Brest

Mise en ser­vice du pre­mier té­lé­phé­rique ur­bain de France

La Revue des Collectivités Locales - - Initiatives Locales -

C’est non sans fier­té que le maire de Brest, Fran­çois Cuillandre, inau­gu­rait le 19 no­vembre der­nier dans sa ville le pre­mier té­lé­phé­rique ur­bain uti­li­sé en France comme moyen de trans­port ur­bain et non comme « vé­hi­cule » de loi­sirs. Cet ou­vrage de 460 mètres per­met de dé­jouer dif­fé­rentes contraintes — le fran­chis­se­ment de la Pen­feld et le ti­rant d’air de 48 mètres pour les be­soins de la base na­vale — au meilleur coût : 19 M€ à com­pa­rer au coût d’un pont es­ti­mé à près de 100 M€. Il per­met de re­lier en­core un peu plus les deux rives de la Pen­feld, et sur­tout de créer une liai­son di­recte avec le pla­teau des Ca­pu­cins, pres­qu’île ur­baine au coeur de Brest où ha­bi­tats, dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, loi­sirs et culture co­ha­bi­te­ront pro­chai­ne­ment. « Ce mode de trans­port est une né­ces­si­té et s’est im­po­sé afin de des­ser­vir au mieux le quar­tier des Ca­pu­cins. Ce­la per­met à tout ce quar­tier d’avoir une liai­son di­recte avec le cen­tre­ville. On ne fait que com­men­cer à écrire la nou­velle his­toire des Ca­pu­cins, qui s’ins­crit dans un temps long. En somme les Ca­pu­cins vont par­ti­ci­per à ré­vé­ler Brest à elle-même. Les Bres­tois se ren­dront compte que la ville pos­sède un pa­tri­moine in­té­res­sant qui ne se borne pas à son châ­teau et la Tour Tanguy, mais aus­si que Brest pos­sède de mul­tiples po­ten­tia­li­tés que les Ca­pu­cins vont contri­buer à ren­for­cer », a dé­cla­ré Fran­çois Cuillandre. Re­lié au tram­way, le té­lé­phé­rique est in­té­gré au ré­seau de trans­port pu­blic de Brest mé­tro­pole. Avec un titre de trans­port unique, le pas­sa­ger pour­ra uti­li­ser in­dif­fé­rem­ment et consé­cu­ti­ve­ment le bus, le tram et le té­lé­phé­rique. C’est le ges­tion­naire des bus et du tram­way de Brest mé­tro­pole, Bi­bus, ex­ploi­té par Keo­lis Brest, qui se­ra éga­le­ment en charge du té­lé­phé­rique. Des per­son­nels de Bi­bus ont, à cet ef­fet, sui­vi des for­ma­tions à Val Tho­rens et au Pic du Mi­di sur l’ex­ploi­ta­tion et la main­te­nance d’un ou­vrage équi­valent. En­tiè­re­ment au­to­ma­ti­sé, le té­lé­phé­rique est pi­lo­té de­puis le poste de com­mande cen­tra­li­sé du tram­way si­tué à 5 km du site d’ex­ploi­ta­tion.

Des prouesses tech­no­lo­giques

Pas­sage des ca­bines l’une au-des­sus de l’autre, smart­glass et su­per­ca­pa­ci­tés : ce té­lé­phé­rique in­tègre les der­nières tech­no­lo­gies pour une in­ser­tion ur­baine fa­ci­li­tée et un coût éner­gé­tique plus faible. Dès le ca­hier des charges, Brest mé­tro­pole avait en­cou­ra­gé une mo­to­ri­sa­tion per­met­tant la ré­cu­pé­ra­tion d’éner­gie. Cet ob­jec­tif est at­teint grâce no­tam­ment à la forme en cir­con­flexe de la ligne de câble qui s’y prête bien. La phase de des­cente des ca­bines consti­tue une source d’éner­gie qui est sto­ckée dans des « su­per­ca­pa­ci­tés » au nombre de 14. Du­rant la phase d’as­cen­sion, les « su­per­ca­pa­ci­tés » puis le ré­seau élec­trique ali­mentent la mo­to­ri­sa­tion. Du­rant la phase de des­cente, l’éner­gie créée est em­ma­ga­si­née avant d’être réuti­li­sée au cycle sui­vant. La phase d’as­cen­sion uti­lise ma­jo­ri­tai­re­ment l’éner­gie is­sue du sys­tème de sto­ckage. Ce sys­tème de ré­cu­pé­ra­tion éner­gé­tique est donc un

atout à deux ni­veaux : sur le plan en­vi­ron­ne­men­tal par sa so­brié­té éner­gé­tique et au ni­veau éco­no­mique puis­qu’il per­met de ré­duire les coûts élec­triques. L’en­vi­ron­ne­ment so­nore a été pris en compte avec une vraie re­cherche de ré­duc­tion du bruit des mo­teurs. Ain­si, l’ha­bi­tuel re­froi­dis­se­ment par air a été rem­pla­cé par un re­froi­dis­se­ment par eau. Un choix avan­ta­geux puisque le bruit cau­sé par le sys­tème de ven­ti­la­tion est éli­mi­né et l’en­ve­loppe conte­nant le li­quide né­ces­saire au re­froi­dis­se­ment at­té­nue les bruits des mo­teurs eux-mêmes. Le ni­veau so­nore est donc d’à peine 45 dé­ci­bels, com­pa­rable à ce­lui de bu­reaux par exemple. Cô­té sé­cu­ri­té, le té­lé­phé­rique, qui n’est pas plus sen­sible au vent que les autres sys­tèmes de trans­port, fonc­tionne jus­qu’à 108 km/h de vent et ne ra­len­ti­ra sa vi­tesse qu’à par­tir de 70 km/h de vent. Par com­pa­rai­son, le tram­way est ar­rê­té sur le pont de Re­cou­vrance à par­tir de 100 km/h de vent. Moins d’une quin­zaine d’évé­ne­ments au de­là de 100 km/h ont été re­cen­sés entre 2010 et 2015.

Un trans­port au­to­nome

La construc­tion du té­lé­phé­rique ur­bain de Brest fait par­tie des 4 pro­jets sé­lec­tion­nés de l’ap­pel à pro­jets Trans­ports col­lec­tifs et mo­bi­li­té du­rable lan­cé en 2013 par le mi­nis­tère de l’en­vi­ron­ne­ment. Sa mise en ser­vice a été fa­ci­li­tée par la pu­bli­ca­tion d’une or­don­nance sur les trans­ports ur­bains par câble dans la­quelle le mi­nis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment a consi­dé­ra­ble­ment sim­pli­fié les règles de sur­vol des ter­rains pri­vés. L’une des spé­ci­fi­ci­tés des ca­bines, le vi­trage « smart­glass » uti­li­sé, consti­tue une nou­velle prouesse tech­no­lo­gique. Au dé­part de la tra­ver­sée de­puis la rive gauche, une par­tie de la pa­roi in­terne cô­té nord s’oc­cul­te­ra pen­dant quelques se­condes. Ce sys­tème per­met­tra d’évi­ter les vues in­tru­sives de quelques bâ­ti­ments si­tués en zone mi­li­taire. Le pro­cé­dé ap­pe­lé « smart­glass » consiste à ac­ti­ver des cris­taux li­quides par im­pul­sion élec­trique dans l’épais­seur même du verre feuille­té. Il a été dé­ve­lop­pé spé­ci­fi­que­ment pour le té­lé­phé­rique bres­tois.

Grâce aux évo­lu­tions lé­gis­la­tives por­tées par Brest mé­tro­pole, le té­lé­phé­rique ur­bain de Brest est ex­ploi­té au­to­ma­ti­que­ment. Il ne né­ces­site pas de per­son­nel sur site en conti­nu. Grâce à l’ins­tal­la­tion de sys­tèmes de vidéoprotection et d’in­ter­pho­nie qui per­mettent d’en­trer en con­tact di­rec­te­ment avec un opé­ra­teur du ré­seau Bi­bus, les ca­bines peuvent voya­ger sans ca­bi­nier. Une pré­sence se­ra as­su­rée au dé­mar­rage, à la fer­me­ture du sys­tème, ré­gu­liè­re­ment en jour­née et ren­for­cée en soi­rée.

Le té­lé­phé­rique bres­tois a ou­vert la voie. Se­lon la mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment, huit autres villes fran­çaises, no­tam­ment Or­léans, Tou­louse et Gre­noble, ré­flé­chi­raient à des pro­jets si­mi­laires. Sé­go­lène Royal a an­non­cé un nou­vel ap­pel à pro­jets pour dé­ve­lop­per les trans­ports propres par câble en ville. •

Le té­lé­phé­rique de Brest a été inau­gu­ré le 19 no­vembre 2016.

Sé­go­lène Royal, mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment était pré­sente au cô­té de Fran­çois Cuillandre, pré­sident de Brest mé­tro­pole, pour l’inau­gu­ra­tion du té­lé­phé­rique ur­bain.

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