Dans les pas de mar­cheurs de Com­pos­telle

L’as­so­cia­tion Com­pos­telle 45 per­met aux fu­turs mar­cheurs d’en­trer en contact avec ceux qui ont dé­jà ten­té l’aven­ture sur les che­mins des pè­le­rins. Les mo­ti­va­tions de ces ran­don­neurs sont di­verses comme en té­moignent les ré­cits d’As­trid et de Laurent qui

La République du Centre (Dimanche) - - LA UNE - Alexis Ma­rie alexis.ma­[email protected]­tre­france.com

Les adhé­rents de l’as­so­cia­tion Com­pos­telle 45, qui se réunit une fois par mois à Saint-Jean-de-Braye, donne la pa­role à des per­sonnes ayant fait le che­min ou des tron­çons. L’oc­ca­sion pour ceux qui sou­haitent ten­ter l’aven­ture de gla­ner de pré­cieux con­seils. Mar­di soir, la pa­role était don­née à As­trid, une blo­gueuse or­léa­naise qui a fait Or­léans-Com­pos­telle l’été der­nier, et Laurent, qui vient d’ef­fec­tuer le tron­çon Puy-en-Ve­lay - Conques.

À

l’ini­tia­tive d’an­ciens pè­le­rins, l’as­so­cia­tion Com­pos­telle 45, com­po­sée de femmes et d’hommes ve­nus de dif­fé­rents ho­ri­zons, est née en 1999. Le but est de faire par­ta­ger et dé­cou­vrir le vé­cu sur le che­min, tant sur un plan ar­chi­tec­tu­ral, que concer­nant la fra­ter­ni­té échan­gée lors des ren­contres.

Mar­di soir, salle Jean­Bap­tis­teLaurent, à Saint­Jean­de­Braye, la réunion men­suelle de l’as­so­cia­tion pré­si­dée par Pa­trick La­che­ré, a été la preuve de cette vo­lon­té. Face à une cin­quan­taine de per­sonnes, As­trid et Laurent ont ra­con­té leur pé­riple.

« Un pont entre les hommes et les siècles »

As­trid a été la pre­mière à se lan­cer. En 2013, cette Or­léa­naise, au­jourd’hui âgée de 32 ans, a dé­ci­dé de chan­ger de vie. Elle a tout pla­qué pour me­ner une vie de no­made aux quatre coins du monde. Des pé­riples qu’elle narre sur son blog « His­toires de tongs ».

L’été der­nier, avec une amie, elle a fait près de 1.800 ki­lo­mètres sur le che­min de Com­pos­ telle, via la voie de Vé­ze­lay, au dé­part d’Or­léans. Tout en étant hors che­mins conven­tion­nels jus­qu’à Bourges : « C’est dif­fi­cile de ré­su­mer cette aven­ture hors du com­mun. Au fil des ki­lo­mètres, c’est un sa­cré chal­lenge qui se pro­file. C’est aus­si un pont entre les hommes et les siècles. »

Entre des Bul­gares qui les ont « sau­vées » d’un violent orage en leur of­frant un toit, le sen­ti­ment de puis­sance et de plé­ni­tude lors du pas­sage des Py­ré­nées, une fon­taine à vin, une veillée dans une ab­baye en ruines avec des étoiles fi­lantes et une ky­rielle de pe­tits mo­ments in­for­mels, As­trid n’a pas élu­dé les dif­fi­cul­tés : « Les cent der­niers ki­lo­mètres n’ont pas été les plus forts. Il y avait trop de monde. Les bus dé­ver­saient des gens sans sac à dos. Une foule hos­tile. »

Avant d’évo­quer la cha­leur avec un dé­part en été (qui a oc­ca­sion­né un manque de som­meil suite aux courtes nuits afin de mar­cher à la fraîche), les am­poules aux pieds, les ten­di­nites qui la font tou­jours souf­frir : « En cours de par­cours, j’ai chan­gé de chaus­sures. J’ai uti­li­sé des se­melles qui ont sau­vé mon ca­mi­no. » Sans ou­blier les 105 ki­lo­mètres rec­ti­lignes dans les fo­rêts de pins, les orages tous les deux, trois jours et la dis­pa­ri­tion du plai­sir de man­ger pour cause de bud­get res­treint et op­tion vé­gé­ta­rienne.

Mal­gré tout, ce voyage lui a ou­vert de nou­veaux rêves. Elle se voit bien re­par­tir en em­prun­tant, cette fois­ci, la voie de Tours.

De son cô­té, Laurent est par­ti avec Claire, sa femme, et Alan, leur fils de 15 ans. Ils ont fait Le Puy­en­Ve­lay ­ Conques, à par­tir du 11 août. Soit 200 ki­lo­mètres en dix jours. « Je suis en paix. Moi qui ne suis pas bran­ché re­li­gion, je n’ai ja­mais au­tant fré­quen­té les églises », sou­rit Laurent, en mon­trant la mé­daille en forme de co­quille qui lui a été re­mise au Puy­en­Ve­lay, à la messe à 7 heures !

Laurent a me­su­ré qu’il avait chan­gé de pla­nète lors­qu’il a dé­vié de sa tra­jec­toire pour al­ler voir une cas­cade. « Nous avons fait deux ki­lo­mètres et nous nous sommes re­trou­vés dans un cam­ping. Nous avons ren­con­tré des tou­ristes qui n’avaient rien à voir avec les per­sonnes croi­sées sur le che­min. Nous ne nous sommes pas com­pris. On est vite re­tour­nés dans notre bulle. » ■

« Nous ne nous sommes pas com­pris »

PHO­TO CH­RIS­TELLE GAUJARD

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