« Je cher­chais un rôle fort, bor­der­line »

■ La co­mé­dienne Anne Pa­rillaud est à l’af­fiche du Ca­do, à par­tir de ce soir, avec la pièce Le Lau­réat

La République du Centre (Orleans) - - Orléans Culture - Ju­lie Pou­let-Se­vestre ju­lie.pou­[email protected]­tre­france.com

Sur la scène du Théâtre jus­qu’au 25 jan­vier, la co­mé­dienne in­carne Mrs Ro­bin­son. Un nou­veau dé­fi pour Anne Pa­rillaud, mise en scène par Sté­phane Cot­tin.

Brillant élève tout juste di­plô­mé, Ben­ja­min Bra­dock (Ar­thur Fen­wick) rentre en Ca­li­for­nie pour fê­ter son suc­cès en fa­mille. Lors de la ré­cep­tion or­ga­ni­sée par ses pa­rents en son hon­neur, Mrs Ro­bin­son, ayant plus de deux fois l’âge de l’étu­diant, dé­cide d’édu­quer le jeune homme…

Pour­quoi avoir at­ten­du si long­temps pour re­mon­ter sur les planches ?

Je n’ai eu qu’une seule ex­pé­rience théâ­trale et il s’est avé­ré, étran­ge­ment, qu’elle n’a pas été aus­si en­thou­sias­mante que ça. La pièce a été un énorme suc­cès, on a joué pen­dant neuf mois, mais j’ai trou­vé ça trop long. Je te­nais le rôle de la fille de Jeanne Mo­reau et c‘est elle qui avait le rôle prin­ci­pal… Je crois que ce n’était pas mon uni­vers et, à l’époque, je me suis plus épa­nouie dans le ci­né­ma. Les films se sont en­chaî­nés et le théâtre n’est plus in­ter­ve­nu.

En fait, j’avais très peur du théâtre, je trou­vais ça ef­frayant. J’avais peur du texte, du rap­port avec le pu­blic, ce n’était pas mon monde, je ne me sen­tais pas lé­gi­time. Et puis, il y a cinq ou six ans, le dé­sir a en­fin sup­plan­té la peur : quelque chose se des­sine de nou­veau dans mon ins­pi­ra­tion. J’avais en­vie d’un nou­veau dé­fi, de m’es­sayer à autre chose.

Pour­quoi avoir dit oui au rôle de Mrs Ro­bin­son ?

Je cher­chais un rôle fort, un peu bor­der­line, et à la fois, je ne vou­lais pas in­car­ner le rôle­titre d’une pièce pour dé­mar­rer : Mrs Ro­bin­son était par­faite. C’est une femme trans­gres­sive avec une âme déses­pé­rée, et, en même temps, qui pos­sède une in­tel­li­gence et un re­gard ex­trê­me­ment lu­cide sur la so­cié­té qui l’en­toure. D’ailleurs, c’est pour ce­la qu’elle est de­ve­nue al­coo­lique. Sous ses al­lures de femme fa­tale, c’est quel­qu’un de désa­bu­sé et d’abî­mé : j’aime ces di­cho­to­mies.

Je cher­chais aus­si le ta­ lent d’un met­teur en scène qui se­rait ca­pable de me di­ri­ger. Quand Sté­phane Cot­tin m’a pré­sen­té le rôle et ex­pli­qué ce qu’il en­vi­sa­geait, j’ai été sé­duite par sa pro­po­si­tion et par lui. Il a une sen­si­bi­li­té, une poé­sie, une élé­gance dans sa mise en scène. Je sa­vais qu’il al­lait sa­voir gé­ rer aus­si bien le gla­mour que la souf­france et la déses­pé­rance, l’hu­mour et le drame… C’était im­por­tant pour moi.

« Le ta­lent d’un met­teur en scène »

Avez-vous eu le trac avant de mon­ter sur scène ?

Je l’ai tou­jours. Mais de ter­ro­ri­sant, mon trac est de­ve­nu gal­va­ni­sant. J’ai cette peur ab­so­lue d’être sur scène et, en même temps, il y a comme une transe, une jouis­sance quand le ri­deau se lève. Il faut sa­voir l’uti­li­ser, c’est un vrai mo­teur.

Quelques mots sur les co­mé­diens qui vous ac­com­pagnent sur scène.

Ils sont d’une aide in­com­men­su­rable parce que je suis la no­vice de l’équipe. Je me sens très en­tou­rée, pro­té­gée même, dans ce co­con d’ac­teurs de théâtre. Ça m’a per­mis de me li­bé­rer. Il y a une en­tente ma­gni­fique, beau­coup de bien­veillance et de so­li­da­ri­té. C’est as­sez dif­fé­rent du ci­né­ma… ■

➔ Pra­tique. Du 9 au 25 jan­vier, au Théâtre. Ta­rif : 39 € (TR : 35 €, 12 €). Tél. Ca­do : 02.38.54.29.29.

PHO­TO CH­RIS­TELLE GAUJARD

SULFUREUSE. Après avoir fui le théâtre, Anne Pa­rillaud re­trouve les planches dans le rôle de Mrs Ro­bin­son.

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