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La Revue des Collectivités Locales - - Sommaire -

• Li­fi : quels usages dans la ville de de­main ?

Plus vertes, plus mo­biles et plus connec­tées, les Smart Ci­ties sont au­jourd’hui en train de s’in­ven­ter via de nom­breuses in­no­va­tions et ex­pé­ri­men­ta­tions. Par­mi les tech­no­lo­gies émer­gentes : Le Li­fi (light fi­de­li­ty), qui per­met la trans­mis­sion d’in­for­ma­tions par la lu­mière.

Plus vertes, plus mo­biles et plus connec­tées, les Smart Ci­ties sont au­jourd’hui en train de s’in­ven­ter via de nom­breuses in­no­va­tions et ex­pé­ri­men­ta­tions. Par­mi les tech­no­lo­gies émer­gentes : Le Li­fi ( light

fi­de­li­ty), qui per­met la trans­mis­sion d’in­for­ma­tions par la lu­mière. Une connexion In­ter­net ul­tra-ra­pide, sé­cu­ri­sée et qui évite le dan­ger des ondes élec­tro­ma­gné­tiques. Au­tant d’élé­ments qui pour­raient ame­ner les col­lec­ti­vi­tés à équi­per cer­tains es­paces pu­blics de cette tech­no­lo­gie. Reste que pour l’heure, le Li­fi n’est pas en­core ar­ri­vé à ma­tu­ri­té.

La ville de de­main, uti­li­se­ra-t-elle les am­poules Led pour se connec­ter à In­ter­net ? Marc Ro­zen­blat, pré­sident de la Smart Ligh­ting Al­liance veut y croire : « le Li­fi offre la géo­lo­ca­li­sa­tion la plus pré­cise au monde. Avec cette tech­no­lo­gie, nous pou­vons ima­gi­ner mettre de nom­breuses in­for­ma­tions à dis­po­si­tion des ha­bi­tants : alertes inon­da­tions, si­gna­li­sa­tion d’évé­ne­ments…Le Li­fi per­met par ailleurs de créer des con­nexions In­ter­net sans ondes élec­tro­ma­gné­tiques » . Au­tant d’avan­cées réelles qui lais­se­ront sans conteste une place de choix au Li­fi dans la ville de de­main. Pour­tant, pour l’heure, les ex­perts en té­lé­com­mu­ni­ca­tion sont at­ten­tistes. Si tous planchent sur cette tech­no­lo­gie, rares sont ceux à pen­ser que le Li­fi pour­rait prendre le pas sur les autres tech­no­lo­gies exis­tantes. « Il faut bien avoir à l’es­prit que la mise en place de normes s’ins­crit sur le temps long. Pour le Li­fi, la norme de­vrait être fi­na­li­sée au cours du pre­mier se­mestre 2018. En at­ten­dant, chaque ac­teur met en place son propre pro­to­cole. L’ins­tau­ra­tion d’un pro­to­cole com­mun de té­lé­com­mu­ni­ca­tion per­met­tra de fixer un cadre pour l’en­semble des ac­teurs » , ex­plique Thier­ry Czech, res­pon­sable tech­nique Ci­téos, marque lu­mières et équi­pe­ments ur­bains de Vin­ci Éner­gies. Même constat au sein des équipes Re­cherche et Dé­ve­lop­pe­ment du groupe Orange qui sou­lignent la jeu­nesse de cette tech­no­lo­gie : « le Li­fi existe de­puis 2005. Il faut en moyenne quinze an­nées pour qu’une tech­no­lo­gie se dé­ve­loppe. Le Li­fi fait to­ta­le­ment par­tie de nos axes de re­cherche. Il ap­pa­raît en ef­fet que cette tech­no­lo­gie pour­rait de­ve­nir un très bon com­plé­ment aux autres ré­seaux exis­tants » , pré­cise Jean-Marc Bar­ra­qué, di­rec­teur du dé­ve­lop­pe­ment des ser­vices nu­mé­riques à la di­rec­tion des Re­la­tions avec les col­lec­ti­vi­tés lo­cales Groupe pour Orange.

Un dé­ve­lop­pe­ment po­ten­tiel­le­ment très ra­pide

L’un des freins ma­jeurs au dé­ve­lop­pe­ment du Li­fi reste le non équi­pe­ment des smart­phones. En ef­fet, il est au­jourd’hui né­ces­saire d’équi­per les té­lé­phones d’un cap­teur sup­plé­men­taire pour se connec­ter à un ré­seau Li­fi. Pour au­tant, de plus en plus de construc­teurs com­mencent à pro­po­ser des équi­pe­ments com­pa­tibles Li­fi, à l’ins­tar du Sam­sung 8 ou de l’iP­hone 7 qui se­ront tous deux équi­pés de cette tech­no­lo­gie. « Fi­na­le­ment, le Li­fi est peu coû­teux à in­té­grer dans un smart- phone. Cette tech­no­lo­gie se dé­ve­loppe très ra­pi­de­ment et de fa­çon très concrète : en

quelques mois, le Li­fi peut de­ve­nir une nou­velle norme. Chez Orange, nous ne sommes pas sim­ple­ment en phase de re­cherche, mais éga­le­ment en phase d’an­ti­ci­pa­tion » , ex­plique Mi­che­line Per­ru­fel, in­gé­nieur ex­perte en tech­no­lo­gies d’in­ter­ac­tion phy­sique et chef de pro­jet chez Orange. Ain­si, l’en­semble des ex­perts du sec­teur a au­jourd’hui conscience de la né­ces­si­té de plan­cher dès à pré­sent sur une tech­no­lo­gie qui pour­rait ra­pi­de­ment en­trer en phase d’in­dus­tria­li­sa­tion. Dans l’at­tente d’un cadre nor­ma­tif, les ex­perts des té­lé­coms sont au­jourd’hui en phase d’ex­pé­ri­men­ta­tion, afin d’être prêts le mo­ment ve­nu. Car au sein des col­lec­ti­vi­tés lo­cales, cer­taines se sont dé­jà em­pa­rées du su­jet. En France, deux ini­tia­tives ont vu le jour : l’une à Pa­lai­seau (voir ci-des­sous), l’autre à Mey­rargues, com­mune si­tuée dans le dé­par­te­ment des Bouches-du-Rhône. Dans cette com­mune de 3 778 ha­bi­tants, dix-neuf lu­mi­naires ont été équi­pés de Li­fi dès le mois d’oc­tobre 2015. À l’état em­bryon­naire, ce ré­seau per­met de dif­fu­ser des in­for­ma­tions à l’usa­ger sur son mo­bile, sans pas­ser par ré­seau 4G, ni par

le Wi­fi. Ce ré­seau de­vrait, dans un deuxième temps, évo­luer vers une in­ter­ac­tion uti­li­sa­teur-ville.

Un com­plé­ment de tech­no­lo­gie au sein de villes in­tel­li­gentes aux mul­tiples ré­seaux

Pas ques­tion ce­pen­dant que le Li­fi rem­place l’en­semble des ré­seaux 4G et 5G pré­sents dans la ville. « Il faut bien avoir à l’es­prit que le Li­fi est une tech­no­lo­gie du der­nier mètre. C’est-à-dire que cette so­lu­tion est très ef­fi­cace à proxi­mi­té des sources de lu­mière. Il semble donc peu pro­bable que le Li­fi rem­place la connexion Wi­fi, mais se­ra com­plé­men­taire » , dé­taille Syl­vain Le­roux, di­rec­teur mar­ke­ting pour l’in­ter­net des ob­jets chez Orange, qui pré­cise que la stra­té­gie du groupe est orien­tée vers « un éco­sys­tème in­té­grant l’en­semble des tech­no­lo­gies » . Par­mi les ap­pli­ca­tions en­vi­sa­gées : les par­cours vi­si­teurs au sein de site pa­tri­mo­niaux, tels que les mu­sées ou les sites ar­chéo­lo­giques. C’est ain­si qu’Orange a réa­li­sé, six mois du­rant, une ex­pé­ri­men­ta­tion à la Ci­té des Té­lé­coms de Pleu­meur-Bo­dou. « À l’en­trée, chaque vi­si­teur est in­vi­té à té­lé­char­ger l’ap­pli­ca­tion com­pa­tible Li­fi. Pour re­ce­voir des in­for­ma­tions, le vi­si­teur doit en­suite se po­si­tion­ner en des­sous des lampes : le Li­fi per­met une géo­lo­ca­li­sa­tion ex­trê­me­ment pré­cise » , dé­taille Jean-Marc Bar­ra­qué. Le groupe Ci­téos a éga­le­ment mis en place des ex­pé­ri­men­ta­tions, no­tam­ment à l’oc­ca­sion de la Jour­née in­ter­na­tio­nale de la Lu­mière à Lyon. Par ailleurs, des évé­ne­ments émergent au­tour du Li­fi afin d’échan­ger entre ex­perts sur l’état d’avan­ce­ment de la re­cherche, mais éga­le­ment de faire connaître cette tech­no­lo­gie aux dé­ci­deurs pu­blics. « Dans la me­sure où l’évo­lu­tion tech­nique des villes est sans pré­cé­dent, les dé­ci­deurs pu­blics sont in­ter­ro­ga­tifs et at­ten­tifs. Nous avons vo­ca­tion à les ac­com­pa­gner en les conseillant. Très rares sont les col­lec­ti­vi­tés à avoir fran­chi le pas, la plu­part des ini­tia­tives étant au­jourd’hui en phase d’ex­pé­ri­men­ta­tion » , dé­taille Thier­ry Czech. Un constat éga­le­ment par­ta­gé par Syl­vain Le­roux : « si les élus se montrent in­té­res­sés par cette tech­no­lo­gie, il faut néan­moins veiller à ne pas leur faire de fausse pro­messe » . La France ac­cueille­ra ain­si le 28 no­vembre 2017, l’un des pre­miers fo­rums Li­fi à l’ini­tia­tive d’Orange Gar­dens. De fait, si les élus les plus pas­sion­nés de tech­no­lo­gies sont au fait des avan­cées per­mises par la lu­mière, d’autres res­tent en­core à convaincre : « à l’heure ac­tuelle, le prin­ci­pal frein au dé­ve­lop­pe­ment du Li­fi est la mé­con­nais­sance de cette tech­no­lo­gie re­la­ti­ve­ment ré­cente. En ef­fet, près de 80 % des per­sonnes à qui je parle du Li­fi concèdent ne pas connaître cette tech­no­lo­gie » , constate Marc Ro­zen­blat.

De nom­breuses ex­pé­ri­men­ta­tions en cours

La tech­no­lo­gie Li­fi se dé­marque éga­le­ment par la ra­pi­di­té de la trans­mis­sion des in­for­ma­tions : les études réa­li­sées en la­bo­ra­toire montrent ain­si que la trans­mis­sion de 234 Go, soit l’équi­valent de 18 films d’une du­rée de deux heures, a pu être ef­fec­tuée en moins d’une se­conde. Des ré­sul­tats qui laissent per­ce­voir de belles pers­pec­tives d’uti­li­sa­tion, no­tam­ment pour l’équi­pe­ment des trans­ports, mais éga­le­ment des es­paces dits « sen­sibles » à l’ins­tar des hô­pi­taux, des crèches ou en­core des cen­trales nu­cléaires. En ef­fet, l’un des atouts du Li­fi est de pro­po­ser une connexion sur un ré­seau pro­prié­taire sé­cu­ri­sé non émet­teur d’ondes élec­tro­ma­gné­tiques. Dé­jà, les dé­ci­deurs pu­blics an­ti­cipent de nou­veaux usages, no­tam­ment en in­té­rieur au sein des ad­mi­nis­tra­tions, mais éga­le­ment sur la voie pu­blique, par exemple via la connexion de ca­mé­ras de sur­veillance à un or­gane cen­tral.

Un coût qui pour­rait à terme se ré­vé­ler très com­pé­ti­tif

Cô­té coût, là en­core le Li­fi pré­sente de nom­breux avan­tages par rap­port au Wi­fi : « d’une part, le Li­fi pré­sente l’avan­tage de pou­voir s’im­plan­ter sur un ré­seau dé­jà exis­tant. Par ailleurs, en ma­tière d’ex­ploi­ta­tion du ré­seau, il n’y a pas de sur­coût de consom­ma­tion. Fi­na­le­ment, une so­lu­tion Li­fi pour­rait s’avé­rer moins oné­reuse qu’une ins­tal­la­tion Wi­fi » , ex­plique Thier­ry Czech. « Pour les col­lec­ti­vi­tés lo­cales, le coût est fi­na­le­ment peu im­por­tant : il s’agit de pro­fi­ter du chan­ge­ment de l’éclai­rage pu­blic par des Led do­tées de cap­teurs pour mettre en place un ré­seau Li­fi » , abonde Marc Ro­zen­blat. Avec près de 4 mil­liards de lampes d’éclai­rage pu­blic re­cen­sées dans le monde, les ex­perts ont vite per­çu le po­ten­tiel de dé­ve­lop­pe­ment. Reste que, la plus grande par­tie d’entre elles ne sont pas équi­pés en Led, tech­no­lo­gie in­dis­pen­sable à la mise en place d’un ré­seau Li­fi. •

Des am­poules leds sont in­dis­pen­sables à la mise en place d’un ré­seau Li­fi.

Jean-Marc Bar­ra­qué, Orange.

Thier­ry Czech, Ci­teos.

Gré­goire de Las­tey­rie, maire de Pa­lai­seau, teste le Li­fi avec les ha­bi­tants.

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