La Belle se jette à l’eau

Dix ans dé­jà que l’as­so­cia­tion MLC-Ma­ri­niers de Gri­gnon tra­vaillait à construire sa pé­niche, une flûte ber­ri­chonne, la Belle de Gri­gnon. Hier soir, un feu d’ar­ti­fice ac­com­pa­gnait sa mise à l’eau. Un évé­ne­ment très at­ten­du, point d’orgue d’un week-end char

La République du Centre (Dimanche) - - LA UNE - PHOTO CH­RIS­TELLE GAUJARD

Une pé­niche vogue, de­puis hier soir, au port si­tué à Vieilles-Mai­sons­sur-­Jou­dry. « La Belle de Gri­gnon » a quit­té la terre ferme après une jour­née de fête. Bap­tême et dé­mons­tra­tions de ha­lage sont au me­nu de ce jour.

Il a fal­lu dix ans de la­beur achar­né aux ma­ri­niers lo­caux pour construire cette flûte ber­ri­chonne. Il faut dé­sor­mais la faire vivre : ti­rée de­puis les bords du ca­nal d’Or­léans, elle pour­ra pro­me­ner des tou­ristes.

Abord, la cloche sonne. Les treuils qui la re­tiennent laissent dou­ce­ment glis­ser la pé­niche sur les rails vers le ca­nal d’Or­léans.

Pied par pied, avec une in­sou­te­nable len­teur, la Belle de Gri­gnon gagne les eaux, sur les sons ma­gis­traux des mu­siques de « Ch­ris­tophe Co­lomb ». Les hour­ras jaillissent, sui­vis du cré­pi­te­ment du feu d’ar­ti­fice. Le ba­teau gagne le coeur du ca­nal. Un évé­ne­ment at­ten­du toute la jour­née par les mil­liers de cu­rieux ve­nus as­sis­ter, au­tour de l’écluse du port de Gri­gnon, à la mise à l’eau qui clô­ture l’im­mense dé­fi re­le­vé par l’as­so­cia­tion MLC­Ma­ri­niers de Gri­gnon.

An­nick, par exemple, s’est dé­pla­cée de Nantes à Vieilles­Mai­sons­sur­Jou­dry. « J’ai visité ce chan­tier l’an der­nier alors que j’étais en vi­site chez mon amie Paule, qui vit à Mon­tar­gis. Je trouve cette en­tre­prise for­mi­dable ! C’est pour­quoi j’ai fixé la date de­puis un an pour être sûre d’as­sis­ter à l’évé­ne­ment. » Les deux amies sont ar­ri­vées en dé­but d’après­mi­di pour pro­fi­ter plei­ne­ment de la fête.

« Tout est in­té­res­sant, ici. Le fait qu’ils aient exé­cu­té le tra­vail de A à Z, le bois dé­bi­té dans la fo­rêt d’Or­léans, leur chan­tier, ce que cette pé­niche ra­conte sur la fa­çon dont vi­vaient les gens au­tre­fois. Pré­ser­ver le pa­tri­moine est im­por­tant ! »

Après la pro­me­nade (gra­tuite) sur le fû­treau le Bièvre, elles ont pu as­sis­ter aux concerts des ma­ri­niers, qui se sont suc­cé­dé sur la scène tout l’après­mi­di puis en­core en soi­rée : les Fis d’Ga­larne de Gien, les Co­pains d’sa­bord d’Or­léans, les Aca­diaux d’Or­léans et Châteauneuf (ac­com­pa­gnés par le conteur C’est Na­bum) et Ba­bord­tri­bord ra­content, eux aus­si, dans leurs mé­lo­dies, les pré­coc­cu­pa­tions des ma­ri­niers d’an­tan.

De fu­tures pro­me­nades à 2 km/heure

Car c’est au­jourd’hui dif­fi­cile à croire, mais le port de Gri­gnon fut une ci­té ba­te­lière d’im­por­tance, quand les trans­ports se fai­saient par voie d’eau. Quelques stands per­mettent de dé­cou­vrir ce riche pas­sé, ain­si que les dix ans de chan­tier qui me­nèrent à la jour­née d’hier. Le mo­dèle ré­duit de­man­da, à lui seul, 500 heures de tra­vail.

Une vaste ma­quette illus­trée de fi­gu­rines dé­crit les étapes du trans­port du bois du Mor­van vers Pa­ris. « Le pre­mier train de bois a été créé en 1547 pour re­lier Châ­tel­Cen­soir à Pa­ris, sur la Cure, l’Yonne puis la Seine. Nous avons chauf­fé Pa­ris du­rant trois siècles et de­mi, car les rois gar­daient les fo­rêts au­tour de Pa­ris pour la chasse », ra­conte Clau­dine Lin­der­mann, de Flotte es­cale de Cla­me­cy (Yonne).

Et com­ment na­vi­guer sans noeuds ? Plat, du ca­bes­tan, de chaise, ou de drisse : quoi de mieux que de s’exer­cer pour de­ve­nir le meilleur des ma­te­lots ?

Ces bribes d’his­toire ne doivent pas faire ou­blier l’ave­nir. La Belle de Gri­gnon est ache­vée, une nou­velle vie s’offre à elle. Car ses créa­teurs comptent y of­frir des pro­me­nades aux tou­ristes. « Ça avan­ce­ra sans doute à 2 km/heure, vu que c’est du ha­lage », pré­vient Mi­chel Bé­né. Ce­lui­ci, ra­conte­t­il, était à la charge « des en­fants et des femmes jus­qu’au dé­but du XIXe siècle. C’est seule­ment en­suite qu’on a fait ap­pel aux bour­ri­cots ». Son es­poir ? Ar­ri­ver, en 2019, à re­joindre Mon­tar­gis. Mieux en­core, at­teindre un jour le pont­ca­nal de Briare. La Belle a de beaux jours de­vant elle…

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