Etei­gnons les feux pour en­fin voir les étoiles

La République du Centre (Orleans) - - La Une - Da­vid Creff

■ LOI­RET. Comment re­trou­ver la ma­gie d’une nuit noire pré­ser­vée de toute lu­mière ar­ti­fi­cielle et évi­ter le gas­pillage ? C’est tout l’en­jeu de l’opé­ra­tion de sen­si­bi­li­sa­tion Le jour de la nuit, ce soir. ■ ANI­MA­TIONS. Ba­lade noc­turne à Saint­Jean­de­Braye, obs­cu­ri­té par­tielle à Jar­geau… Deux villes s’as­so­cient à l’évé­ne­ment. D’autres, comme à Mel­le­roy, jouent le jeu toute l’an­née.

Im­pos­sible de lis­ter les com­munes ver­tueuses, ou non, dans le Loi­ret, au re­gard des dé­penses d’éner­gie tou­chant à l’éclai­rage pu­blic. Reste que si la ten­dance aux éco­no­mies est réelle, les moyens de les at­teindre re­lèvent de dé­ci­sions pas tou­jours fa­ciles à prendre.

Le Jour de la nuit, vous connais­sez ? Mais si, cette opé­ra­tion de sen­si­bi­li­sa­tion aux pol­lu­tions lu­mi­neuses, pro­tec­tion de la bio­di­ver­si­té noc­turne et du ciel étoi­lé de re­tour en France ce soir (lire par

ailleurs). L’oc­ca­sion de se pen­cher sur l’état des nuits loi­ré­taines. Alors, sont­elles trop éclai­rées ? Vo­races en éner­gie jus­qu’à en de­ve­nir as­sas­sines de la voie lac­tée ?

Sans doute étaient­elles ju­gées ain­si à Châ­teau­Re­nard, où, voi­ci un an, « l’en­semble de notre parc d’éclai­rage pu­blic ache­vait sa ré­no­va­tion », rem­bo­bine le pre­mier ad­joint Ber­nard Sau­ve­grain, au su­jet des 660 points lu­mi­neux de la ville. Tous pas­sés sous le ré­gime éco­no­mique de la Led, pi­lo­tée à dis­tance par douze hor­loges as­tro­no­miques, per­ met­tant une prise de contrôle mu­ni­ci­pale du parc. Aus­si a­t­on dé­ci­dé, là­bas, « de bais­ser, dès 22 heures, l’in­ten­si­té de l’éclai­rage de 40 %. Comme on reste al­lu­mé, et que la va­ria­tion est in­fime à l’oeil nu, les ha­bi­tants n’ont pas trou­vé à re­dire », pré­cise l’élu, ta­blant sur une ré­duc­tion d’un tiers de la fac­ture EDF.

Tout près de là, si Mel­le­roy, 510 âmes, a bé­né­fi­cié du même pro­gramme de re­prise de son éclai­rage pu­blic (ini­tié par feue la com­com de Châ­teau­Re

nard), sa po­li­tique de la nuit est pour­tant d’un autre ordre. Plus ra­di­cale. « Oh, ça ne date pas d’hier, se sou­vient le maire Ja­cky Suard. La dé­ci­sion de tout éteindre re­monte à 2003. » Le vil­lage bas­cule donc sys­té­ma­ti­que­ment de­puis dans le noir to­tal entre 22 heures et 6 h 30, sauf le sa­me­di soir, ce­lui de la bringue à la salle po­ ly­va­lente. Plus à l’ouest, dans la mé­tro­pole or­léa­naise, Semoy, Ché­cy, Saint­De­nis­en­Val, Bou ou en­core Com­bleux ont aus­si choi­si plus ré­cem­ment l’op­tion « bla­ckout ». Et ne semblent pas le re­gret­ter.

Mais une telle dé­ci­sion peut par­fois ve­nir se heur­ter à l’in­com­pré­hen­sion vil­la­geoise. Comme à Neu­ville­aux­Bois, où on ex­pé­ri­mente l’ex­tinc­tion to­tale de­puis juin. « Non, ça ne me plaît pas, confie ce com­mer­çant. Le wee­kend, il y a une vie ici après mi­nuit. Tout éteindre donne une im­pres­sion de se­mi­couvre­feu, pas bonne du tout pour l’image de la com­mune. Et puis, ce­la gé­nère aus­si un sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té au sein de la po­pu­la­tion ».

Un res­sen­ti qu’a sou­vent pu ob­ser­ver le char­gé de mis­sion cli­mat­éner­gie du Pays Gâtinais, Sé­bas­tien Cau­bet. « Là où l’on pra­tique l’ex­tinc­tion noc­turne, il peut, en ef­fet, y avoir un sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té qui s’ins­talle, dou­blé de ce­lui que c’est en­core un ser­vice qui dis­pa­raît. » Il pré­cise qu’à sa connais­sance, au­cune cor­ré­la­tion n’a ja­mais pu être éta­blie entre une re­cru­des­cence de de­ meures vi­si­tées, par exemple, et le re­tour de la nuit pure dans la com­mune.

Les ver­tus de la nuit

Mais entre la cou­pure nette et la mo­du­la­tion d’in­ten­si­té, il existe une voie mé­diane, em­me­nant, elle aus­si, sur le che­min ver­tueux des éco­no­mies d’éner­gie : celle dite du dé­tec­teur de pré­sence. On en trou­ve­ra par exemple bien­tôt dans cer­tains sec­teurs de La Fer­té­SaintAu­bin, comme ça se fait dé­jà dans au moins deux rues d’Oli­vet. Gare ce­pen­dant à l’am­biance stro­bo­scope dans la chambre, en cas de vo­lets mal fer­més.

Il faut aus­si sa­voir « qu’en France, l’éclai­rage pu­blic re­pré­sente plus de 40 % des consom­ma­tions élec­triques d’une com­mune, pe­tite ou grande », ob­serve cet in­gé­nieur à l’Ademe Centre­Val de Loire. « Il y a là un le­vier d’éco­no­mies fa­ci­le­ment ac­ces­sible », es­time Da­vid Ma­gnier, au nom de son agence en­cou­ra­geant les diag­nos­tics com­mu­naux au ni­veau des vieux parcs éclai­rants. « Tout comme l’ex­tinc­tion de nuit ».

Soit une dé­ci­sion po­li­tique ra­re­ment po­pu­laire, « et qu’un maire doit tou­jours évi­ter de prendre sans s’être concer­té avec ses ad­mi­nis­trés ».

S’il est vrai que le re­tour de la nuit dans sa ville est loin d’être un fait ano­din, il au­ra aus­si, on l’ignore trop sou­vent, bien des ver­tus : celles de faire bais­ser les im­pôts, d’un som­meil meilleur loin du lam­pa­daire tout contre sa chambre ou celle du re­tour de la bio­di­ver­si­té près de chez vous. Et puis, à quand re­monte la der­nière fois qu’ont vrai­ment brillé les étoiles au­des­sus de vos têtes ?

Un sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té et de ser­vice qui dis­pa­raît

PHO­TO ÉRIC MALOT

PHO­TO PAS­CAL PROUST

SEMOY. La com­mune de l’ag­glo­mé­ra­tion or­léa­naise a fait le choix d’éteindre son éclai­rage pu­blic la nuit, au nom des éco­no­mies d’éner­gie et de la pré­ser­va­tion de l’en­vi­ron­ne­ment.

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