Toute une ville des­cend dans la rue

■ Aux len­de­mains de l’Ar­mis­tice, un mou­ve­ment de liesse spon­ta­né dans la ci­té jo­han­nique

La République du Centre (Orleans) - - Centenaire de l'Armistice -

Dans les jours qui ont sui­vi la fin du conflit, les Or­léa­nais ont ma­ni­fes­té leur joie dans le centre-ville. Le Jour­nal du Loi­ret était le té­moin de ces heures his­to­riques.

La si­gna­ture de l’Ar­mis­tice est im­mi­nente… L’édi­tion du 11 no­vembre du Jour­nal du Loi­ret in­dique que la mu­ni­ci­pa­li­té d’Or­léans a de­man­dé aux prêtres de se te­nir prêts à son­ner les cloches.

L’édi­tion du 13 no­vembre du même quo­ti­dien re­late les heures qui ont sui­vi l’an­nonce de la si­gna­ture. « Pen­dant tout l’après­mi­di (du 11 no­vembre, ndlr) et jus­qu’à une heure as­sez avan­cée de la nuit, l’animation fut vive dans notre ville », peut­on lire.

Des dra­peaux, des lam­pions

Un groupe de ly­céens a dé­co­ré la sta­tue de Jeanne d’Arc. Des ou­vrières ont en­va­hi avec des dra­peaux fran­çais et al­liés les rues Royale et de la Ré­pu­blique. En dé­but de soi­rée, de jeunes gens ont dé­fi­lé avec des lam­pions en chan­tant la Mar­seillaise ou la Ma­de­lon. La gare, la poste et l’hô­tel de Ville ont été illu­mi­nés. En soi­rée, un bal est im­pro­vi­sé sur la place du Mar­troi.

La jour­née du 12 n’est pas moins ani­mée. Le Jour­nal du Loi­ret si­gnale que des en­fants mu­nis de bi­dons, dont ils usaient comme s’il s’agis­sait de tam­bours, ont dé­fi­lé dans les rues, toutes lar­ge­ment pa­voi­sées. La mu­sique mi­li­taire amé­ri­caine a don­né un concert au kiosque du bou­le­vard Alexan­dreMar­tin puis elle a, à son tour, dé­fi­lé dans le coeur d’Or­léans.

Pour­suite des ré­jouis­sances le 13 no­vembre : des sol­dats pro­mènent une ef­fi­gie de l’em­pe­reur Guillaume II, qu’ils brû­ lent sur la place du Mar­troi. En soi­rée, nou­velle re­traite aux flam­beaux avec les mu­siques mi­li­taires amé­ri­caine et fran­çaise. La foule est très dense : on se marche sur les pieds. Les of­fi­ciers sont re­çus en mai­rie. La po­pu­la­tion veut en être. Le maire l’au­to­rise à en­trer : dans les sa­lons, on se bous­cule !

Le re­tour par­fois ra­pide des pri­son­niers

L’Ar­mis­tice, c’est le re­tour des pri­son­niers fran­çais. Re­tour par­fois ra­pide : 800 d’entre eux sont de re­tour à Or­léans dès le 21 no­vembre et, la veille dé­jà, 27 autres avaient été ra­pa­triés. Ce­pen­dant, aver­tissent les ad­mi­nis­tra­tions, ces re­tours vont pe­ser lour­de­ment sur les trans­ports : il faut donc s’at­tendre à ce qu’il ne soit pas simple de trou­ver une place dans le train !

D’au­tant que dans ces trains cir­culent aus­si les pri­son­niers al­le­mands, pour les­quels le re­tour n’est qu’une échéance loin­taine : 300 d’entre eux sont de pas­sage en gare d’Or­léans le jour même de l’Ar­mis­tice. Des­ti­na­tion : le camp des Groues. Le Jour­nal du Loi­ret in­dique que cer­tains de ces pri­son­niers se­ront af­fec­tés aux cor­vées dans les ca­sernes. Ils au­ront droit quo­ti­dien­ne­ment à 400 grammes de pain et 90 grammes de viande : da­van­tage que ce dont bé­né­fi­ciaient les sol­dats fran­çais pri­son­niers en Al­le­magne, pré­cise­t­il. ■

ARCHIVES DÉ­PAR­TE­MEN­TALES DU LOI­RET, 22 FI 181.

DÉ­FI­LÉ. Les poi­lus ont pa­ra­dé dans les rues d’Or­léans (ici en août 1919).

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