Tri­bune

• Les com­mu­nau­tés de com­munes doivent prendre leur res­pon­sa­bi­li­té éco­lo­gique,

La Revue des Collectivités Locales - - Sommaire - Par Da­vid Le­lubre

Le 4 no­vembre, l’ac­cord de Pa­ris, si­gné par 31 pays l’an­née dernière, en­tre­ra en vi­gueur juste avant le dé­but de la confé­rence du cli­mat de Mar­ra­kech au Ma­roc. Cet ac­cord am­bi­tionne de conte­nir le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique sous le seuil de 2 °C par rap­port au ni­veau pré­in­dus­triel.

Ce ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique est la ré­sul­tante de plu­sieurs fac­teurs dont no­tam­ment la pol­lu­tion in­dus­trielle et l’aug­men­ta­tion des gaz à ef­fet de serre… tous ces in­di­ca­teurs sont au­tant de lan­ceurs d’alertes sur les risques réels et ac­tuels qui pour­raient com­pro­mettre la vie des gé­né­ra­tions fu­tures.

L’en­jeu est donc mon­dial, mais l’ac­tion touche et doit tou­cher l’échelle lo­cale de chaque pays. Comme on aime à nous le ré­pé­ter au­jourd’hui, chaque pe­tit geste compte. Si cette li­ta­nie est en­trée dans nos têtes, en­core faut-il qu’elle rentre dans nos ha­bi­tudes. Et c’est bien là le vé­ri­table en­jeu. Pour ce­la, il semble exis­ter une ac­tion quo­ti­dienne es­sen­tielle qui au­rait des effets bé­né­fiques à long terme : le tri des dé­chets.

La ques­tion en­vi­ron­ne­men­tale mul­tis­ca­laire

L’en­jeu est donc mon­dial, mais l’ac­tion touche et doit tou­cher l’échelle lo­cale de chaque pays

La ques­tion en­vi­ron­ne­men­tale est de­ve­nue om­ni­pré­sente dans les mé­dias de­puis plu­sieurs dé­cen­nies — le trai­te­ment mé­dia­tique des confé­rences sur le cli­mat en est la preuve. Et pour cause, les en­jeux éco­no­miques no­tam­ment dus à l’en­vo­lée des prix des ma­tières pre­mières et fos­siles ont conduit à une im­pli­ca­tion po­li­tique tou­jours plus im­por­tante et ont pla­cé les ques­tions en­vi­ron­ne­men­tales au centre des dé­bats pu­blics. Mais le su­jet le plus im­por­tant, au­jourd’hui, reste ce­lui du tri des dé­chets. En ef­fet, la pro­duc­tion moyenne de dé­chets par ha­bi­tant a été mul­ti­pliée par cinq, au cours des trente der­nières an­nées en France. Dé­sor­mais, elle dé­passe 480 kg par an. Cette

crois­sance qui s’ob­serve dans l’en­semble des pays in­dus­tria­li­sés s’ex­plique par la conju­gai­son des fac­teurs dé­mo­gra­phiques, tech­niques et de mar­ke­ting. En ef­fet, consom­mer beau­coup, c’est je­ter beau­coup. Cette sur­abon­dance d’em­bal­lages en­com­brants re­pré­sente en­vi­ron 50 % du vo­lume de nos pou­belles. Ce­la ne va pas sans po­ser de pro­blèmes quant à la ges­tion de ces ré­si­dus de consommation. Pour ten­ter de ré­sor­ber ces pro­blèmes, l’État a été conduit à sta­tuer sur le trai­te­ment des dé­chets, fai­sant ren­trer le dé­chet au centre des en­jeux en­vi­ron­ne­men­taux et éco­no­miques.

Mais c’est bien à l’échelle lo­cale que l’ac­tion se­ra la plus ef­fi­cace tant au ni­veau de son or­ga­ni­sa­tion que sur l’im­pact réel qu’elle au­ra.

Dès lors, le tri doit ap­pa­raître comme le pre­mier acte éco­ci­toyen es­sen­tiel et à la por­tée de tous.

Le tri des dé­chets mé­na­gers et in­dus­triels : une com­pé­tence pour les com­mu­nau­tés de com­munes

Au­jourd’hui, les col­lec­ti­vi­tés sont sou­mises à deux forces qui semblent s’af­fron­ter. D’un cô­té, la do­ta­tion gé­né­rale de fonc­tion­ne­ment ver­sée par l’État pour les com­munes a ac­cu­sé une baisse im­por­tante de près d’1 mil­liard d’eu­ros, ré­dui­sant très for­te­ment les moyens des col­lec­ti­vi­tés. De l’autre cô­té, le poids et le vo­lume des dé­chets est de­ve­nu un en­jeu fort, si ce n’est pri­mor­dial, pour les col­lec­ti­vi­tés pour les an­nées à ave­nir ; étant don­né qu’elles sont les pre­mières à être confron­tées à ce pro­blème.

Pour­tant ces deux forces ne sont pas tant op­po­sées l’une à l’autre. Elles pour­raient même de­ve­nir com­plé­men­taires. En ef­fet, cer­taines com­mu­nau­tés de com­munes ont réus­si à op­ti­mi- ser les dé­penses com­mu­nau­taires de cer­tains sec­teurs afin d’en pri­vi­lé­gier d’autres, qui semblent plus im­por­tants, comme la ges­tion des ordures mé­na­gères et de la dé­chè­te­rie. En bref, elles pro­meuvent une crois­sance éco­no­mique verte pour avoir une meilleure qua­li­té du cadre de vie. Pour ce­la, le tri, la dé­chè­te­rie et les com­pos­teurs in­di­vi­duels, sont au­tant d’ou­tils com­plé­men­taires qui doivent fa­ci­li­ter le re­cy­clage des ordures pour ne lais­ser dans nos pou­belles que les dé­chets non-re­cy­clables.

Ces com­mu­nau­tés de com­munes sont le plus souvent celles qui sont la­bel­li­sées « Ter­ri­toire à éner­gie po­si­tive pour la crois­sance verte » — qui les fé­li­cite pour leur ter­ri­toire d’ex­cel­lence de la tran­si­tion éner­gé­tique et éco­lo­gique. Mais pour que l’ac­tion ait des ré­sul­tats pré­gnants, il convient que chaque col­lec­ti­vi­té, chaque com­mu­nau­té de com­munes, dont celles no­tam­ment qui ac­cueillent des in­dus­tries for­te­ment pol­luantes, fassent une place cen­trale à la ques­tion du tri des dé­chets in­dus­triels comme mé­na­gers.

Le tri des dé­chets est un point d’hon­neur sur le­quel les col­lec­ti­vi­tés ne peuvent pas­ser sans rien faire, tant les ré­per­cus­sions po­si­tives pour­raient être me­su­rées à l’échelle glo­bale et sur un laps de temps in­fi­ni. Et il y a ur­gence à faire du concret ! Les ré­sul­tats ne se fe­ront pas du jour au len­de­main. Le pro­ces­sus se­ra long à se mettre en route et les ré­sul­tats se fe­ront at­tendre. Mais d’ici quelques an­nées, on no­te­ra des chan­ge­ments plus que bé­né­fiques. C’est pour ce­la qu’il faut croire que chaque pe­tit geste de tri du quo­ti­dien est im­por­tant : ils im­pulsent, dès au­jourd’hui, les grandes ac­tions de de­main ! •

Le tri doit ap­pa­raître comme le pre­mier acte éco-ci­toyen es­sen­tiel et à la por­tée de tous

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