Fai­sons connais­sance

La République du Centre (Dimanche) - - Chroniques -

J’aime la ga­lette. Sa­vez­vous comment ? Quand elle bien faite, avec du beurre de­dans. Voi­là pour les pré­sen­ta­tions. Pas­sons aux ac­tua­li­tés re­li­gieuses. Les rois mages. Gas­pard, Bal­tha­zar et le troi­sième dont per­sonne ne re­tient ja­mais le nom. Nous l’ap­pel­le­rons Bri­gitte. Gui­dés par l’étoile ils font la route pour cou­vrir de pré­sents le pe­tit Jé­sus. Qu’ap­por­ten­tils au nou­veau­né ? De l’or en lin­go­tins, de la myrrhe et de l’en­cens. Nous sa­vons que l’en­cens sert à par­fu­mer les ca­bi­nets, l’or à s’ache­ter des ca­bi­nets, un ba­lai­brosse et une mai­son au­tour ; mais qu’en est­il de la myrrhe ? En ces temps très an­ciens, la myrrhe n’est pas en­core une sta­tion spa­tiale so­vié­tique. Il s’agit d’une gomme­ré­sine ven­due en poudre ou mor­ceaux, comp­tez une quin­zaine d’eu­ros les trois cents grammes, port com­pris. Pas tout à fait le ca­deau in­di­qué pour un nour­ris­son, a for­tio­ri quand il est fils de Dieu. Mais on peut tou­jours se trom­per. Et puis les pa­rents du pe­tit sont conci­liants : La Vierge est oc­cu­pée à s’ef­fa­rou­cher et son Jo­seph n’est pas homme à se vexer pour si peu. Il a connu pire. Alors, pour­quoi diable of­frir de la myrrhe au Sei­gneur ? Pour la simple rai­son, nous ré­pond Bal­tha­zar, que ce ca­deau re­vêt un ca­rac­tère sym­bo­lique. Dé­po­sée en of­frande, la myrrhe est an­non­cia­trice des souf­frances à ve­nir. Elle rap­pelle à l’en­fant qu’il mour­ra sur la croix. D’autres que Bal­tha­zar au­raient bê­te­ment op­té pour un ho­chet, une tim­bale ou un en­semble de layette à tri­co­ter. Qui sait si le Ch­rist n’en au­rait pas ou­blié de res­sus­ci­ter. Autre ca­deau an­non­cia­teur d’une souf­france à ve­nir, le fes­tin payé toute l’an­née aux dindes que nous dé­vo­rons à Noël. Trois mil­lions, rien qu’en France, viennent d’y pas­ser. Per­son­nel­le­ment ça ne me coupe pas l’ap­pé­tit. Je le dé­plore bien sûr, je m’en alarme, et j’at­tends que le plat re­passe. Il faut dire que j’adore la dinde, sur­tout quand elle est four­rée aux mar­rons. Per­sonne n’a ja­mais de­man­dé aux dindes si elles ai­maient les mar­rons. En­core moins si elles ai­maient être four­rées par les­dits mar­rons. Ain­si va le monde. Mal. L’an­née du­rant nos éle­veurs choient leurs gal­li­na­cés mieux que des en­fants­rois, les gâtent, les gavent, mais c’est pour les mieux man­ger mon en­fant. Est­ce cruel ? « Non », ré­pondent­ils en coeur et la mi­neur. Cer­tains pro­fes­sion­nels du sec­teur ad­mettent néan­moins qu’en tuant les dindes, on nuit gra­ve­ment à leur san­té.

Ce­ci sans par­ler des sau­mons, des huîtres, des cha­pons et des ré­so­lu­tions. Car s’il en est qu’on as­sas­sine en masse à chaque nou­velle an­née, ce sont bien les ré­so­lu­tions, qu’on for­mule alors qu’elles n’ont rien de­man­dé, et qu’on dé­laisse presque dans la fou­lée. À croire que les ré­so­lu­tions sont faites pour être prises et n’être pas te­nues. Une étude amé­ri­caine – comme le sont toutes les études un tant soit peu in­utiles et sé­rieuses – a dé­mon­tré que la grande ma­jo­ri­té des ré­so­lu­tions du ré­veillon ne pas­sait pas l’hi­ver. Beau­coup suc­combent même avant la Chan­de­leur, sans qu’il n’ait ja­mais été éta­bli de lien di­rect entre leur dé­pé­ris­se­ment et la consom­ma­tion ef­fré­née de crêpes à fa­rine de fro­ment. Sa­chez, lec­teur, que les ré­so­lu­tions n’en meurent pas pour au­tant. Tra­hies, four­rées sous le ta­pis elles s’y conservent fort bien. C’est pour­quoi elles pa­raissent si neuves l’an­née sui­vante, quand bien même tout le monde sait qu’elles ont dé­jà ser­vi. Il est en ef­fet pri­mor­dial que la ré­so­lu­tion de­meure en bon état. Une ré­so­lu­tion usée ne vaut rien. Ce­lui qui s’en­gage pour la on­zième fois consé­cu­tive à re­faire l’ins­tal­la­tion élec­trique du ga­rage et chan­ger l’am­poule de l’ap­pen­tis, grillée sous le gou­ver­ne­ment Raf­fa­rin, ne se­ra pas pris au sé­rieux.

De même, veillez à ne pas faire éta­lage de vos ré­so­lu­tions. « Tout est dans la so­brié­té », ai­mait à rap­pe­ler feu l’em­pe­reur Bo­kas­sa. Et comme il avait rai­son. Trop de ré­so­lu­tions tuent la ré­so­lu­tion. Es­comp­ter perdre dix ki­los, se mettre au ka­ra­té, lire Goethe dans le texte, tra­vailler ses ab­do­mi­naux, ar­rê­ter de fu­mer et ap­prendre l’ara­méen n’est pas te­nable. « Il ne faut pas mul­ti­plier les fronts », di­sait Na­po­léon, qui ran­geait par ailleurs le sien sous un bi­corne.

En­fin, quelques nou­velles ras­su­rantes de la chèvre Pé­pi­ta, res­ca­pée le soir de Noël, au large de la pointe du Pern (Fi­nis­tère). Mal­gré une ten­sion un peu haute, elle a re­cou­vré l’es­sen­tiel de sa san­té. Nous lui sou­hai­tons le meilleur pour ses pro­jets d’ave­nir, ain­si qu’à nos lec­teurs une an­née riche d’en­sei­gne­ments. À moins d’etre dif­fi­ciles, ils ne se­ront pas dé­çus. C’est tout pour au­jourd’hui. Nous ver­rons le reste la pro­chaine fois. ■

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