Bru­no de Gris­sac

Di­rec­teur Sme­greg, Syn­di­cat mixte d’études et de ges­tion de la res­source en eau du dé­par­te­ment de la Gi­ronde

La Revue des Collectivités Locales - - Dossier -

De quelle fa­çon est né le Sme­greg ?

Avant tout, il faut avoir à l’es­prit que le dé­par­te­ment de la Gi­ronde à une par­ti­cu­la­ri­té : 97 % de l’eau po­table est sou­ter­raine, elle pro­vient de nappes pro­fondes. Il s’agit là d’un mo­dèle unique en France. Comme cer­taines nappes sont lo­ca­le­ment sur­ex­ploi­tées, le dé­fi de notre ter­ri­toire est de pé­ren­ni­ser ce mode d’ap­pro­vi­sion­ne­ment qui offre à moindre coût une très grande sé­cu­ri­té sa­ni­taire. Dans le sché­ma di­rec­teur dé­par­te­men­tal d’ali­men­ta­tion en eau po­table de 1996, l’ob­jec­tif était de trou­ver d’autres sources d’ap­pro­vi­sion­ne­ment. La com­plexi­té du su­jet a in­ci­té Bor­deaux Mé­tro­pole et le dé­par­te­ment à se do­ter en com­mun d’une ca­pa­ci­té d’ex­per­tise dé­diée et à éla­bo­rer un SAGE (sché­ma d’amé­na­ge­ment et de ges­tion de l’eau, NDLR). C’est dans ce contexte que le Sme­greg a été créé en 1998.

Quelles ont été les réa­li­sa­tions du Sme­greg de­puis sa créa­tion ?

Créé pour ex­plo­rer les solutions per­met­tant de sou­la­ger les nappes sur­ex­ploi­tées, le Sme­greg a in­té­gré les éco­no­mies d’eau dans les pistes à étu­dier. Cette stra- té­gie, qui consiste à maî­tri­ser la de­mande avant d’aug­men­ter l’offre, est celle du SAGE, approuvé en 2003, qui a fait des éco­no­mies d’eau la pre­mière de ses prio­ri­tés. Le SAGE a no­tam­ment im­po­sé des diag­nos­tics de ré­seau et des in­di­ca­teurs à ren­sei­gner dans le rap­port an­nuel sur le prix et la qua­li­té du ser­vice pu­blic de l’eau po­table (RPQS). Si l’état des lieux de 2005 fai­sait état d’une dé­per­di­tion d’eau po­table de 25 %, les pertes en dis­tri­bu­tion sont au­jourd’hui in­fé­rieures à un cin­quième. Les

Les usa­gers pu­blics se doivent d’être ir­ré­pro­chables.

ré­sul­tats de la po­li­tique d’éco­no­mie d’eau sont pro­bants : alors que le sché­ma de 1996 es­ti­mait à 150 mil­lions d’eu­ros les in­ves­tis­se­ments né­ces­saires pour sou­la­ger les nappes, l’ac­tua­li­sa­tion faite en 2013 n’est plus que de 100 mil­lions, soit une éco­no­mie de 50 mil­lions d’eu­ros ! La maî­trise de la de­mande per­met en ef­fet de se pas­ser d’une in­fra­struc­ture de pro­duc­tion d’eau alors que, dans le même temps, la po­pu­la­tion du ter­ri­toire a aug­men­té de plus de 200 000 ha­bi­tants ! Quel rôle jouent les col­lec­ti­vi­tés dans cet ef­fort de ra­tio­na­li­sa­tion des consom­ma­tions en eau po­table ?

Au-de­là de la ré­duc­tion des pertes en dis­tri­bu­tion, de nom­breuses col­lec­ti­vi­tés ont fait des ef­forts pour ré­duire leur con­som­ma­tion d’eau po­table. Mais il est dif­fi­cile de me­su­rer les ré­duc­tions de con­som­ma­tion d’eau. En ef­fet, seules les grandes com­munes, telles que Bor­deaux ou Mé­ri­gnac, se sont or­ga­ni­sées pour me­su­rer fi­ne­ment l’ef­fi­ca­ci­té de leurs ac­tions. Pour la pédagogie, nous avons mis en place un dis­po­si­tif d’in­for­ma­tion qui s’ap­puie sur des exemples concrets avec me­sure des ré­sul­tats. Les ac­teurs de la ges­tion sont convain­cus que les pou­voirs pu­blics doivent être exem­plaires. En ef­fet, il ap­pa­raît dif­fi­cile de de­man­der aux ad­mi­nis­trés de faire un ef­fort sur leurs consom­ma­tions d’eau si, dans le même temps, ils passent par exemple chaque jour de­vant un ar­ro­sage au­to­ma­tique pu­blic qui ar­rose la chaus­sée !

Fi­na­le­ment, je di­rais que la maî­trise de la de­mande en eau est au­jourd’hui tout à fait in­té­grée dans les prises de dé­ci­sions des ac­teurs pu­blics. Il est au­jourd’hui im­pos­sible qu’un pro­jet émerge en Gi­ronde sans un vo­let éco­no­mie d’eau ! •

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