Deux ac­cu­sés que tout op­pose

Pro­cès de Fabrice Bret­te­nac et Ké­vin Fleu­ry

La République du Centre (Loiret) - - Loiret Actualités - Justice - Phi­lippe Re­naud

Hor­mis une rup­ture avec le monde du tra­vail qui les affe c t ai t tous deux, il n’y avait pas grand-chose, dans les par­cours de vie de Fabrice Bret­te­nac et Ké­vin Fleu­ry, pour réunir ces deux hommes, cette nuit du 15 au 16 août 2014.

Et pour les ame­ner à s’en prendre phy­si­que­ment à Jean­Pierre Rug­ge­ri, mort sous leurs coups, et à Fabrice Per­lin qu’ils ont griè­ve­ment bles­sé, sur le par­king des Bordes où tous ré­si­daient.

Le fos­sé qui sé­pare les deux ac­cu­sés ap­pa­raît de ma­nière fla­grante, ce mer­cre­di, de­vant la cour d’as­sises du Loi­ret.

Des ex­cuses

Vê­tu d’une che­mise blanche, Fabrice Bret­te­nac, 55 ans, ré­clame la pa­role, au tout dé­but du pro­cès, pour s’adres­ser à la fille du dé­funt et à Fabrice Per­lin. « Je vou­drais pré­sen­ter mes ex­cuses pour les vio­lences et la mort de M. Rug­ge­ri. Je sais, ajou­tet­il la gorge nouée, que ces ex­cuses ne ra­mè­ne­ront pas M. Rug­ge­ri, ni ne fe­ront ou­blier à Fabrice Per­lin les vio­lences qu’il a su­bies. Mais je veux qu’ils sachent que je suis sin­cè­re­ment dé­so­lé de ce qui s’est pas­sé ».

À l’autre ex­tré­mi­té du box des ac­cu­sés, se tient Ké­vin Fleu­ry, un gar­çon roux de 31 ans, qui ar­bore un tee­shirt noir bar­ré de la na­vrante ins­cr ip­tion « Dark spi­rit » (*).

Les vio­lences ? Il conti­nue de les nier. De­vant l’ex­pert psy­chiatre, qui n’a re­le­vé au­cune ano­ma­lie men­tale chez les ac­cu­sés, il a im­pu­té l’en­semble des coups por­tés aux vic­times à Bret­te­nac. Et semble en­clin à se main­te­nir dans ce po­si­tion­ne­ment.

Un abîme

Rien, dé­ci­dé­ment, ne re­lie ces deux hommes, à part ce drame al­coo­li­sé qui leur fait en­cou­rir vingt ans de ré­clu­sion.

Un abîme sé­pare leur his­toire in­time. De son en­fance à Si­gloy, Ke­vin Fleu­ry dit avoir conser­vé de bons sou­ve­nirs. Même si la sé­pa­ra­tion de ses pa­rents a quelque peu per­tur­bé son ado­les­cence, « c’est quel­qu’un de pa­ci­fique », s’em­presse d’in­di­quer le frère de l’ac­cu­sé.

« Il est tê­tu, ner­veux, im­pul­sif et ne connaît pas ses li­mites », ont dit d’autres membres de sa fa­mille. « Uni­que­ment quand on vient me cher­ cher. Faut pas m’em­bê­ter, c’est tout. Quand on me cherche, on me trouve », rec­ti­fie Ké­vin Fleu­ry.

L’itinéraire per­son­nel de Fabrice Bret­te­nac s’ins­crit dans un che­mi­ne­ment tra­gique. Il a 4 ans quand il dé­couvre le corps de sa mère su­bi­te­ment dé­cé­dée. Son père, lé­gion­naire, est in­ca­pable de prendre en charge ses huit en­fants.

Jus­qu’à sa ma­jo­ri­té, le pe­tit gar­çon est brin­que­ba­lé de foyers en fa­mille d’ac­cueil. Puis, c’est la rue, la chute dans l’al­cool et les pe­tits vols pour man­ger.

Il change sou­vent de mé­tier. Et de ré­gion. Car, ce père de six en­fants, is­sus de plu­sieurs unions, veut conti­nuer à suivre de près l’édu­ca­tion de sa der­nière fille. C’est dans ce contexte qu’il a re­joint Sal­bris (Loir­et­Cher). Me­na­cé d’ex­pul­sion, il a trou­vé re­fuge au cam­ping des Bordes en 2012.

Ceux qui l’ont cô­toyé le dé­crivent comme un homme « calme, ser­viable sé­rieux, crain­tif, pas violent ». À l’op­po­sé du com­por­te­ment qu’il a adop­té cette fa­meuse nuit.

(*) Es­prit sombre.

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