­vie d’intégrer un autre site en France, se­lon la di­rec­tion. « Nous sommes pour la plu­part des quin­quas avec des conjoints, des fa­milles… On a toute notre vie ici », souffle De­nis, 53 ans.

Lui compte re­bon­dir sur d’autres pro­jets qui ne se sont pas en­core concré­ti­sés. En re­vanche, il in­siste sur un point. « L’an­nonce de l’ins­tal­la­tion d’une usine de jam­bon sur la zone de La­roche par l’en­tre­prise Fip­so nour­rit beau­coup d’es­poirs. »

D’autre part, la re­cherche d’un re­pre­neur pour le site bri­viste est tou­jours en cours. « Plus de 3.000 en­tre­prises ont été contac­tées dans le cadre de la re­cherche d’un re­pre­neur. La re­cherche se­ra pro­lon­gée jus­qu’à la fin du pre­mier tri­mestre 2019 », as­sure la di­rec­tion. ■

PHO­TO FRÉ­DÉ­RIC LHERPINIÈRE

AMER­TUME. Ma­ria, Co­lette, Co­rinne, Laurent et Ro­bert tra­vaille­ront jus­qu’au der­nier jour sur le site dont l’ac­ti­vi­té ces­se­ra le 25 jan­vier.

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