Mais pour­quoi Or­léans est-il sillon­né par des ki­lo­mètres de ve­nelles ?

Or­léans reste­t­elle une grande ville de ve­nelles, mal­gré la me­nace qui plane sur elles ?

La République du Centre (Dimanche) - - LA UNE - Da­vid Creff

Ces sen­tiers, qui ser­pentent dans dif­fé­rents quar­tiers de la ville, hé­ri­tage de leur pas­sé agri­cole, sont au­jourd’hui me­na­cés.

V Moins de dix grandes villes fran­çaises, dont Or­léans, ont su conser­ver les leurs. Pour­tant, sous l’ef­fet de l’ur­ba­ni­sa­tion et du sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té qu’elles gé­nèrent par­fois, les ve­nelles ten­draient à s’ef­fa­cer des cartes. ivre au bord d’une ve­nelle, un bon­heur tout or­léa­nais… Pour­quoi ? Car moins de dix grandes villes fran­çaises en sont en­core par­cou­rues de nos jours. On l’au­ra com­pris, la ve­nelle, lit­té­ra­le­ment « pe­tite veine », se­rait me­na­cée de dis­pa­ri­tion. Sans doute l’était­elle dé­jà à la fin des an­nées 1980, quand cette étu­diante leur consa­crait un mé­moire de maî­trise : Syl­vie Bou­chette en ré­per­to­riait alors 82, com­mu­nales et pri­vées, dans la ci­té. In­co­hé­rence des chiffres, un ar­ticle de La Rep da­té de 2011 fait état de 35 km de ve­nelles, dont 16 à La Source, quand la mai­rie as­sure en­core en dé­nom­brer 91, soit une quin­zaine de ki­lo­mètres, en 2018. Que de nou­velles « pe­tites veines » aient pu voir le jour, de­puis les an­nées 1980, semble plus qu’im­pro­bable…

Car c’est bien sous le double ef­fet du sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té qu’elles gé­nèrent (peu éclai­rées, on les dit pro­pices aux pe­tits tra­fics) et de l’ur­ba­ni­sa­tion dé­vo­rante qu’elles tendent à s’ef­fa­cer, presque sous nos yeux. Quand elles ne sont pas sim­ple­ment fer­mées par des grilles en fer for­gé, comme la ve­nelle du Cloître­Saint­Be­noît l’était en 2012.

Reste que dans les quar­tiers Du­nois, Ma­de­leine ou Châ­teau­dun, pour ne ci­ter que ceux­là, le ri­ve­rain a sou­vent dé­ve­lop­pé un puis­sant sen­ti­ment d’at­ta­che­ment à la ve­nelle cou­rant le long de chez lui. Ne verse­t­elle pas un soup­çon de cam­pagne dans sa vie ci­ta­dine ? La mi­nus­cule ruelle, où aime s’épa­nouir la rose tré­mière, il faut le sa­voir, au­ra lar­ge­ment par­ti­ci­pé à fa­çon­ner le vi­sage d’Or­léans. Un peu son âme, quelque part…

Pour­quoi ? Parce qu’avant d’être in­té­grée à la ci­té, elle n’était autre qu’un sillon dans un pe­tit vi­gnoble ou un champ de ma­raî­cher. C’était donc avant qu’Or­léans ne construise ses quar­tiers pé­ri­phé­riques en s’ap­puyant sur ce maillage agri­cole, aus­si pro­vi­den­tiel que ru­di­men­taire, après les an­nées 30. Vous com­pre­nez mieux main­te­nant pour­quoi les ve­nelles ne sont par­fois guère plus larges qu’une brouette ? Et qu’elles ont fleu­ri à l’ex­té­rieur des mails, « là où ja­dis les pe­tites gens, les mo­destes, au­to­construi­saient leur mai­son, dans les îlots agri­coles, le long des sillons tra­cés par les ma­raî­chers qui nour­ris­saient alors la ville », est­il pré­ci­sé dans le mé­moire uni­ver­si­taire.

Certes beau­coup moins fré­quen­tée au­jourd’hui, com­bien d’an­ciens conservent de la ve­nelle, ici du Gris­Meu­nier, là de la Meu­nière ou des Églan­tiers, le tendre sou­ve­nir de celle qui per­met­tait ja­dis de pas­ser d’un quar­tier à l’autre. Sans avoir à faire le grand tour.

Elles sont la preuve his­to­rique qu’Or­léans a bien der­rière elle un for­mi­dable pas­sé ma­raî­cher, hor­ti­cole et vi­ti­cole… D’où la ques­tion : se dé­tour­ner de la ve­nelle, ne se­rait­ce pas prendre le risque d’ou­blier un jour ? Ou­blier que, dans les an­nées 50, les fermes s’épa­nouis­saient en­core dans le quar­tier du Né­co­tin, ou que l’on culti­vait la vigne du cô­té de Du­nois…

Là où ja­dis les pe­tites gens au­to­construi­saient leur mai­son dans les îlots agri­coles Justes as­sez larges pour per­mettre à la brouette de pas­ser

PHO­TOS CH­RIS­TELLE GAUJARD

SURVIVANCE. D’après la mai­rie, il sub­sis­te­rait 91 ve­nelles (ici Vau­pu­lents) dans Or­léans, soit quinze ki­lo­mètres de ces mi­nus­cules ruelles.

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