L’ou­ver­ture à la concur­rence des ser­vices fer­ro­viaires sur les rails

La Revue des Collectivités Locales - - Focus - Pa­trice Re­meur

Les Ré­gions lancent leurs tra­vaux pour la pré­pa­ra­tion de l’ex­pé­ri­men­ta­tion de l’ou­ver­ture à la concur­rence des ser­vices fer­ro­viaires ré­gio­naux de voya­geurs en 2023 », a-t-on ap­pris dans un com­mu­ni­qué de Ré­gions de France le 10 no­vembre 2016. L’As­so­cia­tion an­nonce en­ga­ger dès à présent ses ré­flexions, « afin de ré­flé­chir aux mo­da­li­tés pra­tiques de mise en oeuvre de cette ex­pé­ri­men­ta­tion ain­si qu’à ses consé­quences et ses mo­da­li­tés d’éva­lua­tion ».

L’ou­ver­ture du mar­ché du trans­port de voya­geurs à de nou­veaux ar­ri­vants dès dé­cembre 2019 est ins­tau­rée dans le cadre du qua­trième pa­quet eu­ro­péen fer­ro­viaire. Ces textes, qui doivent être ap­pli­qués au plus tard en 2023, re­posent sur deux pi­liers. L’un est tech­nique et porte sur la sé­cu­ri- té et l’in­ter­opé­ra­bi­li­té fer­ro­viaire. Il a été adop­té par le Con­seil et le Par­le­ment eu­ro­péen. Il vise à sim­pli­fier et à abais­ser les coûts, comme à amé­lio­rer l’ac­cès des trains aux autres ré­seaux eu­ro­péens.

L’autre pi­lier est po­li­tique et porte quant à lui sur l’or­ga­ni­sa­tion des sec­teurs fer­ro­viaires eu­ro­péens et les mo­da­li­tés d’ou­ver­ture à la concur­rence des ser­vices na­tio­naux. Il fait l’ob­jet d’échanges entre le Con­seil et le Par­le­ment eu­ro­péen pour abou­tir à un com­pro­mis fi­nal pro­chai­ne­ment.

Évi­ter toute évo­lu­tion bru­tale

An­ti­ci­pant ce cadre, les Ré­gions ré­clament une loi d’ex­pé­ri­men­ta­tion pour mettre en oeuvre une pé­riode de tran­si­tion entre 2019 et 2023, pen­dant la­quelle les États membres pour­ront per­mettre des pro­cé­dures d’ad­ju­di­ca­tion par ap­pels d’offres no­tam­ment.

Ain­si, la mise en oeuvre d’un cadre ex­pé­ri­men­tal en France don­ne­rait la pos­si­bi­li­té de tes­ter le dis­po­si­tif tout en res­pec­tant les ob­jec­tifs de mise en oeuvre de la pé­riode de tran­si­tion, qui per­met de faire co­ha­bi­ter le sys­tème ac­tuel d’at­tri­bu­tion di­recte des conven­tions d’ex­ploi­ta­tions à SNCF, et un sys­tème d’ap­pels d’offres. La pré­pa­ra­tion à ces textes « doit conduire à évi­ter toute évo­lu­tion bru­tale du sec­teur qui se­rait se­lon toute vrai­sem­blance né­faste pour l’en­semble des ac­teurs du sys­tème fer­ro­viaire », pré­vient Ré­gions de France.

Ce com­mu­ni­qué est donc un rap­pel des Ré­gions au gou­ver­ne­ment qui s’était en­ga­gé à pro­po­ser une loi d’ex­pé­ri­men­ta­tion avant la fin de la man­da­ture. Au prin­temps 2016, Ma­nuel Valls, Pre­mier mi­nistre, et Phi­lippe Ri­chert, pré­sident de Ré­gions de France, ont lan­cé une pla­te­forme com­mune d’en­ga­ge­ments afin de ren­for­cer les com­pé­tences des Ré­gions. Plu­sieurs points sur le vo­let trans­ports et mo­bi­li­té ont été ac­tés le 27 juin 2016.

Les Ré­gions de­viennent les au­to­ri­tés or­ga­ni­sa­trices

Les Ré­gions au­ront tous les le­viers de pi­lo­tage pour conduire leurs po­li­tiques de mo­bi­li­té, en par­ti­cu­lier en ma­tière de trans­port fer­ro­viaire. Elles de­vien­dront ain­si des au­to­ri­tés or­ga­ni­sa­trices de trans­port de plein exer­cice. Elles pour­ront dé­ci­der plei­ne­ment de leur ta­rif TER, faire ap­pel à un autre opé­ra­teur que SNCF pour les Ré­gions vo­lon­taires sur quelques lignes.

Elles au­ront, sous cer­taines condi­tions, la pos­si­bi­li­té de re­prendre avec un ac­com­pa­gne­ment fi­nan­cier de l’État, les lignes de trains d’équi­libre du ter­ri­toire (TET). Celles-ci présentent de­puis long­temps un dé­fi­cit d’ex­ploi­ta­tion. Les Ré­gions conven­tion­nées pour­ront pré­sen­ter dans un dis­po­si­tif de com­pen­sa­tion les dé­fi­cits et les be­soins d’in­ves­tis­se­ments sur le ma­té­riel rou­lant et in­fra­struc­tures.

Les Ré­gions dé­clarent être prêtes. D’ores-et-dé­jà, la région Paca a an­non­cé s’en­ga­ger pour l’ac­cé­lé­ra­tion de l’ou­ver­ture à la concur­rence dès 2019. La région

Grand Est et Nor­man­die se­raient éga­le­ment vo­lon­taires.

Des fac­teurs de mu­ta­tions

Plu­sieurs fac­teurs amènent le sec­teur à cette ré­forme. La trans­for­ma­tion du trans­port rou­tier, avec des avan­cées tech­no­lo­giques of­frant de nou­veaux usages ou des amé­lio­ra­tions en­vi­ron­ne­men­tales, a do­pé ce mode de trans­port et le sec­teur.

Le dé­ve­lop­pe­ment du low cost dans le sec­teur aé­ro­nau­tique, les mo­bi­li­tés col­la- bo­ra­tives telles le co­voi­tu­rage ou l’au­to­par­tage, donnent un nou­veau souffle aux trans­ports et viennent éga­le­ment concur­ren­cer le train.

Les ré­centes ini­tia­tives de ser­vices pri­vés de cars re­pré­sentent pour le che­min de fer une me­nace réelle. En­fin, l’ou­ver­ture à la concur­rence est mise en oeuvre dans plu­sieurs pays eu­ro­péens (Royaume-Uni, Al­le­magne, Suède et Da­ne­mark…) et a mon­tré un in­té­rêt.

Par ailleurs, la concur­rence in­tra­mo­dale du ré­seau fer­ré, se­lon un rap­port d’in­for­ma­tion por­tant sur la ré­forme fer­ro­viaire pré­sen­té par les dé­pu­tés Gilles Sa­va­ry et Ber­trand Pan­cher, dé­montre « qu’elle per­met­trait d’en­vi­sa­ger, sans pré­ju­dice pour la sé­cu­ri­té des cir­cu­la­tions, de no­tables ré­duc­tions des coûts de pro­duc­tion, es­ti­més à 30 % par le rap­port pu­blié en 2011 par M. Fran­cis Gri­gnon, sé­na­teur du Bas-Rhin, et au­jourd’hui au­tour de 15 à 20 %, per­met­tant d’amé­lio­rer sen­si­ble­ment la com­pé­ti­ti­vi­té du rail par rap­port à ses concur­rents mo­daux ».

Autre élé­ment. Les en­tre­prises qui

cir­culent au­jourd’hui sur le ré­seau fer­ré de France qui concur­rencent Fret SNCF ont ga­gné des parts de mar­chés. Elles ré­pondent à une de­mande et re­pré­sentent dé­sor­mais 39 % du trans­port fer­ro­viaire de mar­chan­dises.

Il est par ailleurs éga­le­ment as­sez éton­nant de consta­ter qu’un usa­ger du train qui voyage sur la ligne Brest-Quim­per met 1 h 40 pour réa­li­ser soixante-dix ki­lo­mètres ! Un tra­jet Nantes-Rennes, soit 113 km, prend 1h40 en train contre 1h25 en co­voi­tu­rage. Un Bor­deaux-Nice est ef­fec­tué en 10 h 30, contre 7h 15 en co­voi­tu­rage.

Le che­min de fer est stra­té­gique

Ce­pen­dant, le rail reste la co­lonne ver­té­brale de la mo­bi­li­té. « Sur le mar­ché de la mo­bi­li­té des per­sonnes, il reste in­éga­lable, non “concur­ren­çable”, non sub­sti­tuable, et sans doute pro­mis à un grand ave­nir en ma­tière de “trans­port en com­mun” ( mass tran­sit), c’est-à-dire de tra­jets do­mi­cile-tra­vail quo­ti­diens, et d’ac­cès aux coeurs d’ag­glo­mé­ra­tions en proie à des conges­tions rou­tières crois­santes et dif­fi­ci­le­ment com­pres­sibles. La région pa­ri­sienne en consti­tue l’il­lus­tra­tion la plus pré­gnante par la confi­gu­ra­tion ur­baine et par la masse d’usa­gers concer­nés. Elle est la seule à ac­quit­ter le coût com­plet d’in­fra­struc­tures », ex­plique le rap­port d’in­for­ma­tion sur la ré­forme fer­ro­viaire. Se­lon le Livre blanc de la Com­mis­sion eu­ro­péenne sur les trans­ports de 2011, « d’ici à 2050, le trans­port de voya­geurs sur moyenne dis­tance de­vrait ma­jo­ri­tai­re­ment s’ef­fec­tuer en train. Ce trans­fert mo­dal contri­bue­rait à la réa­li­sa­tion de l’ob­jec­tif de 20 % de ré­duc­tion des émis­sions de gaz à ef­fet de serre pré­vu par la stra­té­gie Eu­rope 2020 » .

Des in­for­ma­tions dé­ve­lop­pées dans le rap­port stra­té­gique d’orien­ta­tion, pré­sen­té le 14 sep­tembre 2016 par le gou­ver­ne­ment au Haut co­mi­té du sys­tème de trans­port fer­ro­viaire, illustre pré­ci­sé­ment la place du train et son im­por­tance dans le tra­fic voya­geurs au sein de l’Hexa­gone. « En ordre de gran­deur, l’offre TER re­pré­sente 7 500 trains quo­ti­diens qui trans­portent en­vi­ron 1 mil­lion de voya­geurs par jour pour un chiffre d’af­faires an­nuel de l’ordre de 4 mil­liards d’eu­ros ; l’offre Tran­si­lien re­pré­sente plus de 6 000 trains quo­ti­diens qui trans­portent en­vi­ron 3 mil­lions de voya­geurs pour un chiffre d’af­faires an­nuel de l’ordre de 2,9 Md€ ; l’offre TET re­pré­sente 300 trains quo­ti­diens qui trans­portent en­vi­ron 90 000 voya­geurs pour un chiffre d’af­faires an­nuel de l’ordre de 1 Md€ ; et l’offre TGV re­pré­sente 800 trains quo­ti­diens qui trans­portent en­vi­ron 300 000 voya­geurs pour un chiffre d’af­faires an­nuel de l’ordre de 5 Md€ » .

Pour op­ti­mi­ser la mo­bi­li­té, des ex­pé­ri­men­ta­tions lo­cales pour­ront ain­si être mises en place afin de re­gar­der les effets des dis­po­si­tions dans le cadre d’une loi d’ex­pé­ri­men­ta­tion. Les dif­fé­rentes Ré­gions in­té­res­sées pour­ront tes­ter, sans chan­ger le code des trans­ports, une ligne ou un groupe de lignes don­né après que l’État ait va­li­dé les Ré­gions can­di­dates. Avant la fin de cette ex­pé­ri­men­ta­tion, un rap­port du gou­ver­ne­ment se­ra adres­sé au Par­le­ment, sur la base de cri­tères d’éva­lua­tion de l’ex­pé­ri­men­ta­tion. Le Par­le­ment dé­ci­de­ra alors soit de la pro­lon­ga­tion pour trois ans maxi­mum, soit de la gé­né­ra­li­sa­tion de l’ex­pé­ri­men­ta­tion. Se­lon les ex­pé­riences, le cadre lé­gi­sta­tif se­ra trans­crit et le code des trans­ports mo­di­fiés en fonc­tion. •

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